Politique congolaise : la saga et la fatalité de grands événements au premier ou au deuxième semestre en RD Congo

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Chaque pays a ses moments critiques cycliques, dont les dangereuses
issues sont souvent d’une constance étonnante. En RDC, le premier
semestre est déclencheur d’événements pour le soulèvement de masses et
le deuxième semestre est celui du renversement de l’ordre des choses
ou inversement.
Il a été ainsi constaté dans l’histoire politique du Congo du crises
politiques ou des creux critiques portés en cycle quadriennal comme
celui de 1959-1962, de 1963-1966, de 1967-1970,de 1971-1974, de
1975-1978, de 1979-1982, de 1983-1986, de 1987-1990, de 1991-1994, de
1995-1998, de 1999-2002, de 2003-2006, de 2007-2010, 2011-2014, enfin
de 2015-2018 …
Ce rythme de survenance de grands événements est dicté par l’ampleur
des tensions politiques souvent en accélération ou en latence et en
répression ou en résistance, ainsi que par l’implication de puissances
extérieures, particulièrement celles de l’Occident et leurs alliés
dans la Région. Il est suivi de celui du dénouement ou du report
crucial de crises par des issues fort critiques pouvant basculer
jusqu’aux coups de force ou aux mouvements insurrectionnels.

En février 1955, dans un article de De Gids, le Professeur belge Théo
Van Bilsen publiait un plan d’une durée de trente ans, afin de former
des cadres congolais pour l’accession du Congo à l’indépendance. Cette
durée était déterminée par la volonté de rendre plus facile la période
de transition permettant de maintenir la confiance et la tempérance
des élites pour surmonter les incontournables révoltes et les
obstacles imprévisibles. Car, au Congo et au Ruanda-Urundi, la
formation des élites était en retard d’une génération, en comparaison
avec les territoires coloniaux britanniques et français de la même
région.
Le 1er juin 1956. un groupe d’intellectuels sous la direction de
Joseph lIeo et encouragé par les conseils de l’Abbé Joseph-Albert
Malula, «Le Manifeste de conscience politique» fut rédigé par Joseph
Ngalula, Antoine Ngwenza, Albert  N’kuli, Dominique Zangabi et Victor
Ndjoli, membres de l’équipe de rédaction de «Conscience africaine».
Celui-ci a une posture ecclésiastique foncièrement pacifique à la
façon d’une lettre pastorale et il est en soi une réaction favorable
au plan Van Bilsen, qui propose une émancipation progressive du Congo.
Il met cependant l’accent  sur deux principes: la revendication
d’indépendance et la défense de l’unité nationale avec une incise sur
l’exaltation de la nation congolaise différente de la société
belgo-congolaise.
L’alliance des Bakongo rédigera un contre manifeste en rejetant le
plan Van Bilsen jugé trop lent et exigeant une émancipation immédiate.
Il critique aussi l’absence de partis politiques et la mise en place
d’un mouvement national. Dans ce manifeste, une communauté
belgo-congolaise est inenvisageable, car le Congo a longtemps été
exploité par les Blancs et ces derniers ayant des intérêts différents
de ceux des Congolais, il n’est pas possible sinon les premiers vont
s’installer encore pour longtemps.
En 1957, les esprits se surchauffent de la création des partis
politiques pro et anti indépendantistes, unitaristes et fédéralistes.
A cet effet, le gouvernement du Congo belge organise, à titre d’essai,
les élections municipales dans les grands centres urbains:
Léopoldville (Kinshasa), Élisabethville «Lubumbashi) et Jadotville
(Likasi).
En 1958, de nouveaux horizons s’ouvrent après l’exposition
universelle de Bruxelles, à laquelle participent les Congolais et la
conférence panafricaine d’Accra, où furent invités Gaston Diomi,
Joseph Ngalula et Patrice Emery Lumumba.

Au premier semestre 1959

Des émeutes sanglantes surviennent du 4 au 10 janvier 1959, à la
suite du refus de Monsieur Tordeur, premier Bourgmestre de Kinshasa,
d’autoriser la manifestation de l’ABAKO. Le détonateur fut celui
déclenché par la défaite de Vita Club contre le Club Mikado soutenu
par l’administration belge.
Le 13 janvier 1959, le Roi Baudouin fait une déclaration promettant
l’indépendance du Congo, suivie de la promesse du Ministre de la
Colonie, Mr. De Schrijver, de la tenue de la Table Ronde.

Au deuxième semestre 1959

Le 26 novembre 1959, la Belgique fixe à 50 délégués de la Table Ronde
et de l’organisation en décembre 1959, des élections communales et
territoriales.
Notons que l’ABAKO de Joseph Kasa-Vubu, le PSA de Gizenga et l’ABAZI
ont boycotté ces élections  et exigé avec la CONAKAT une
représentation de 60% sur les 50 délégués proposés aux partis
politiques congolais.

Au premier semestre 1960

Le 18 janvier 1960, Mr De Schryver accepte la proposition en ramenant
le nombre à 44 délégués. Le cartel de Fédéralistes obtient 11
délégués, le PNP et les intérêts locaux obtiennent 11 délégués, les
Chefs coutumiers avec 10 délégués, le MNC avec 3 délégués, la CONAKAT
avec 2 délégués, l’Alliance Rurale Progressiste du Kivu avec 2
délégués, le CEREA avec 1 délégué, le Cartel BALUBAKAT-FEDEKA-ATCAR
avec 1 délégué, ASSERECO devenu PUNA avec 1 délégué, L’UNION
Congolaise avec 1 délégué, l’UNION MONGO avec 1 délégué.
Ce même jour, le Front Commun Congolais est constitué avec l’objectif
commun d’obtenir l’indépendance immédiate dans l’unité nationale et la
nature de résolutions de la Table Ronde devant être prises comme
initiatives législatives du Gouvernement belge au Parlement belge.
La convocation de la Table Ronde s’inscrit inéluctablement à l’issue
d’une indépendance immédiate pour le Congo et à l’hypothèque d’une
franche coopération belgo-congolaise.
En février 1960, les résolutions de la Table Ronde mettent en place
la Loi fondamentale en évitant à la fois les questions économiques,
particulièrement celles liées au contentieux belgo-congolais et
l’installation d’un ordre institutionnel équilibré au sein de
l’exécutif entre le Président de la République et le Premier ministre
d’une part et d’autre part entre l’Exécutif et le pouvoir législatif,
ainsi que le pouvoir judiciaire.

Le 24 juin 1960, le Gouvernement est constitué sous la direction du
Premier Ministre Patrice Emery Lumumba et le 25 juin 1960, les deux
chambres réunies élisent Monsieur Joseph Kasa-Vubu, Président de la
République. Ce dernier prête serment le 27 juin 1960 au Palais de la
Nation avec le premier incident à la suite de la présentation de son
discours-programme sans le quitus du Conseil du Gouvernement.
Le 30 juin 1960, l’indépendance de la République du Congo est
proclamée au cours d’une cérémonie gâchée par un deuxième incident
survenu à la suite de [‘improvisation du discours du Premier Ministre,
très critique à l’endroit de la Belgique, manifestement différents de
celui du Roi Baudouin et du Président Joseph KasaVubu.
Mais la clôture de la cérémonie revient à la détente grâce à la
signature de la déclaration de l’indépendance du côté congolais par le
Premier Ministre Emery Patrice Lumumba et le Ministre des Affaires
Étrangères, Justin Marie Bomboko et du côté belge par le Premier
Ministre G. Eskyens, le Ministre des Affaires Etrangères , P. Wigny.

Au deuxième semestre 1960

Le 4 juillet 1960, il se déclenche des actes d’indiscipline au Camp
militaire Léopold II (camp Kokolo), au motif que les militaires gradés
congolais n’ont pas bénéficié de promotion aux postes de commandement
à l’instar des politiciens et du personnel administratif civil. Et à
la suite de la déclaration du Général Janssens, Commandant en Chef de
l’Armée, rejetant les revendications des militaires en affirmant
qu’avant et après l’indépendance, rien n’a changé,
Le 6 juillet 1960, les mutineries éclatent au Camp Léopold II et au
Camp Hardy de Thysville (Mbanza-Ngungu), à la suite desquelles, le
Général Janssens remet sa démission au Gouvernement par l’entremise de
Monsieur Van Den Bosh, Ambassadeur de la Belgique au Congo.
Le 8 juillet 1960, le Conseil des Ministres nomme Victor Lundula,
Général et Commandant en Chef de l’armée, Monsieur Joseph Mobutu est
nommé Colonel et Chef d’Etat Major et le Colonel Henniquau est nommé
Chef du Corps des Conseillers belges dans l’armée congolaise. Il sera
procédé le 9 juillet 1960 à l’élection des officiers subalternes et
des techniciens belges dans les garnisons de Léopoldville (Kinshasa).
Mais, le même jour, les mutineries se déclenchent dans les garnisons
du Kasaï, du Katanga et du Bas-Fleuve.
Le 10 juillet 1960, la Belgique décide de l’intervention des troupes
belges au Congo, précisément au Kasaï, au Katanga et au Bas-Fleuve,
occupant les Chefs-lieux de trois provinces.
Le 11 juillet 1960, le Katanga déclare sa sécession suivie de celle
du Sud-Kasaï le 8 août 1960. Et sur ces entrefaites, le Conseil de
Sécurité de l’ONU décide le 15 juillet 1960, l’envoi des forces armées
de l’ONU (ONUC) et le retrait des troupes belges du Congo.
Le 5 septembre 1960, le Président Joseph KasaVubu révoque le Premier
Ministre et nomme le 6 septembre 1960 le nouveau Premier ministre en
la personne de Monsieur Joseph lIeo. Le 9 septembre 1960, les forces
de l’ONU au Congo ferment les aéroports, bloquent la Radio Nationale
et consignent Patrice Emery Lumumba en résidence surveillée.
Le 15 septembre, le Président Joseph KasaVubu met en congé les deux
chambres en vertu de l’article 70 de la Loi Fondamentale. Le 29
septembre 1960, au regard de la fragilité politique du nouveau Premier
Ministre Joseph lIeo du MNC/Kalonji, parti trop modéré face aux
radicaux nationalistes, le Président Joseph Kasa-Vubu nomme par décret
constitutionnel le Collège des Commissaires Généraux, qui exercera les
attributions législatives et gouvernementales aux termes de son
article 2.
Le 8 novembre 1960. le Président Joseph Kasavubu intervient à
l’Assemblée Générale des Nations Unies pour défendre la légitimité
contestée du Gouvernement de Léopoldville et contrer le projet de
nombreux pays du bloc communiste visant à constituer une force
internationale de tutelle devant gérer la crise congolaise.
Le 12 novembre, trois cents gendarmes fidèles à Patrice Emery Lumumba
dirigé par le Général Victor Lundula prennent le contrôle de la ville
de Stanleyville (Kisangani) pour instituer le siège du gouvernement
central de la République du Congo dirigé par le Vice-premier Ministre
du gouvernement déchu, Monsieur Antoine Gizenga et constitué de tous
les anciens ministres de l’ancienne coalition pro-Iumumbiste.
Le 22 novembre 1960, l’Assemblé Générale de l’ONU par un vote soumis
pour la résolution de la crise congolaise reconnaît la légitimité du
Gouvernement de Léopoldville et rejette la proposition de la mise sous
tutelle de la République du Congo. Cette dernière décision des Nations
Unies est obtenue grâce à l’influence de deux Chefs de l’ONU au Congo,
Messieurs Dayal et Rhkye, tous deux de nationalité indienne, au compte
de représentants du groupe du Tiers Monde aux Nations Unies.
Les deux semestres de 1959 et 1960 marquent la ferme volonté des
Congolais pour leur l’indépendance et contre celle manifeste pour la
mise sous-tutelle du Congo par la communauté internationale et leurs
affidés au détriment de la population congolaise. Il s’agit bien d’un
élan ou sursaut de révolte pour l’indépendance, la démocratie et le
développement d’une part et une machine d’écrasement de la majorité
nationaliste lumumbiste au profit des partis politiques modérés et au
détriment du peuple congolais, ainsi que de multiples tentatives en
vue de mise sous tutelle à travers les pions locaux ou les forces de
l’ONU d’autre part.

Au premier semestre de 1961

La nouvelle année de l’indépendance commence avec les esquisses de
formation d’un front commun entre Léopoldville et Élisabethville
contre Stanleyville. A ce sujet, Monsieur Cyrille Adoula se rend au
Katanga pour négocier le transfert de Patrice Emery Lumumba après le
refus de Bakwanga d’accepter l’offre macabre.
Le 14 janvier 1961, face aux multiples manifestations violentes
réclamant la réouverture du Parlement et la libération de Lumumba, le
Président KasaVubu signe un décret-loi qui réprime les propagandes
subversives préconisant le recours à la violence et qui porte
dissolution des associations et groupements subversifs. Ce décret-loi
est constresigné par deux membres du Collège des Commissaires
Généraux, notamment Justin Marie Bomboko, Président du Conseil des
Commissaires Généraux et Marcel Lihau, Commissaire Général à la
Justice.
Le 17 janvier 1961, le Chef de la Sûreté de l’Etat transfère les
trois prisonniers, notamment Lumumba, Mpolo et Okito à Elisabethville
sur décision du Collège des Commissaires Généraux. Sur témoignage du
pilote belge, Monsieur Baumers, ils seront accompagnés de Ferdinand
Kazadi, Jonas Mukamba, respectivement Commissaire général à la défense
et Commissaire aux Affaires Sociales. Le Dr Piters qui les consulte à
leur arrivé constate de profondes fractures avec des côtes brisées et
estomacs perforés dans un état comateux. Tous seraient morts aux
petites heures du matin.
Le 9 février 1961, le président de la République met fin à la mission
du Collège des Commissaires Généraux sûrement pour dissimuler les
preuves compromettantes sur la mort de trois prisonniers à charge de
l’autorité gouvernementale. Le Premier Ministre Joseph IIeo reprend
son poste et s’active sans résultats probants pour une série de
négociations avec les provinces sécessionnistes du Katanga et du Sud
Kasaï, ainsi qu’avec le Gouvernement rebelle de Stanleyville.
Devant la pression des Nations Unies, surtout après la résolution du
21 février 1961 invitant tous les Etats membres à prendre toutes les
dispositions pour empêcher une guerre civile au Congo, le Président
Joseph Kasa-Vubu signe le 25 juin 1961 un protocole d’accord avec les
protagonistes de la crise politique. Celui-ci porte sur l’ouverture du
Parlement à Léopoldvile sous la protection de l’ONU et la formation
d’un Gouvernement d’union nationale.

Au deuxième semestre 1961

Le Président Joseph Kasa-Vubu signe le 5 juillet 1961 l’ordonnance
n°41 portant convocation des Chambres législatives en session
extraordinaire et l’ouverture a lieu à Lovanium le 15 juillet 1961.
Les thèses qui s’affrontent, sont celles des parlementaires de
l’ancienne majorité exigeant la reconnaissance de la légitimité et la
réhabilitation du Gouvernement de Lumumba conformément à la
Constitution et celles du bloc modéré de Léopoldville dit Cartel la
Relève et de la Reconstruction nationale soutenant la formation d’un
gouvernement d’union nationale.
Le 2 août 1961, à l’issue de travaux du Conclave de Lovanium, un
forcing sûrement appuyé par les Nations Unies s’est opéré à cette
séance de clôture de la session extraordinaire. En effet, alors que
les tractations pour dégager un consensus autour du formateur n’ont
pas abouti, Monsieur  Cyrille Adoula annonce sa nomination au poste de
Premier Ministre par une ordonnance présidentielle.
(PAR JEAN-MARIE KASHAMA NKOY)

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