Police nationale congolaise : des pesanteurs plombent le processus d’appropriation

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Indicateur par lequel on peut évaluer la mise en œuvre de la réforme de la Police nationale congolaise, apprécier son impact sur un réel et profond changement de mentalités et de comportements dans le chef de dirigeants de la plupart des unités et services de commandement, ainsi que des policiers eux-mêmes, et palper la qualité de relations de
partenariat entre ces derniers et la population locale, la Police de proximité fait malheureusement aujourd’hui, figure de parent pauvre.

En effet, des médias, de nombreux députés et observateurs au niveau de la Société civile en ont fait le triste constat. L’enthousiasme du démarrage s’étant donc émoussé sur le terrain, avec aussi la fin de l’appui des partenaires multilatéraux, le processus d’appropriation connait quelques couacs au point de donner de bonnes raisons au Comité
de suivi de la réforme de la police, CSRP en sigle, de relancer et poursuivre la campagne de sensibilisation. Non seulement dans les provinces pilotes, mais pour préparer les esprits dans les autres provinces, afin de faire accepter ce mode de fonctionnement de la
police.

Si par sa nouveauté, les nombreux avantages qu’il comporte, ce
concept de la police de proximité avait récolté au début de sa phase
d’expérimentation dans les provinces pilotes, Kinshasa, Matadi,
Kananga, Bukavu et Bunia, l’adhésion massive de la population, force
est de reconnaître que des années après la mise en œuvre de la réforme
de la PNC, les commissariats de référence n’ont pas été totalement
pourvus en policiers formés en « police de proximité ». D’ailleurs, on
a assisté à la permutation et la désertion des policiers formés vers
d’autres unités et services où ils ne peuvent plus mettre en
application les divers enseignements reçus. Le fait qu’ils sont sous
le commandement des dirigeants qui n’appréhendent pas le bien-fondé du
concept de la police de proximité et qui sont réfractaires au
changement et à la lutte contre des antivaleurs, n’offre pas des
perspectives encourageantes.

Une volonté politique ferme pour mettre en œuvre la loi de programmation

Il se pose aujourd’hui un réel problème d’effectifs formés, alors
qu’il était prévu de poursuivre le programme de formation en police de
proximité, grâce à l’équipe des formateurs de formateurs dont dispose
le Commissariat général, la direction générale des écoles et formation
et le Comité de suivi de réforme de la police. Les choses auraient
marché comme sur des roulettes si un budget pouvait être disponibilisé
à cette fin. Au moment où l’on déplore la carence des moyens
financiers, l’insuffisance des effectifs formés, d’autres problèmes
ont également été épinglés par des observateurs. Il s’agit entre
autres, du non respect du principe de la gratuité des services offerts
à la population par la police de proximité, et ce, à cause de
mauvaises conditions de travail, en l’absence d’une formation
continue.
En outre, les Comités locaux pour la sécurité de proximité, des
structures créées pour œuvrer en partenariat avec la police de
proximité pour transmettre les besoins sécuritaires de la population
et les critiques de cette dernière sur le fonctionnement du
commissariat de référence , sur le comportement des policiers en
mission de rétablissement de l’ordre public perturbé, des enquêtes
policières ou des patrouilles.
Les autorités provinciales dans les provinces pilotes n’ont pas pris
des arrêtés pour la création des fonds pour appuyer le fonctionnnement
de Comités locaux pour la sécurité de proximité, les forums de
quartiers et des projets locaux. Que dire des difficultés de mobilité
et de carence de carburant enregistrées sur le terrain par la police
de proximité pourtant animée de bonne foi et prompte à voler au
secours des citoyens en détresse ! Comment devenir opérationnel si le
minimum fait défaut ?
Dans la plupart des provinces pilotes, le charroi automobile dont les
commissariats de référence ont été dotés en 2011 et qui ont servi aux
missions d’intervention, sont tombés en panne ou roulent dévoilant des
défaillances mécaniques. Il faut ici féliciter les commandants qui les
ont bien entretenus et s’en servent encore. Faute d’entretien, la
plupart de ce charroi a été rangé dans des garages, parce que
inutilisables, la police n’étant plus en mesure de couvrir les frais
de réparation ou de remise en état.
Quand on évoque l’état des infrastructures immobilières, des
observateurs relèvent que les cachots ne répondent plus aux normes et
les installations sanitaires n’étant pas entretenues, les droits de
l’Homme ne sont plus une priorité dans quelques commissariats de
référence.
Enfin, le processus d’appropriation est aujourd’hui au ralenti. Faute
de suivi, les populations et certains habitants ont renoué avec les
antivaleurs, brisant l’enthousiasme longtemps enregistré du temps où
la réforme de la police était portée à bouts de bras par des
partenaires. Il est donc temps que ce processus soit remis sur des
rails, avant de relancer la locomotive devant assurer son
fonctionnement optimal et son implémentation dans d’autres provinces,
selon la vision du chef de l’Etat.

J.R.T.

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