POLÉMIQUE ET COMMUNICATION EN POLITIQUE

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Je voudrais, en manière d’introduction, rappeler cette affirmation de Jean-Marie Domenach: «on a vite fait de rejeter, sans la lire, une feuille dont la présentation fait dire qu’elle sent la propagande».

         Y a-t-il une autre manière, je dirais, une manière innocente de s’adresser à l’opinion? La floraison sur les médias sociaux, des pages d’opinion consacrées aux professions de foi et à la propagande, est-elle de nature à éclairer l’opinion et à attirer, vers des personnalités politiques, des voix, des adhérents? La guerre de propagande que se livrent les uns et les autres, apporte-t-elle, est-elle de nature à apporter plus de clarté dans le débat politique en cours? Ces pages sont-elles (doivent-elles) être lues? En d’autres termes, véhiculent-elles des informations utiles pour quiconque s’intéresse à la politique et aux acteurs politiques congolais? Peuvent-elles recruter au-délà du cercle étroit des convaincus ?

         Il y a 25 ans, je publiais un long article intitulé: «le droit à l’information». Cet article faisait partie d’un dossier de quatre articles qui avaient pour titre générique: «Démocratie zaïroise».

         Il n’y a pas de démocratie sans pluralisme de pensée et sans liberté de presse.

         L’observateur est en droit de se poser la question suivante: les faiseurs d’opinion doivent-ils se mettre au service des politiques pour assurer le pluralisme d’opinions? Les organes de presse doivent-ils afficher leurs couleurs, en se mettant au service des partis politiques? En d’autres termes, le pluralisme d’opinion et la liberté de la presse seraient-ils mieux garantis si les journalistes acceptaient d’être au service d’une idéologie ou d’une caste politique? Tel était le fond du débat.

         Je m’étais alors souvenu de mon ami Thierry Desbois, mon condisciple à la faculté de médecine de l’ULB. Thierry était un citoyen français qui avait grandi en Belgique, mais qui suivait de très près l’actualité politique en France. Il votait socialiste et avait un penchant pour Michel Rocard. Un jour, alors que nous prenions tranquillement nos places dans l’auditoire, il me confia, d’un air scandalisé: «regarde, tu vois ce gars là bas, c’est un communiste. Je l’ai surpris l’autre jour en train de lire l’humanité».

         En d’autres termes: «dis-moi qui tu lis, je te dirai qui tu es». En d’autres termes aussi: «moi, un socialiste, je ne lirai jamais cette feuille de choux communiste».

         Qu’en pensez-vous? Que pensez-vous non pas des médias d’opinion (les spécialistes de la communication vous diront que les organes d’information purs n’existent pas, que toute presse est une presse d’opinion) mais plutôt, des médias alignés? En affirmant «alignés», je voudrais dire assujettis à un homme, à un parti, à un courant d’opinion, ou à un groupe de pression (financier, par exemple).

         Pour en revenir à la France, je dirai que ce pays n’avait pas seulement connu «l’humanité», mais elle avait aussi connu «la Nation», un journal gaulliste, qui relayait dans l’opinion, les prises de position des dirigeants de l’UDR, devenue, en 1976, RPR (rassemblement pour la République).

         Quels étaient les lecteurs de ces journaux, quel en était le tirage? Les lecteurs étaient des militants, des hommes convaincus, et le tirage de ces journaux était souvent inférieur à celui des journaux dits indépendants. Je plaidai en conséquence pour un pluralisme véhiculé par une presse libre et indépendante.

         Être libre et indépendant ne veut pas nécessairement dire être sans opinion politique. Le journal «l’Express», quoique classé à droite à la fin des années 1970s, avait réglé ce problème en intégrant dans son comité éditorial, des journalistes de plusieurs tendances politiques (Max Galo, Jean-François Revel, Raymond Aron, Yan Lecotais, etc). C’était sa manière de garantir non pas la neutralité de son comité éditorial, mais plutôt, son pluralisme d’opinion.

         Les journalistes n’ont pas pour vocation de faire ou de cacher leurs opinions politiques, ou, dit autrement, leurs penchants politiques. J’aimerais à ce propos rappeler les propos fameux de Jacques Fauvet, ancien directeur du journal Le Monde, un organe qualifié par tous de prestigieux à l’époque, que beaucoup considéraient comme l’alpha et l’omega du journalisme.

         Jacques Fauvet répondait, le temps d’une interview, aux questions de Jean-Louis Servan Schreiber. Relayant des accusations en provenance de certaines personnalités de droite, Jean-Louis Servan Schreiber lui demanda si Le Monde était un journal de gauche.

         Répondant en sa qualité de directeur du Monde, Jacques Fauvet lui répondit en ces termes: le journal «Le Monde» véhicule et défend des idées telles que justice sociale, pluralisme d’opinion, liberté de presse et d’association, etc. Si être de gauche, dit-il, c’est défendre les faibles et promouvoir la justice sociale et la justice tout court, «eh! bien, nous sommes de gauche».

         Fauvet était d’opinion que les journalistes devaient avant tout faire leur travail. Si leurs convictions et leurs idées l’emportaient dans l’opinion, y compris l’opinion des hommes politiques, ils n’avaient pas à en rougir, parce que leur manière de traiter l’information était influencée par leurs expériences vécues, leur culture, leur environnement politique et social, leur background intellectuel, etc.

         Alors, pourquoi toutes ces polémiques sur les médias sociaux? Pourquoi ce manque de tolérance? Pourquoi ce refus de mettre le Congo et les Congolais au centre du débat politique, des projets politiques et des programmes de gouvernement?

Par le Dr Hubert Kalonji Kabasele Muboyayi

(C.P.)

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