Pillage de plus de 1.000 maisons de l’Etat

0
139

Banque Congolaise. Radio Okapi/ Ph. John BompengoCes derniers temps, il ne se passe presque pas un jour, sans que l’opinion publique, relayée par la presse, ne déplore des cas de pillage des maisons de l’Etat. Depuis de nombreuses années, les Congolais assistent ainsi impuissants à la spoliation systématique de ce patrimoine commun qui ne peut, en aucune manière, devenir la propriété privée des individus.  Ces derniers utilisent plusieurs moyens pour atteindre leur objectif ignoble : faux documents, procès bidons intentés contre l’Etat, trafic d’influence…Ce mal qui doit être considéré comme une honte pour notre pays, était inconnu sous la première République, la République ‘’propre ‘’, comme il convient de l’appeler. Il a commencé sous la deuxième République, celle des ‘’anti-valeurs’’ et s’est amplifié sous la troisième, celle de la « régression multiforme » du pays.

 Le bilan de ce pillage est catastrophique : de 1.200 maisons laissées par l’autorité coloniale au juin 1960, il n’en resterait aujourd’hui qu’une centaine. Dans la ville de Kinshasa où l’on en comptait le plus grand nombre par rapport à l’intérieur, il n’y en a plus que 59 à ce jour. Des étrangers établis chez nous et qui sont au courant de cette situation, se demandent comment  l’Etat Congolais dont l’une des principales missions devrait être comme dans tous les autres pays du monde, la sécurisation des personnes et de leurs biens, n’est pas capable de protéger ce qui lui appartient.

C’est dire combien l’aliénation de ce bien commun, demeure l’une  des manifestations les plus éclatantes du déficit de l’autorité et de l’absence de l’Etat de droit chez nous.

Le phénomène ne concerne pas seulement les maisons. Il touche également d’autres biens immeubles de l’Etat, notamment des terrains publics. C’est le cas  des écoles où doit être formée notre jeunesse, l’avenir de demain. On pourrait pour preuves citer l’Institut de la Gombe ou l’Athenée de la Gare qui ont été amputés d’une bonne partie de leurs terrains, attribués  par la suite à des Libanais. Quant à l’Ecole du Mont des Arts, située près du Camp Lufungula, dans la Commune de Lingwala  où ont étudié beaucoup de cadres de ce pays, elle a été simplement détruite, sur ordre de l’autorité urbaine, à l’époque du Gouverneur KIMBUNDA et le terrain distribué à des anciens Vice-Présidents de la République, des ministres et d’autres autorités qui y ont érigé des constructions.

Le plus inexplicable est que les auteurs de ces actes répréhensibles n’ont jamais été sanctionnés. A la réflexion, on est en droit  de se demander s’il ne faut pas donner raison à l’ancien ministre belge, Karl de Gucht, incapable de maîtriser l’impétuosité de sa colère, a dit qu’il n’y avait pas d’hommes d’Etat au Congo.

Responsabilités partagées 

Les responsabilités de ce gâchis qui frise la bassesse se situent à plusieurs niveaux de notre société. Il y a d’abord l’Etat lui-même qui n’a jamais pris conscience de la gravité du problème en ne payant presque jamais les honoraires des avocats qu’il choisit pourtant lui-même pour défendre ses intérêts auprès des cours et tribunaux. La conséquence en est que les intéressés, démotivés, n’acceptent pas de comparaître pour le compte de l’Etat qui,  pour cette raison, perd souvent les procès intentés contre lui.

Il convient de souligner à ce sujet que les avocats ne sont pas les seuls concernés par  le non-paiement.

De nombreux Congolais,  détenant des créances sur l’Etat, se trouvent dans la même situation. Pourtant le règlement de telles dettes contribuerait grandement à la lutte contre la pauvreté et à l’amélioration de la consommation des ménages qui est un important indicateur de la croissance économique dont le Gouvernement ne cesse de nous rabattre les oreilles à longueur de journée  pour des raisons évidentes de propagande.

Mais pendant qu’on refuse de payer les nationaux qui consentent d’énormes sacrifices avec les impôts et les taxes, on n’hésite pas, pour des intérêts égoïstes, d’enrichir les étrangers sur le dos du contribuable congolais,  en leur payant de montants astronomiques pour de gros marchés, dont la plupart sont attribués sans appel d’offres.

La responsabilité de la spoliation du patrimoine immobilier incombe aussi à des anciens Ministres de l’Urbanisme et Habitat qui, au début des années 1990  avec la démocratisation  et sous le régime 1+4 ont vendu des centaines des maisons de l’Etat. On se rappellera à ce sujet qu’en janvier 1994, la vente effectuée par KIRO ki MATE avait servi de prétexte à MOBUTU pour son arrestation et sa détention pendant 5 mois à la cité de l’OUA.

Pour leur part, les fonctionnaires de ce ministère ne sont pas sans reproche à cause de leur complicité avec les spoliateurs qui n’hésitent pas de leur offrir des pots-de-vin en vue d’acheter leurs consciences.

Vive réaction du Gouvernement

Les pilleurs qui se sont permis de narguer l’Etat pendant des années en croyant que les maisons volées étaient des biens sans maître vont maintenant être surpris car le temps n’est plus loin où ils vont être rattrapés par la justice.

En effet,  nous avons appris  que le Gouvernement vient de réagir vigoureusement par le canal du Ministre de l’Aménagement du Territoire, Travaux Publics, Urbanisme et Habitat, Fridolin KASWESHI. Ce dernier, par sa lettre du 20 juillet 2013 adressée à sa collègue de la Justice et Droits Humains lui demande de traduire en justice un groupe des 61 spoliateurs qui ont eu l’audace d’accuser l’Etat pour son patrimoine immobilier sur base des faux documents.

Mesure tardive et incomplète

Nous ne pouvons que féliciter le Gouvernement pour cette décision courageuse. Elle nous paraît cependant tardive au regard du discrédit que ce mal a causé à notre pays vis-à-vis des étrangers. Nous la trouvons également incomplète dans la mesure où elle ne prévoit aucun dédommagement matériel pour le manque à gagner résultant du préjudice subi par l’Etat durant toute la durée de la spoliation. Il s’agit certes  des dossiers soumis à l’appréciation discrétionnaire des Juges, mais nous estimons que pour changer les mentalités et convaincre l’opinion, on aurait dû publier la liste des personnes concernées par cette décision. Car, dans le traitement de cette question, les autorités ne devront pas intransiger. Elles peuvent compter sur l’appui total de la population qui a toujours exigé la restitution de ce patrimoine commun.

 

Récupérer les maisons et les terrains spoliés

 Le Gouvernement ne devra pas s’arrêter en si bon chemin. Il a intérêt à aller jusqu’au bout de sa logique en récupérant  toutes ses maisons spoliées d’autant plus que la plupart d’entre elles auraient été vendues à vil prix : 15.000 $ voire 10.000$,  pour être revendues par leurs acquéreurs à prix d’or, à des millions des dollars. Nous pensons que pour rétablir l’Etat dans ses droits longtemps méconnus, cette mesure devrait aussi s’appliquer à tous les terrains publics occupés par des tiers.

Nécessité de l’implication du  Chef de l’Etat

Si les Congolais applaudissent de deux mains la décision gouvernementale, ils restent toutefois sceptiques quant aux chances de sa réussite. En effet, ils ont encore fraîches dans leur mémoire certaines mesures prises par le passé et annoncée avec fracas, mais qui n’ont jamais connu le moindre début d’exécution. La tolérance zéro ou l’ouverture des prisons, annoncées par le Président de la République dans son discours d’investiture en 2006 tout comme la Commission de récupération des immeubles et terrains de l’Etat, initiée en 2007 par le Gouvernement  GIZENGA, sont restées au niveau de simples déclarations d’intentions , parce que leur application risquait de heurter les intérêts égoïstes des privilégiés du régime. Elles n’ont eu pour effet que de discréditer leurs auteurs.

Comme nous l’avons déjà dit, les pilleurs se retrouvent au sein de toutes les institutions de l’Etat : Parlementaires, collaborateurs du Chef de l’Etat, Ministres, Magistrats, Mandataires publics, Officiers supérieurs de l’Armée et de la Police…Etant donné qu’il y a parmi les personnes visées des gens qui exercent de hautes responsabilités qui dépassent les prérogatives d’un Ministre, nous pensons que le Chef de l’Etat devra personnellement s’impliquer pour la réussite de cette décision.

Quant aux Fonctionnaires reconnus coupables de complicité, ils devraient faire l’objet de sanctions sévères pouvant aller jusqu’à leur révocation.

Eviter de vider la Ville des nationaux

On constate que malgré l’explosion de l’immobilier que connaît actuellement Kinshasa, la Commune de la Gombe où est située la plus grande partie de ces maisons est en train de se vider de Congolais au profit des étrangers à cause des taux exorbitants des loyers. On assiste progressivement à une véritable recolonisation rampante de la capitale, ce qui est inadmissible plus d’un demi- siècle après l’indépendance du pays.

Dans ce cadre, le Gouvernement ne doit pas seulement s’intéresser au caractère fiscal des loyers mais il doit également considérer l’aspect social, d’autant plus que le Président de la République a placé son Mandat sous le signe du social. C’est d’ailleurs pour prévenir cette situation humiliante que le Président MOBUTU avait fixé en 1995 un taux préférentiel en faveur des Militaires, Fonctionnaires et Parlementaires, Ministres et Mandataires publics honoraires se trouvant en situation difficile. Cette décision humanitaire, concrétisée à l’époque par la lettre n°CAB/M.T.-PAT.UH/01/183/95 du 7 avril 1995 du Ministre MWANDO NSIMBA a été malheureusement supprimée sans raison valable par  la note circulaire n° MIN/TPAT-UH/00/192/92 du 21 septembre 1999 du Secrétaire Général MUZYUMBA.

Certes en raison de la forte croissance de la population kinoise, la demande des logements excède celle de l’offre, mais l’Etat devrait servir d’exemplarité en cette matière en respectant les clauses des contrats de bail conclus avec les locataires.

On ne devrait donc plus, dans ce sens,  assister à des résiliations abusives des contrats, ni à des scènes humiliantes de déguerpissement des Fonctionnaires ou d’autres locataires dont l’unique faute est d’être fils de ce pays. Il y va de leur dignité et de l’honneur du Congo.

Benoît OLAME

NZOBINGILA

(Correspondance

particulière)

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

*