Patrimoine familial : le grand théâtre ?

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Article 99 de la Constitution : « Avant leur entrée en fonction et à l’expiration de celle-ci, le Président de la République et les membres du Gouvernement sont tenus de déposer, devant la Cour Constitutionnelle, la déclaration écrite de leur patrimoine familial, énumérant leurs biens meubles, y compris actions, parts sociales, obligations, autres valeurs, comptes en banque, leurs biens immeubles, y compris terrains non bâtis, forêts, plantations et terres agricoles, mines et tous autres immeubles, avec indication des titres pertinents.
Le patrimoine familial inclut les biens du conjoint selon le régime matrimonial, des enfants mineurs et des enfants, même majeurs, à charge du couple.
La Cour Constitutionnelle communique cette déclaration à l’administration fiscale.
Faute de cette déclaration endéans  les trente jours, la personne concernée est réputée démissionnaire.
Dans les trente jours suivant la fin des fonctions, faute de cette déclaration, en cas de déclaration frauduleuse ou de soupçon d’enrichissement sans cause, la Cour Constitutionnelle ou la Cour de cassation est saisie selon le cas ».
 
Après lecture de cette disposition, la principale interrogation qui hante les esprits des millions de Congolaises et Congolais est de savoir quelle était la configuration du patrimoine familial du Chef de l’Etat, Joseph Kabila, des Premiers ministres Gizenga et Muzito ainsi que de leurs différents ministres au début comme à la fin de la dernière législature 2006-2011. Certes, les uns et les autres s’étaient conformés à la volonté du législateur. Comment le commun de mortel va-t-il savoir s’il se sont correctement ou malhonnêtement enrichis, dès lors que les actes portant déclaration de leurs biens, au début comme à la fin de leurs mandats, étaient tenus secrets ?
La question est d’autant pertinente que le Président réélu et le cabinet du nouveau Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, viennent de se plier au même rituel en entourant leur patrimoine familial actuel du voile du top-secret. La conséquence logique de ce qui parait, aux yeux de beaucoup, comme un manque de transparence, est d’installer le doute chez leurs concitoyens d’en-bas. Est-il possible de faire foi à une déclaration de biens ignorée du grand nombre ?
Pourquoi obliger le Président de la République et les membres du Gouvernement de déclarer leurs biens au début et à la fin de leur mandat si le souverain primaire n’est pas pleinement informé de leur nature ? Au regard d’un tel scénario, de nombreux compatriotes restent avec le sentiment d’assister à une interminable pièce de théâtre.
Tout le problème est là, d’autant que les échos en provenance d’ailleurs apprennent aux Congolais que la déclaration de la fortune ainsi que des biens meubles et immeubles des Chefs d’Etat et des ministres américains, français, sénégalais… sont entourés du maximum de publicité. Pour ne prendre que les cas les plus récents, les biens du président français François Hollande ainsi que ceux de son homologue sénégalais, Macky Sall, sont connus de toute la planète. Même si le patrimoine du dernier cité fait l’objet d’une vive controverse quant à son origine, au moins les citoyens sénégalais disposent des termes de référence pour un éventuel exercice de comparaison à la fin de son mandat.
A défaut d’avoir connaissance des maisons,  véhicules, terrains, fonds des mandataires publics congolais et de leurs familles, l’homme de la rue n’a d’autre alternative que de se livrer à la spéculation. Sur quelle base les Congolaises et Congolais vont-ils juger Matata et ses collaborateurs dans 12 mois, 24 mois ou 60 mois, dès lors qu’ils ignorent le contenu des déclarations des biens qu’ils viennent de déposer à la «Cour Constitutionnelle ?» Le jugement de l’opinion publique compte, dans ce pays où le grand nombre croupit dans la misère. Les affamés, les démunis, les mal payés, les sans-emploi… ne sont pas aveugles. Ils assistent, chaque jour, aux démonstrations des richesses de nouveaux bourgeois politiques. Ils ne peuvent que voir en eux des pilleurs de la République, surtout quand ils pensent que certains entrent au gouvernement endettés jusqu’au cou, pour en ressortir millionnaires.
 
Kimp
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