Pas ça… Monsieur le Premier Ministre ! Que se passe-t-il sur « ex-Trois Z » ?

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Sans que le Chef de l’État ait été avisé et qu’il ait préalablement donné son accord, le gouvernement s’est réuni samedi sous la direction du Premier Ministre. Et contrairement au protocole, un communiqué sulfureux a été lu par un porte-parole tout nouveau, non revêtu de la qualité requise pour participer aux délibérations du Gouvernement.

            Dans ce communiqué aux accents putschistes, des injonctions sont données au Chef de l’État, notamment d’assurer le secret des délibérations du Conseil des ministres, de sanctionner les magistrats ayant interpellé Tunda ya Kasende via le Conseil Supérieur de la Magistrature, etc.

            Le ton est à l’invective et on a de la peine à croire qu’on est dans un État civilisé, structuré et hiérarchisé.

Le sommet de la bêtise est atteint avec le dossier Tunda où la justice en prend pour son grade. Ici, l’arrestation est qualifiée d’arbitraire, et les infractions commises par le ministre de la Justice sont béatifiées, transformées en points de vue émis librement au cours d’un conseil des ministres !

            On tombe des nues. A la fin d’une semaine chaude, marquée par des manifestations aussi bien de la population que des professionnels de la magistrature, on est surpris par cette amnésie sélective qui fait passer les conséquences du dépôt des lois FCC sur la réforme de la magistrature pour un simple fait divers.       

            Quand le communiqué lu par le « nouveau porte-parole » du gouvernement évoque des points de vue émis par le ministre de la Justice en Conseil des ministres, on découvre finalement que c’est de cette manière qu’on voulait gérer l’information. Ne rien dire, agir clandestinement et surprendre le peuple dont personne ne redoutait la réaction à cause des contraintes liées à l’état d’urgence décrété pour combattre la pandémie de coronavirus.

Comme avec l’affaire du Congrès de Tambwe et Mabunda, le dossier des lois anticonstitutionnelles sur la réforme de la Justice était l’affaire des initiés. Pour preuve, la rapidité d’exécution qui a caractérisé la mission.

            Tenez. Le 15 juin, la Présidente de l’Assemblée Nationale écrit au Premier Ministre avec ampliation au Ministre de la Justice. Trois jours plus tard, la réponse est déjà là mais porte la signature de la personne saisie en ampliation au lieu de celle du destinataire. Dans sa lettre, Tunda ya Kasende avalise pratiquement les propositions des députés FCC, rejoignant en cela les échanges qu’ils avaient eus aussi bien à l’Assemblée Nationale qu’au Sénat au moment même où la nation pleurait le juge Raphaël Yanyi assassiné dans des circonstances ténébreuses après la deuxième audience du procès Kamerhe et consorts.

            Organiser ces débats quand les magistrats commençaient leur deuil, c’était leur infliger une gifle imméritée. Mais députés, sénateurs et le ministre l’ont fait. Sans le moindre état d’âme. Tous les noms d’oiseaux ont été jetés à la figure du Pouvoir Judiciaire au motif que celui-ci les empêche de jouir de la plénitude de leur pouvoir.

            Ces séances, on l’apprendra plus tard, étaient organisées après que le Ministre de la Justice ait été débouté par le Conseil d’État dans sa quête de pouvoirs toujours plus étendus en vue de contrôler le Pouvoir Judiciaire.

La suite, tout le monde la connait. C’est le dépôt des trois lois par Minaku et Sakata. Celles-ci traversent immédiatement le filtre de l’Assemblée pour se retrouver à la Commission PAJ qui démarre en fanfare leur examen.

            Si aujourd’hui l’attention de tout le pays est focalisée sur cette grave affaire, c’est d’abord parce que le peuple a décidé de sortir du confinement pour barrer la route aux putschistes. Entre l’urgence sanitaire et l’urgence démocratique, le peuple a choisi la seconde qui est la seule capable d’assurer l’ensemble de ses droits. Un choix de maturité, qui a alerté le Chef de l’État et permis de découvrir l’arnaque au cours du dernier Conseil des Ministres.

            C’est ici que le communiqué du Premier Ministre commet un péché mortel. Non seulement il évite de dénoncer les infractions commises par le ministre de la Justice mais plus grave, il considère que lesdites infractions font partie des secrets des délibérations du Conseil des Ministres !  

            Non Monsieur le Premier Ministre ! Vous êtes un homme de valeur. Vous n’avez pas le droit de descendre dans les caniveaux des prévaricateurs de la démocratie. Ennoblir le mal, chasser le bien, ne peuvent être des éléments de gestion d’un État.

            Le 18 juin 2020 a été ailleurs une date historique, mais chez nous, elle restera celle de l’opprobre pour un homme habité par une ambition dévorante. Il voulait tout avoir. Tout prendre. Personne n’aurait dû le savoir en dehors des initiés. Et même dans ce cas, à la manière du ministre chargé des Relations avec le Parlement qui n’est jamais au courant des coups tordus montés dans l’hémicycle du Palais du Peuple -on l’a vu avec le complot du Congrès, éventré grâce à la seule témérité de Jean Marc Kabund- personne ne pouvait savoir. Sauf qu’il y a eu cet imprévu, cette lettre du 22 juin 2020 qui a émergé au moment opportun pour les uns, inopportun pour les autres. C’est cette lettre qui dénonce, qui établit les faits infractionnels à charge du ministre indélicat.

            C’est là que tout le monde découvre la chronologie des faits, les fautes du ministre, etc. Dans un pays normal, force doit rester à la loi. Le fautif répond de ses actes. Surtout quand ils sont flagrants.

            Malgré l’opposition farouche que ces lois suscitent sur l’ensemble du pays, des jusqu’au-boutistes restent décidés à ne pas céder. Comme il s’agit d’une question vitale, la confrontation est inévitable. Elle le sera, au nom des nombreux martyrs de la démocratie : Floribert Chebeya, Armand Tungulu, Fidèle Bazana, Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala, les sept gardes incendiés à la permanence de l’Udps, le juge Raphaël Yanyi etc. Sur l’ensemble du pays, le corps à corps paraît inévitable entre le peuple et les forces obscurantistes. Ce sang qui risque de couler, sur le compte de qui faudra-t-il le mettre ? S’agit-il, là aussi, des délibérations du Conseil des Ministres à préserver ? Non, pas ça Monsieur le Premier Ministre. Vous êtes un homme de bon sens, résistez, ne vous laissez pas entraîner vers les récifs. L’histoire ne vous le pardonnera pas.                                 L.P.

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