Parole de prophète : les prisons vont se remplir

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Il l’avait dit lors de sa campagne électorale. Beaucoup l’avaient entendu mais peu l’avaient cru : « les prisons vont se remplir et il faut qu’elles se remplissent. Parce que nous ne laisserons pas faire. Ceux qui touchent aux biens de l’Etat, qui ne respectent pas les droits de leurs concitoyens, leur place est en prison ».

Ces propos de Félix-Antoine Tshisekedi sont en train de s’accomplir. La semaine écoulée, l’enquête sur les travaux de 100 jours du Chef de l’Etat a donné lieu à un véritable séisme. De la manière la plus inattendue, le Directeur de Cabinet du Président de la République  a été prié de passer ses nuits à  la prison centrale de Makala pour cause d’indélicatesses dans l’exécution du Programme des travaux de 100 jours. Dans ce dossier, les observateurs ont du vertige à force de compter les dollars. Ils sont partout mais jamais là où ils devraient être.

            La caisse de l’Etat a été vidée, saignée à  blanc. Au sens propre comme au figuré. Il faut retracer ces nombreuses dizaines de millions de dollars pour redonner confiance au peuple. Il faut les retrouver pour redonner du souffle aux différents chantiers. C’est ce travail que les enquêteurs font avec application et civisme, parce qu’il faut donner une nouvelle orientation à ce pays dont le sort devrait être toujours meilleur.

            Ainsi donc, la roue de moralisation de la vie publique poursuit son œuvre. Après Vital Kamerhe, un autre gros poisson a pris le chemin de la maison d’arrêt annexe à la prison centrale de Makala. Il s’agit de Fulgence Bamaros Lobota, le tout-puissant Directeur général du Fonds d’Entretien Routier (FONER). L’homme avait reçu une vingtaine de millions de dollars pour remettre en état les routes du Kasai, du Nord et du Sud-Kivu. Il est allé dormir tranquillement chez lui et ne s’est plus jamais souvenu qu’il avait une dette envers ses concitoyens privés de voies de communication. Comment peut-on rester tranquille chez soi quand le Congo profond pleure ? Comment ne peut-on pas entendre les cris de douleurs des enfants qui ne savent quel sentier prendre pour rejoindre une école loin du village ? L’homme n’est pas seul dans ce cas de surdité civique et le scandale à venir risque encore d’être vaste.

            Déjà, nous avons connu le week-end le cas souvent cité mais jamais épinglé du DG de l’Office des Voiries et Drainage (OVD), Benjamin Wenga qui est tombé cette fois dans les mailles du filet. Le problème reste le même, toujours lié aux travaux de 100 jours. Mal ou insuffisamment exécutés.

             Quand on observe la réalisation de certains ouvrages, on se rend compte que les techniciens se moquent souvent de l’ignorance collective. Des routes qui s’abîment quelques semaines après la réception des travaux auraient dû pourtant éveiller notre attention voire notre sixième sens. On joue sur les mélanges, on utilise du matériel de mauvaise qualité parce que moins cher, tout cela aux dépens de la solidité des ouvrages. On engage moins de frais sans nous dire où va la différence.

Cette question ne peut être posée à John Ntumba, le ci-devant ministre de la Formation Professionnelle. Il avait reçu lui aussi des millions pour conduire les travaux au Kasai Central mais il est rentré tel qu’il était parti, c’est-à-dire sans avoir rien fait. Le gouverneur de province a dénoncé les faits mais ses cris ont plutôt résonné dans le désert. Personne n’a semblé l’écouter, jusqu’à ce que Kinshasa sonne la fin de la récréation.

            Aujourd’hui, en guise de réponse, Ntumba s’est retrouvé samedi au Parquet Général près la Cour de Cassation. Ses réponses aux questions qui lui ont été posées doivent être approfondies, raison pour laquelle il va repasser en ce début de semaine devant le magistrat instructeur pour clarifier le sort des fonds publics mis à sa disposition.

            La roue tourne. Oui, elle continue de tourner. Plusieurs gestionnaires sont dans le collimateur des enquêteurs. Ils le savent et tremblent dans leurs jambes, parce qu’ils ne savent où se rendre avec ces frontières fermées pour cause d’Etat d’urgence lié à la pandémie de coronavirus. Dans notre détresse sanitaire, nous pouvons parfois dire merci à cette maladie. Parce qu’elle bloque tout le monde sur notre sol, ces hommes à la richesse insolente obligés malgré eux de répondre à des « petits juges» pour reprendre une expression célèbre.

Demain est un autre jour. A qui sera le tour ?

            Croisons les doigts. Mais en attendant, la question nous renvoie à la situation des entreprises du Portefeuille devenues aujourd’hui des biens sans maître.

            Au fil des ans et sans s’étouffer de honte, on nous les présente comme des canards éternellement boiteux. Et pourtant, tout le monde sait que la supercherie est entretenue par ceux qui tiennent à dépouiller la République de tous ses joyaux pour la maintenir dans le carcan du sous-développement. Question : pourquoi se précipite-t-on toujours à nommer les nouveaux mandataires sans se passer par l’étape des audits?

            Si on veut protéger le patrimoine du peuple, les enquêtes qui secouent actuellement quelques entreprises dans le cadre des travaux de 100 jours devraient avoir un prolongement au niveau des autres entreprises du Portefeuille. Le spectacle comme celui que nous vivons régulièrement à la Miba (Minière de Bakwanga) et ailleurs à la CVM (Congolaise des Voies Maritimes) où l’outil de travail est détruit à dessein, devrait réveiller les consciences et imposer une remise en question des méthodes de contrôle et de développement.

            Il faut auditer nos entreprises pour avoir une idée précise des problèmes qui s’y posent en vue de trouver la thérapeutique qui puisse favoriser la mise hors d’état de nuire de tous les vautours, d’où qu’ils viennent.

L.P.

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