Le paradoxe du social en RDC : fête du travail dans un pays des chômeurs

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Des poignées de travailleurs congolais ont battu le pavé hier lundi 1er mai 2017 sur le boulevard Triomphal, à Kinshasa, comme sur les principales artères de quelques villes de l’arrière-pays, à l’occasion de la fête internationale du travail. Cette année comme les années antérieures, l’Intersyndicale Nationale a déploré les salaires de misère payés aux agents de l’Etat à ceux du secteur privé. Comme c’est le cas depuis 2003, année de l’entrée du pays dans la spirale d’un nouvel ordre institutionnel décidé à Sun City, dans l’espoir de
booster la démocratie et la bonne gouvernance, le ministre en charge du ministère du Travail a pris l’engagement, sans convaincre, d’améliorer le social des travailleurs congolais.

A voir chanter et se dandiner des hommes et des femmes sélectionnés pour les différents défilés, l’on se serait tenté de croire que le monde congolais du travail baigne dans l’huile.

Et pourtant, la situation socio-économique du pays est catastrophique. Selon des statistiques en circulation depuis deux décennies, le taux de chômage a dépassé les 80% au sein de la
population active. Défiler pendant que des millions de personnes sont privées de leur droit au travail ou clochardisées s’apparente à une insulte à leur misère.

Lorsque l’on assiste au spectacle des millions de chômeurs universitaires et autres condamnés à la débrouillardise en villes comme en provinces, l’on se demande où va le pays. Pendant que la classe politique s’entredéchire autour des postes de gestion à se
partager, c’est la ruée des « Ngulu » (immigrés) congolais de tous les âges, mais surtout des jeunes, vers l’étranger, à commencer par les pays limitrophes (Congo/Brazzaville, Angola, Zambie, Burundi, Rwanda, Ouganda). Des « 5 chantiers » sous la première législature (2006-2011) post Dialogue Intercongolais à la « Révolution de la Modernité » sous
la seconde législature à durée élastique (2011 – ???), des promesses de création d’emplois et d’amélioration du vécu quotidien du Congolais moyen sont restées sans lendemain.

En raison de l’absence d’unités de production en provinces, la
population rurale ne fait qu’affluer à Kinshasa, une mégapole qui a
dépassé le cap de dix millions d’âmes. Et ici dans la capitale, où le
plus grand employeur se trouve être l’Etat, avec une administration
publique pléthorique et mal rémunérée, de nouveaux métiers ont vu le
jour : vente d’eau en sachets, « malewa » (restaurants de fortune), «
ligablos » (boutiques de fortune), vente à la criée des cacahuètes,
bananes, biscuits, cigarettes, mouchoirs de tête, cartes de téléphonie
mobile prépayées, brochettes, portage dans les parkings et les ports,
prostitution féminine et masculine, etc. Tous les coins de rue et les
portes d’entrée des habitations sont transformées en points de vente
de produits divers. Les marchés pirates envahissent chaque jour les
routes asphaltées, au point que certaines voies sont désormais
interdites aux automobilistes.
Les rares entreprises publiques qui échappent encore à la faillite
ploient sous les charges sociales avec des arrières de salaires
courant sur plusieurs mois.
A la SCTP (Société Congolaise des Transports et Ports) ou ex-Onatra,
cadres et agents alignent plus de quatre mois d’arrières de salaires.
A la MIBA (Minière de Bakwanga), à la Gécamines (Générale des
Carrières et des Mines), à la CINAT (Cimenterie Nationale), à la SNCC
(Société Nationale des Chemins de Fer au Congo), à Cohydro (La
Congolaise des Hydrocarbures), les gens sont fatigués de compter les
mois de salaires impayés. Aux LAC (Lignes Aériennes Congolaises), on
avait dépassé le cap de 300 mois de salaires impayés avant le
processus de liquidation déclenché il y a deux ans.
Nouvellement créée il y a une année, Congo Airways est contrainte à
un dégraissage drastique de son personnel. A la Sidérurgie de Maluku,
à la Siderna (Sidérurgie Nationale), à la City Train, à la STUC
(Société des Transports Urbains au Congo), à la Banque Congolaise, les
employés ne se souviennent plus de la date de leur dernière paie. A la
BIAC (Banque Internationale d’Afrique au Congo), la liquidation est en
marche depuis plusieurs mois,  pendant que le gouvernement continue de
promettre l’arrivée d’un repreneur qui s’apparente jusque-là à un
fantôme.
Au regard du tableau sombre du monde du travail en République
Démocratique du Congo, l’on se demande la raison d’être des défilés
dans un pays économiquement asphyxiés à cause à la fois de la basse
conjoncture internationale mais aussi de la mauvaise gestion et
répartition du peu de ressources disponibles. Depuis près de deux
décennies, à en crore les rapports de la Cour des Comptes, l’essentiel
du Budget national est englouti dans les rémunérations et les
avantages divers réservés aux membres des institutions et à leurs
personnels politiques.
La véritable opposition que le pouvoir en place est en train
d’ignorer se recrute justement dans la flopée de chômeurs et autres
masses laborieuses sous –payées. La grogne sociale est telle que les
laissés-pour-comptent n’attendent plus rien de l’infime minorité de
leurs compatriotes occupés actuellement à jouir du patrimoine commun.
Le message lancé hier par l’Intersyndicale nationale se veut une
interpellation en direction de ceux qui promettent monts et merveilles
aux Congolais pendant que ceux-ci ne savent plus manger à leur faim,
se loger décemment, se faire soigner dignement, s’habiller
correctement, payer les études de leurs enfants, voyager en véhicule,
en avion, en bateau ou en train dans des conditions acceptables.
La vie est morte dans l’arrière-pays, où les paysans manquent de tout
: routes, écoles, unités de production, aéroports, ports, hôpitaux,
eau potable, énergie électrique, marchés modernes, produits
manufacturés, etc.
Comment cheminer vers l’émergence à l’horizon 2030 dans un pays où
les gens ne produisent pas, car privés de travail ?
Kimp

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