Oui à la politique… mais le développement d’abord !

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La République Démocratique du Congo a été témoin de son premier transfert pacifique de pouvoir cette année. Il y a beaucoup de points de vue conflictuels au sein des élites politiques, mais le point d’attraction est le sujet du développement soulevé par le nouveau président. Quel que soit le point de vue politique sur le nouveau Président, il est dans l’intérêt du pays que la nation s’unisse pour penser, discuter et agir pour promouvoir son développement. Avant de sauter dans le sujet du développement, il est nécessaire de reculer et d’essayer de comprendre l’implication, le processus et les enjeux du développement.

L’une des définitions du développement est que c’est le processus de changement et de croissance à améliorer ou à devenir plus avancé. Ainsi, le développement n’est pas le fait d’avoir des immeubles de grande hauteur ou des voitures de luxe, mais est d’abord un processus. Tout élément matériel n’est que sa conséquence. Le développement est un processus qui implique deux éléments avant que ses objectifs puissent être atteints. Ces deux éléments sont le changement et la croissance. Pour qu’un pays ou une société se développe, les personnes qui composent cette société doivent se développer d’abord alors le pays se développera en conséquence. Ainsi, il est logique d’explorer le développement de l’être humain avant d’explorer le développement du pays. Les Congolais doivent comprendre que le développement est un processus qui implique le changement et la croissance. Ce changement doit affecter tous les aspects d’une vie humaine pour qu’il soit efficace. Un changement de mentalités, de comportements, d’attitudes et d’habitudes. Notre société dans ses formes actuelles doit se débarrasser de nombreux vices afin d’atteindre et de maintenir tout développement. L’intégrité, la bonne gestion, l’objectivité et le travail acharné ne sont que quelques exemples de bonnes attitudes pour parvenir au développement. Les élites politiques doivent cesser de penser que la politique est un moyen de devenir plus riche. La jeune génération doit cultiver l’amour du travail et evite la mendicité et la paresse.

            Ce ne sont là que quelques obstacles que nous devons surmonter en tant que société. L’État et les gouvernements ne développent pas un pays. Ils ne créent que l’environnement approprié qui facilite le développement.  

            Le deuxième élément du développement est la croissance. La croissance, dans ce contexte, se rapporte à l’acquisition de bonnes connaissances, des habitudes et des cultures qui permettent à quelqu’un de passer d’un niveau plus bas à un plus élevé. Nous devons apprendre et acquérir les bonnes connaissances afin de nous développer. Pour éradiquer la pauvreté, l’ignorance est un élément qui doit être éliminé. Les connaissances requises peuvent être scientifiques ou sociologiques. L’éducation devient de plus en plus cruciale pour répondre au deuxième élément du développement. Par l’éducation, je ne parle pas seulement du processus formel de fréquenter l’école ou l’Université. Ce 21e siècle, on peut acquérir beaucoup de connaissances en participant à des séminaires, de courtes formations, de formation en cours d’emploi et de lecture de qualité.

            À mon avis, notre système éducatif, sous sa forme actuelle, n’est pas apte à développer la nation. Le système éducatif devrait cibler les exigences du marché en matière des compétences et devenir plus efficace. Nous devons suivre et cibler la proportion de compétences dont le pays a besoin chaque année.

            Le ministère de l’éducation devrait effectuer une enquête et savoir combien d’infirmières, d’économistes, d’ingénieurs et d’enseignants le pays a besoin par an à titre d’exemple. Actuellement, nous produisons beaucoup de diplômés dont notre économie n’a pas besoin. Cela les rend sans emploi et peu utiles au pays. Nous devrions abandonner l’idée que tout le monde doit aller à l’Université. Le système éducatif devrait établir des formations professionnelles qui produisent des bricklayers, des électriciens, des techniciens, et combler les postes vacants immédiats nécessaires au développement du pays. En plus d’une éducation formelle, nous devons aussi apprendre en observant les autres cultures et en tenant compte de leurs attitudes et leurs comportements positifs. Les institutions du pays ont un grand rôle à jouer pour créer l’environnement qui peut aider les citoyens et le pays lui-même à se développer. La première étape est d’avoir un pays où la primauté des lois est au-dessus de tout le monde. La séparation des pouvoirs doit être très nette. Le système judiciaire doit être véritablement indépendant et le système législatif doit être très objectif et s’abstenir de promouvoir ou de cibler un individu. Le pouvoir exécutif doit être suffisamment compétent pour servir le peuple.  Les institutions du pays doivent changer et croître pour un développement. La compétence et un dossier propre doivent être les critères pour que chacun puisse tenir une charge publique. L’objectivité dans le recrutement doit remplacer le tribalisme et le favoritisme. L’exécutif, le Président et les gouvernements ont un rôle important à jouer pour créer l’environnement économique qui permettra au pays de se développer.

            Le pays doit commencer à produire suffisamment de biens et de services et à importer moins. Le pays doit avoir une mentalité de producteur au lieu de celle consommateur. Notre objectif ne doit pas être de produire des ressources non renouvelables uniquement comme l’or, mais de produire suffisamment d’aliments capables de nourrir toute la nation.

            Les gouvernements centraux et provinciaux devraient aider les agriculteurs à améliorer leur productivité en leur fournissant des machines à crédit. Toutes les infrastructures et les routes sont construites pour soutenir l’agriculture et les entreprises. Nos routes et chemins de fer doivent être construits afin de transporter des marchandises et des aliments du lieu de production à celui de consommation. Le pays doit également produire suffisamment d’électricité pour alimenter les ménages et faciliter l’industrialisation. Le pays devrait cibler d’autres moyens de production d’électricité plutôt que d’hydroélectricité. La taille du pays est que c’est un grand défi de distribuer l’électricité dans tous les coins du lieu de production. Chaque pays développé est plus riche parce que le secteur privé produit suffisamment d’emplois pour embaucher ses citoyens. À leur tour, les travailleurs salariés et les entreprises paient des impôts et contribuent à renflouer les caisses publiques. Notre gouvernement doit créer un citoyen de  classe moyenne en utilisant des processus sur mesure. Une discrimination positive doit être appliquée pour promouvoir les nouveaux entrepreneurs et les hommes d’affaires. Le système bancaire doit être réformé pour permettre aux institutions financières et au gouvernement de prêter des fonds à une proportion choisie de la population pour lui permettre de créer des entreprises et de réduire le chômage et la pauvreté.

            Enfin, nous ne pouvons pas continuer à débattre de la politique et des élections tous les cinq ans sans regarder le développement du pays. Pendant que nous attendons la prochaine élection en 2023, les enfants n’ont pas d’avenir. Alors que le débat politique peut continuer, nous avons tous besoin de penser et d’agir pour développer la nation. Le développement exige que chacun de nous change ses mentalités, comportements et habitudes et transforme notre nation d’une société de consommateurs à celle des producteurs.

Maurice Nyembua Directeur The Congolese Institute of Development (CID)

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