Les opposants sont-ils capables de réfléchir autrement ?

0
132

Les leaders politiques congolais font montre d’une paresse
intellectuelle, d’une désinvolture morale sans précédent. Ceux qui
sont au pouvoir ont montré leurs limites. Ceux qui, à raison, refusent
de leur obéir les combattent avec acharnement non plus ils n’ont pas
une vision rassurante pour l’avenir du pays.
A longueur de journée dans les médias, un seul hymne est entonné :
«Kabila doit dégager ». Nul ne dit «la misère doit dégager», «le
sous-développement doit dégager», «l’humiliation doit dégager», «le
chômage doit dégager» … Rien de tel.
Ceci date de l’ère glorieuse de l’Union Sacrée de l’opposition
radicale, mais sans doute aussi de la Table ronde de Bruxelles où la
seule préoccupation fut de prendre aux Belges le pouvoir, aux colons
les demeures luxuriantes de la colonie tout de suite. La suite est
connue. Rien n’a changé. Le disque reste le même. Le sillon est le
même, enrayé. La musique, la même, se révèle en tous les cas
grésillante, ennuyeuse. Les clivages politiques dans lesquels ils se
renferment, les cantonnent dans une hypermétropie sévère éteignant
ainsi leur capacité de réfléchir, d’anticiper sur les enjeux et
événements à nous imposer, leurs regards restant rivés sur les
intérêts faciles indus et tous les avantages liés à l’exercice du
pouvoir ou à l’occasion de celui-ci.

Parmi la population, la lucidité a cédé la place à l’impudicité que
renforcent la misère sociale et le ravalement de la morale. Ni les
politiciens au pouvoir, ni les opposants, la population prise en otage
entre les deux blocs, n’ont la capacité de se surpasser
intellectuellement, de se muer politiquement pour maîtriser les
automatismes d’agressivité les uns contre les autres, de nature à
inhiber les instincts de survie préjudiciables à la survie de la
Nation et à l’avènement durable d’un Etat de droit. La dernière sortie
médiatique du ministre de la  Justice, Alexis Tambwe Mwamba, a retenu
toute mon attention. Il a laissé entendre sans en être contraint que
Moïse Katumbi, candidat annoncé au prochain scrutin présidentiel
incertain mais inévitable, jouit de la nationalité italienne.
Au demeurant, Tambwe, avocat de son état, ne touchant pas les
honoraires des opposants pour leur cause, leur a conseillé « pro-deo»
sans le leur dire expressis verbis, que les conditions du recouvrement
de la nationalité existent conformément aux dispositions de l’article
10 alinéa 4 de la Constitution, selon lequel une loi organique
détermine les conditions de reconnaissance, d’acquisition, de perte et
de recouvrement de la nationalité congolaise.
Le message était clair «Un des vôtres parmi vous les opposants va
énerver les oppositions légales auxquelles nul ne peut se soustraire
surtout si l’on prétend habiter la fonction présidentielle et tout ce
qui va avec». Critiqué, rabroué de toutes parts, les opposants
déchaînés ne furent point tendre à son égard, à leur goût suffisant et
arrogant, l’accusèrent de censurer la candidature de l’ex-gouverneur
du Katanga, baron du PPRD, parti de Joseph Kabila, que ce dernier
s’évertue à jeter dans les poubelles de l’histoire, sinon en prison,
s’il gagne le duel fratricide.
Sans titre ni qualité, Tambwe Mwamba peut-il en l’état sans être
Président de la Cour Constitutionnelle, ni celui de la CENI, encore
que le dépôt des candidatures n’est ni effectif, ni annoncé moins
encore la date de la campagne électorale fixée; disposer du pouvoir de
décider de celui qui peut ou non concourir aux suffrages universels
directs comme Président de la République  ? Surprenante fut la
réaction d’un opposant, juriste de son état, partisan de Moïse
Katumbi, arguant que le pays était plongé dans la guerre à cause de la
querelle de la nationalité congolaise.
Somme toute, les réactions émotives autant qu’impulsives des hommes
en lutte pour le contrôle et le maintien au pouvoir d’Etat ont
entrainé dans un passé encore récent toute la Nation dans des
attitudes irréfléchies, irrationnelles sur toute question nécessitant
un débat de fond serein et apaisé.
Devons-nous continuer comme ça ou plutôt tous nos efforts devraient
être conjugués, rassemblés, pour asseoir le socle sur lequel doit se
structurer l’Etat de droit et les droits dans notre Etat?
Devons-nous pour autant renoncer au combat de la dictature de la loi
et de l’empire de la justice partout où c’est justement nécessaire
pour assurer, pérenniser les droits et intérêts politiques partisans
devant la raison d’Etat?
Cette anarchie généralisée dans le pays, caractérisée par l’allergie
insoutenable à l’ordre et à la loi, désarçonnent plus d’un esprit
encore conscient dans cette République des inconscients et
irresponsables, au premier desquels se recrutent les élites, toutes
tendances confondues, tous blocs observés. Elle finira par engloutir
dans l’abîme la République, la Nation et le Peuple, d’une manière
irréversible, alors que l’Etat failli et défaillant peine à se
régénérer d’une manière efficiente et efficace, si graves que sont ses
tissus sociaux effilochés.
Le non-respect des lois n’indigne plus personne dans notre pays. La
violation des lois n’émeut plus personne de même que celle des femmes
du grand Kivu, ou tout récemment celles du grand Kasaï, n’incommodent
plus les consciences, autant, elles se banalisent et s’installent dans
la culture, les moeurs et les traditions, et l’inconscient collectif.
La morale et l’éthique politiques se cristallisent, telle la
pénicilline au contact de l’air ambiant.
Je ne serais pas surpris dans cette anarchie installée et généralisée
que le Raïs annonce au peuple et à la nation : j’y suis j’y reste ou
c’est la guerre!»
Il y restera par défi, autant ceux qui veulent la transition
interminable de deux ans minimum veulent prendre le pouvoir par défi,
au mépris de la Constitution raturée, surchargée, ayant déjà rendu
l’âme!
Sous Mobutu, les candidats que proposèrent l’Uferi (Nguz Karl I
Bond), le MPR Fait privé (Banza Mukalay) au Premier ministre
Tshisekedi wa Mulumba, furent retoqués sans rien expliquer aux
responsables de ces formations politiques. En l’espèce, il s’agissait
pour l’UFERI de Noël Mbala aux infrastructures et de Kudura Kasongo
aux transports, et de Baudouin Banza Mukalay lui-même pour le compte
du MPR. Sous Samy Badibanga comme sous Bruno Tshibala, les candidats
proposés par leurs pairs dans leurs familles politiques ne sont jamais
retenus, à moins que le profil de quelques-uns d’entre eux n’agrée le
pouvoir !
Sous Kabila, sous une forme, les propos d’Alexis Tambwe Mwamba posent
la question essentielle du (non) respect de la dictature de la loi et
de l’empire du droit et de la justice au sein de la République, à la
base de son rayonnement ou de son dépérissement.
Afin que l’opinion soit suffisamment éclairée et qu’elle enrichisse sa
connaissance et forme sa conscience politique, j’ai noté pour elle
l’article 10 et l’article 72 de la Constitution afin de faire valoir
ce que de droit, en toute lucidité et indépendance d’esprit, éclairé,
débarrassé de haine et d’ignorance.
Les élections de 2006 consécutives à la transition ont tu le débat
autour de la nationalité des candidats qui, pour certains, furent
soupçonnés de l’arracher par la guerre ou par le fait de la conquête
militaire. En la matière, nul n’a présenté le test de paternité pour
taire les suspicions. Ils bénéficièrent tous de la présomption de
paternité ou celle d’appartenance ethnique existante en République
Démocratique du Congo. C’est tout le sens de la bataille politique du
parti rwandophile très intéressé aux réformes foncières et
administratives dans le pays. Ce n’est pas par hasard que le RCD s’est
vu confier ce dossier sous Samy Badibanga et sous Bruno Tshibala.
La loi n’exige de personne de prouver la paternité, encore moins
l’affiliation au lignage à la lignée d’une des ethnies. Elle dit
seulement que toute personne appartenant aux groupes ethniques dont
les personnes et le territoire constituaient ce qu’est devenu le Congo
présent. Quels en sont les mécanismes de vérification et de
validation? Il n’y a rien de tel. Juste les réponses remplies au
questionnaire repris dans l’acte de candidature ou dans la Carte
d’électeur supposée faire office de Carte d’identité nationale, pour
garantir le statut et la qualité de Congolais.
Les différents gouvernements truffés d’étrangers ne sont pas pressés
de régler le problème de la carte d’identité, présentant le Congo
comme un pays qui non seulement ne connait pas ses citoyens mais pire,
en ignore le nombre. La tentative avortée de l’office national de
l’identification de la population en est une parfaite illustration.
Dans le Congo majoritairement dominé par le régime patriarcal, tout
descendant est supposé acquérir la nationalité d’origine à laquelle
est attachée la lignée paternelle, bien que dans une contrée du
Sud-Kivu comme dans l’Ubuari ou dans le sud-ouest, dans le Kongo
central, chez les Ne Kongo, la femme et ses descendants ainsi que ses
ascendants ont le pouvoir familial!.
On est, on nait (Ne) Kongo en l’occurrence Mundibu,
Muntandu/Munderi) Musingombe, Munyanga, par sa mère. Les Oncles
maternels assurent les fonctions et jouent le rôle des pères dans le
régime patriarcal dominant dans toutes autres provinces du pays, à
l’exception du Kongo central et l’Ubuari dans le Fizi comme rappelé
tantôt. Là-bas, on est Luba par son père, on est Muhemba par son père,
on est Mubangubangu par son père, même si biologiquement et
héréditairement, toute personne est supposée porter la moitié du
patrimoine génétique de sa mère… On peut bien l’être par sa mère et
ce serait conforme non pas à la société patriarcale phallocratique
mais à la nature généreuse de la terre nourricière. Et pourtant la
nationalité congolaise s’acquiert par la femme que l’on épouse ou par
la mère qui adopte un enfant étranger. La Cour constitutionnelle fera
oeuvre utile quand elle connaîtra ce contentieux électoral ou aura à
se prononcer sur l’interprétation de l’article 72 alinéa 1 et intégrer
avec sagesse la possibilité de jouir de la nationalité d’origine par
l’ethnie de son père ou celle de sa mère, car on est Congolais par son
père ou par sa mère. On ferait un autre pas si l’on devait après coup
harmoniser une autre monstruosité qui maintient la lignée seulement du
côté paternel. Les implications sociologiques, ethniques, seront
chamboulées en profondeur dans toutes les sociétés nationales et
strates qui composent la supra nationalité. Un jour, un ami Luba, Jeff
Kapika, me dit sans savoir et sans réaliser la profondeur de sa
blague, que tous les hommes mariés aux Kasaiennes sont Kasaiens. Ceux
qui sont mariés aux femmes Luba le sont tout autant. Ses propos ont
suscité en moi un intérêt jadis ressenti et je me suis donné le temps
de mûrir cette problématique énigmatique, sinon emblématique, autour
de la nationalité, un sujet jamais vidé, suscitant des émotions et de
la passion.
De toute évidence, ce débat évoluera au gré du temps, en emportera de
solutions durables idoines et propositions comme le vent du printemps
faisant bourgeonner des fleurs et favoriser l’éclosion des pollens
pour que les abeilles en emportent dans les ruches et y produisent du
miel qui manque tant aux Congolais.

Note:

Art. 10 de la Constitution : La Nationalité congolaise est une et
exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre. La
Nationalité congolaise est soit d’origine, soit d’acquisition
individuelle. Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux
groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce
qu’est devenu le Congo (présentement la République Démocratique du
Congo), à l’indépendance. Une loi organique détermine les conditions
de reconnaissance, d’acquisition, de perte et de recouvrement de la
nationalité congolaise». Fin

Art. 72 de la Constitution
Nul ne peut être candidat à l’élection du Président de la République
s’il ne remplit les conditions ci-après:
1. Posséder la nationalité congolaise d’origine ;
2. Etre âgé de 30 ans au moins ;
3. Jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques ;
4. Ne pas se trouver dans un des cas d’exclusion prévus par la loi électorale.
Wazir Kudura Kasongo
Muana-Luaba
Libre penseur, homme libre et affranchi.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •