Ogefrem : toute la vérité sur l’affaire Sayiba

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Hier en début d’après-midi, un avocat s’est fendu, au nom du directeur général de l’Ogefrem, d’un tweet saignant à l’égard de notre journal -qu’il a eu l’élégance de ne pas citer- affirmant au passage que nous serions instrumentalisés pour traiter du dossier Sayiba Patient !

L’auteur de ce tweet, manifestement, ne connaît pas Le Phare, un journal qui en a vu d’autres et qui, au cours de ses trente-sept années d’existence, a su résister à toutes sortes de pressions, d’intoxications et de manipulations.

                  Ceux qui nous connaissent savent que ni la torture, ni les enlèvements et encore moins les emprisonnements n’ont jamais eu raison de notre attachement à la vérité laquelle fonde l’exercice du métier d’informer. Cela peut être considéré comme un défaut par certains, mais pour nous, c’est une qualité qu’il faut entretenir car quand on exerce un métier qui élève la démocratie, il est important d’avoir de bons et vrais repères.

                  Dans le cas qui concerne le directeur général de l’Ogefrem, ce n’est pas l’homme qui nous intéresse mais plutôt les faits pour lesquels il est attrait en justice. Les détournements avilissent l’homme et à l’heure où on célèbre l’ouverture du chantier de l’Etat de droit, chaque Congolaise et chaque Congolais ont le devoir d’y apporter leur pierre.

                  Dans notre précédente livraison, nous disions que M.Sayiba, déjà objet d’un mandat d’amener,  avait été placé sous mandat d’arrêt provisoire (MAP) peu après son arrivée au Parquet Général près la Cour de Cassation et gardé au cachot en attendant son éventuel transfert à la prison centrale de Makala le jour suivant.

                  Le mercredi matin, surprise ! L’homme ne répondait pas à l’appel. Remue-ménage à l’immeuble ex-INSS. Que s’est-il passé durant la nuit pour que l’homme se volatilise, au propre comme au figuré ? Au fil des heures et des recoupements, on finira par apprendre qu’un magistrat lui aurait permis, à l’insu de sa hiérarchie, de partir chez lui après 22 heures.

Problème. Le dossier n’est pas fermé. Bien au contraire, il reste plus que jamais ouvert, surtout après des interférences politiques fermement relevées et condamnées par les plus hautes autorités de la magistrature de notre pays. La lettre numéro 725/MRM 500/D/CAB/VPM/MIN/J&GS/2020 du Vice-Premier Ministre et Ministre de la Justice & Garde des Sceaux demandant au Parquet Général près la Cour de Cassation de retirer le mandat d’amener émis contre Patient Sayiba permet de comprendre l’entêtement de ce dernier face à la démarche du Parquet. Si le souci apparent du ministre était d’orienter le justiciable vers son juge naturel (la Cour d’Appel), il faut dire qu’il a produit des résultats pervers. Car se sentant soutenu par le ministère, l’homme a tout simplement nargué la justice, donnant ainsi à l’opinion l’impression qu’il y a dans ce pays, encore et toujours, des citoyens qui sont au-dessus des lois.

                  La question, ici, est de savoir pourquoi seul le dossier de Sayiba a intéressé le ministère au point de susciter l’ire des plus hautes autorités de la magistrature congolaise. Pour être équitable, la justice doit être la même pour tout le monde et ces pratiques anciennes qui consistent à protéger certains même envers et contre des évidences doivent être bannies à jamais. C’est en tout cas le sens à donner à la lettre du Président de la Cour Constitutionnelle adressée au Vice-Premier Ministre et Ministre de la Justice & Garde des Sceaux, dans laquelle il rappelle à la fois le principe constitutionnel de séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la magistrature.

                  S’agissant du cas spécifique du DG de l’Ogefrem, c’est le Procureur Général près la Cour de Cassation, Victor Mumba, qui sonne la charge en révélant qu’une plainte a été déposée à son office contre le justiciable susnommé, déclenchant une enquête préliminaire confiée à un officier de police judiciaire tandis que l’office du PGR ouvrait un dossier de supervision et non d’instruction sous le D.023/3701/PGCCAS/KAS/MUN/2020.

Convoquée à deux reprises, l’accusé n’a pas répondu, obligeant ainsi l’officier de police judiciaire à solliciter par deux fois les mandats de comparution qui ont été remis à l’intéressé.

Mais par une mauvaise foi manifeste, le DG de l’Ogefrem s’est permis d’inviter l’officier de police judiciaire enquêteur à se déplacer pour l’auditionner à son bureau ou à défaut lui envoyer un questionnaire préétabli. Un comportement qui a poussé l’officier de police judiciaire enquêteur à solliciter un mandat d’amener auprès du magistrat superviseur.

Tout le monde connait maintenant la vérité sur le déroulement de cette affaire et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est très éloignée de la version servie à la presse par les avocats de l’accusé.

Patient Sayiba a pensé qu’il était en droit de bénéficier d’un traitement particulier, sans doute à cause des soutiens dont il bénéficie. Mais la justice étant la justice, il a été ramené sur terre lorsqu’il s’est présenté au Parquet. Il a été mis aux arrêts dans les conditions décrites dans notre précédente édition, n’en déplaise à la personne qui a tweeté pour se donner une contenance. Puisque l’affaire continue et que la possibilité de démontrer son innocence lui est accordée, nous attendons de lui qu’il contribue désormais à la manifestation de la vérité.L.P

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