Nsele : Bibwa, un quartier aux multiples facettes

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Quartier périphérique de Nsele, classée « 23ème » commune de Kinshasa, capitale de la RD Congo, Bibwa s’étend au jour le jour sur un vaste espace jadis couvert de verdure. 

            Les « travaux de ville », apanage de la seule de commune de la Gombe, sont désormais ici. Jadis comme le dernier rempart pour ceux qui sont « chassés » du centre-ville faute de faire face aux loyers sans cesse en hausse, Bibwa est actuellement, à 70%, habité par des propriétaires  qui, il y a environ deux ans, faisaient garder les «maisons provisoires » aux «autochtones ». D’environ 10.000 âmes, ce quartier est à la croisée de sa modernité avec l’érection d’une galerie marchande en construction sur la nationale n°1. En face, des écoles privées qui accueillent tous les rejetons de voisinage, au prix réduit. « J’ai dix ans ici, j’ai vu Bibwa changer sa physionomie à mesure que la démographie prenait l’expansion », a déclaré Mulumba, menuisier dans une ébénisterie locale. A dix minutes de route de l’aéroport de Ndjili (Est), Bibwa a été la cité la moins préférée à Mikonga, cette autre cité, mieux lotie mais dépourvue d’eau courante, pourvue, par contre, d’une électricité alimentée par le clergé local.

            Un  ex-cadre à la banque centrale, aujourd’hui à la retraite, y a construit un atelier de bois à la satisfaction de la contrée. De l’autre côté de l’asphalte, au terminus, existe un dépôt de bois. « C’est facile, vous achetez, vous allez droit à la machine pour moulure alors qu’en son temps, nous devions tous nous rendre à Kingasani », se réjouit Ghislain, chef d’atelier qui encadre plus d’une dizaine d’ouvriers. 

Transport : Les « faux têtes » bloquent l’essor 

            Du centre-ville à Bibwa, le passager peut prendre deux « transports » pour attendre le quartier. Du marché central à Kingasani ya Suka puis un taxi pour joindre la bourgade. Le principal handicap, outre que le courant n’alimente pas l’ensemble de cette terre coutumière, ce sont les « faux têtes ». Ils se recrutent parmi les « ampicillines », nom donné à nos compatriotes de l’armée d’élite présents ici, les « croix rouge », les agents du ministère de Transports, les « journalistes », vrais comme faux, moyennant présentation de la carte professionnelle. «Nous voulons aider les Kinois dans le chantier transport mais les agents de l’Etat nous découragent les bonnes volontés », se plaint Donatien, chauffeur d’une fourgonnette desservant le tronçon Kingasani ya suka- Maluku, classée dernière commune de cette capitale d’environ 10 millions d’habitants du fait de son état semi rural. « Vous prenez 10 personnes à bord, à la descente seuls six payent le viatique, les autres vous exhibent la carte à cinq mètres du véhicule », raconte-t-il non sans remords. «Ça décourage et nous serons un jour appelés à mettre la clé sous le paillasson ». 

« Kuluna » non grata

Comme dans certains vastes quartiers de « Pascal », aussi bien du côté de Ndjili que de Masina (deux communes voisines très populaires de Kinshasa sur la route de l’aéroport), où tout « Kuluna » pris en flagrant délit d’extorsion ou de vol fait l’objet du supplice du collier, à Bibwa c’est bien pareil. Les Kuluna sont ces jeunes qui se livrent, en adversaires, au combat de rue munis d’armes blanches. « Il n’existe pas de Kuluna ici, la plupart des cas d’extorsions sont l’œuvre de ceux qui sont censés nous protéger », déplore Robert Lusuma, « doyen » du coin, en référence aux hommes en armes qui assurent la sécurité des lieux publics la journée et recourent, à la nuit tombée, à l’outillage à leur portée pour brutaliser des citoyens en retard au retour de leurs domiciles. « C’est un appel que nous laçons aux autorités pour qu’une solution soit trouvée dans le sens de relever certains militaires qui se détournent de leur mission pour truander la population déjà laminée par la pauvreté », a lancé Eddy, déçu de la montée sans cesse de l’insécurité. « Mais nos jeunes sont un modèle de vie contrairement à ceux du centre-ville réputés dangereux face à leurs congénères et autres personnes âgées».

            Le gouvernement avait mis sur pied des mécanismes pour combattre les violences sur la place publique. Ces mesures se résumaient en relégation des fautifs, après une instruction judiciaire,  dans les vieilles prisons des provinces. « Ils y vont pour être rééduqués et quand ils vont retourner ils deviendront des hommes valables pour la société »,  se défendait le ministre de la Justice, Emmanuel Luzolo.    

D-I.K 

 

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