Nord-Kivu : le huis clos booste les rumeurs

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La question orale avec débat du député national Martin Fayulu adressée au Vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Alexandre Luba Ntambo, et axée sur le récent accord signé par le Rwanda et la RDC au sujet de la présence des FDLR au Nord-Kivu, a été frappée de huis clos. Pourtant, depuis le 18 mai 2012, date du dépôt du texte de cet élu du peuple au Bureau de l’Assemblée Nationale, de nombreux Congolais et Congolaises se réjouissaient à l’idée d’avoir l’occasion d’être, pour une fois, pleinement informés non seulement sur ce qui se passe dans cette partie du pays mais aussi sur les alliances sans lendemain entre Kinshasa et Kigali.
Pourquoi le Bureau de l’Assemblée Nationale a-t-il décrété le huis clos sur un sujet qui est au centre des préoccupations de nos concitoyens voici plusieurs décennies ? Y aurait-il un lien entre l’Accord congolo-rwandais du 19 mai 2012 et les opérations des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) sur le terrain ? Qu’est-ce qui fait peur au Gouvernement congolais ? Nos concitoyens n’ont-ils pas le droit de savoir de quoi il retourne au Nord-Kivu, où les masques commencent à tomber pour laisser à découvert des combattants étrangers infiltrés dans des rébellions fabriquées de toutes pièces ?
Les rumeurs circulaient depuis des années sur la congolité douteuse de plusieurs officiers supérieurs et combattants intégrés dans les FARDC sur base d’accords de paix entre le gouvernement et des forces négatives. Le général Laurent Nkunda et le colonel Jules Mutebusi étaient les premiers à jeter leurs masques, suivis plus tard par le général Bosco Ntaganda. Le feuilleton des trahisons à la cause de la République est certainement loin de s’arrêter dans sa partie Nord.
Un débat public sur la cartographie de l’armée nationale au Nord-Kivu allait certainement tordre le cou aux rumeurs, mais le Bureau de l’Assemblée Nationale en a décidé autrement.
En mettant une croix sur le débat public tant attendu, Aubin Minaku va pousser des millions de compatriotes à s’abonner à la radio-trottoir. Jusqu’à nouvel ordre, c’est ce média aux milles facettes, qui charrie à la fois vérités et mensonges, qui va devenir la principale source d’information de nos compatriotes pour ce qui est de la situation sécuritaire du Nord-Kivu. C’est la radio-trottoir qui va se charger de répercuter, auprès de l’opinion congolaise, les compte rendu des rencontres secrètes entre autorités civiles et militaires rwandaises et congolaises, les péripéties des affrontements entre FARDC et mutins.
Au niveau du Bureau de l’Assemblée Nationale, a-t-on suffisamment mesuré les dégâts que les rumeurs vont continuer de causer dans les cercles politiques, les milieux économiques, les organisations socio-culturelles, les familles biologiques de notre pays ? Comment les remuants Congolais de la diaspora vont-ils accueillir cette décision de rétention volontaire d’informations intéressant l’ensemble de la communauté nationale, d’ici comme d’ailleurs ?
 
Rupture grave de la confiance
 
L’une des conséquences du huis clos d’hier risque d’être la rupture de la confiance entre l’Assemblée Nationale et de nombreux compatriotes, qui avaient placé tous leurs espoirs dans cette institution en vue de la découverte des dessous de cartes dans le dossier sécuritaire du Nord-Kivu. Quel crédit l’homme de la rue pourrait-il encore accorder, dans l’immédiat ou l’avenir, à un communiqué du Bureau de la Chambre Basse du Parlement ou du Gouvernement faisant état de la maîtrise totale de la situation sécuritaire de cette province par le pouvoir en place à Kinshasa ?
De nombreux Congolais auront désormais du mal à se convaincre que leurs gouvernants travaillent réellement pour la recherche d’une paix durable dans la partie Est du pays. Certains risquent d’être plus attentifs aux messages diffusés par Kigali et même d’être tentés d’y faire foi car, du côté des autorités rwandaises, les informations sur les contacts avec leurs homologues congolaises, les mutins congolo-rwandais, les rapports des Ong des droits de l’homme ou de la Monusco ne semblent faire l’objet d’aucun tabou. Les officiels rwandais prennent le soin de lancer, pour les besoins de la cause, des « scoops » apparemment neutres mais en réalité orientés, qui prennent toujours de court le gouvernement de Kinshasa.
Ce qu’il faut redouter, après le huis clos d’hier à l’Assemblée Nationale, est que le pouvoir en place à Kigali multiplie de nouvelles déclarations et conférences de presse ayant pour but de faire croire à nos compatriotes quye la responsabilité de l’insécurité au Noprd-Kivu est à imputé à nos propres gouvernants. Qu’aura-t-on gagné à maintenir nos concitoyens dans la sous-information, à l’heure où les autoroutes de l’information ont transformé la planète en une maison en verre ?
 
Kimp

 

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