Non au projet de construction d’un pont reliant Kinshasa à Brazzaville

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J’estime que la construction du pont reliant Kinshasa à Brazzaville serait un projet profitable à la RDCongo si et seulement si, au même moment, un investissement conséquent était prévu au Kongo Central, pour développer les secteurs très sensibles des infrastructures portuaires et routières. En d’autres termes, l’impact économique de ce projet ne pourra être que négatif s’il est conçu comme un projet isolé, parcellaire, sans prendre en compte le développement urgent des infrastructures portuaires, de transport et communication sur l’axe Kinshasa – Kongo Central.

Voici les quatre projets de développement qui doivent nécessairement accompagner, à mon avis, la construction de ce pont, pour que sa réalisation soit bénéfique (et non suicidaire) pour l’économie de notre pays, qui risquerait autrement de devenir complètement dépendante des ports du Congo-Brazzaville (plus performants que ceux de la RDC):

1. La construction d’une autoroute moderne, à la place de l’actuelle nationale N°1 trop étroite pour le trafic de grands camions et qui, à cause de la vétusté de sa conception, cause un nombre très élevé de morts chaque année, à la suite d’accidents de circulation en cascade. De plus, le péage très cher imposé aux Congolais sur cette petite route à deux bandes, est inadéquat par rapport au manque d’entretien de cet axe vital de circulation routière reliant Kinshasa aux ports de Matadi et Boma.                                Le péage ne se justifie pas, vu l’exiguïté de la route et son manque d’entretien, alors que ce péage charge énormément le coût de transport des biens de première nécessité (un des plus chers au monde) et surtout, les prix finals des denrées alimentaires de première nécessité;

2. La réhabilitation des Ports de Matadi et Boma, dont les infrastructures vétustes et délabrées, ne sont plus compétitives ni modernes;

3. L’achat de nouveaux bateaux de balisage et dragage du fleuve Congo, pour que les grands bateaux puissent accoster tranquillement à ces ports. La compétition en matière portuaire est liée à la logistique. Les infrastructures du port de Matadi doivent être aménagées. Ce port doit être doté des équipements adéquats. Si nous n’avons pas une bonne profondeur au niveau de la « passe divagante », les bateaux auront toujours des difficultés pour arriver jusqu’à Matadi;

4. La construction d’un port en eaux profondes à Banana, relié par une autoroute à Kinshasa. La RDC et Les Emirats Arabes Unis, à travers la firme DP World, avaient signé vendredi 23 mars 2018 à Kinshasa une convention relative à la construction du port en eaux profondes aux larges de la cité de Banana. Mais, les travaux n’ont pas encore commencé et personne ne sait quand ils débouteront effectivement.

            En dehors de ces quatre axes de développement, il serait absurde, pour le Congo-Kinshasa, d’hypothéquer son indépendance commerciale en faveur d’autres pays (Congo -Brazzaville), devenant « de facto » un pays économiquement enclavé, à cause d’ un manque coupable de vision de ses dirigeants, qui auraient été incapables de développer leurs propres installations portuaires nationales.

            La construction du pont devant relier Kinshasa et Brazzaville ne doit pas être conçue comme un projet isolé mais comme une partie d’un projet plus vaste de modernisation des infrastructures portuaires et routières à Kinshasa et au Kongo Central. Le retard accumulé par le pays ces dernières décennies oblige le Congo-Kinshasa à contextualiser la mise en oeuvre de projets qui, lancés d’une manière isolée et parcellaire, sans prendre en compte le binôme des coûts et bénéfices, auraient certainement un impact négatif sur l’économie générale de la RDCongo, la privant de son indépendance commerciale.

Eugène Diomi Ndongala

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