Négligée au départ, la rougeole s’invite à la fête

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La deuxième phase de la campagne de vaccination contre la poliomyélite dans le district sanitaire de Tshikapa, du 24 au 26 février 2011, a vécu avec ses réussites, ses difficultés  inattendues et ses perspectives d’avenir. S’il est vrai que dans le fonctionnement normal d’un centre de santé ou d’une maternité, il est mis un accent particulier à la bonne tenue d’une vaccination de routine, il est aussi vrai que le gouvernement de la République et son partenaire «Fonds des Nations Unies pour l’Enfance» (Unicef) ont tenu à ce que tous les antigènes  (ou vaccins) soient administrés aux enfants ayant entre 0 et cinq ans, durant cette dernière phase de la campagne de lutte contre la poliomyélite. Une exception a été faite pour la vaccination contre la tuberculose (BCG). Depuis quatre mois, le district sanitaire de Tshikapa n’a pas de seringues spéciales indiquées pour cette antigène.
 
          La vaccination des enfants est de rigueur, selon les instructions sanitaires en vigueur, même si la cible prétend avoir déjà été vaccinée ailleurs ou reçue la vaccination de routine. La répétition n’étant pas nocive, cette mesure constitue simplement, selon les agents sanitaires, une précaution sanitaire nécessaire pour éradiquer la polio. Dans le district sanitaire de Tshikapa – comme à travers toutes les provinces de notre pays où la campagne s’est tenue – il a été recommandé le rapportage de la manifestation toutes les autres épidémies qui pouvaient être découvertes à l’occasion de cette campagne.
 
Découverte de 60 personnes atteintes
de rougeole 
          Aussi bien le médecin chef de district sanitaire de Tshikapa, que les médecins chef des neuf zones de santé que compte ce district reconnaissent qu’ils ne bénéficient pas d’appuis sanitaires de la part des partenaires au développement, comme c’est le cas pour plusieurs zones de santé à travers le pays. Cette faiblesse, reconnaissent-ils, est à la base de la faible surveillance des épidémies. Il arrive parfois qu’ils ne manquent pas du carburant ou des frais pour faire réparer un véhicule en panne. Dans ces conditions difficiles, ils estiment  injuste que le gouvernement les soumette aux mêmes conditions de performance et les évalue avec les mêmes paramètres que leurs collègues des zones de santé mieux loties. Les moyens ponctuels, mobilisés pour cette campagne par le gouvernement, l’Unicef et les autres partenaires les ont aidés à accomplir correctement leur tâche.
          Lors des réunions d’évaluation de la fin de la journée, dans la zone de santé de Kanzala, il a été fait mention de l’existence de 16 personnes atteintes de rougeole. Selon les précisions fournies par les responsables de cette zone de santé, auparavant, il n’y avait que 44 personnes connues. Cela fait qu’aujourd’hui, le district sanitaire de Tshikapa compte une soixantaine de malades. Chiffre qui a semblé préoccuper, non seulement le bourgmestre de la commune de Kanzala, présent à la réunion, mais aussi et surtout les délégués de l’Unicef et les autorités sanitaires de la place qui participaient à cette  évaluation et qui ont immédiatement recommandé des mesures appropriées pour contrôler l’évolution de cette maladie et éviter qu’elle n’atteigne le niveau d’une nouvelle épidémie.
 
Dr Rose Pelenge traînée dans la boue à cause de la vaccination
          Dr Rose Pelenge est médecin-chef de la zone de santé de Kanzala. A ce titre, elle est la première technicienne qui doit  répondre de la vaccination de tous les enfants ciblés se trouvant dans sa juridiction. Le samedi 26 février 2011 – dernier jour de la campagne de vaccination – aux environs de 10 heures (08 heures T.U.), elle se rendait à l’Hôpital de référence de Tshikapa, dans la commune de Dibumba pour une réunion du Comité de district de coordination (CDC) lorsqu’elle a aperçu trois gosses qui jouaient à côté d’un gros camion en provenance de Mbuji-Mayi, stationné dans une parcelle avoisinant le carrefour reliant l’avenue Lumumba aux deux routes conduisant aux ponts des rivières Kasaï et Tshikapa.
          Leurs parents, des malabars bien dans leurs peaux, causaient juste à côté. Par instinct professionnel, elle a fait arrêter son véhicule pour s’informer si ces enfants étaient déjà vaccinés. Evidemment ; ont vite répondu les parents des enfants. Par acquit de conscience, elle est descendue de sa jeep pour examiner les doigts des enfants et s’est aperçue que les enfants n’étaient pas marqués. Elle en a fait part à leurs parents et exigé que, séance tenante, les enfants soient vaccinés.
          Cette hardiesse a déclenché le courroux des parents qui n’étaient autres que les «Baba» (en français «apôtres de Jésus») et qui se sont mis à vociférer en Tshiluba : « Tu as du culot, jeune dame, d’être ainsi venue t’ingérer dans notre famille. Ces enfants ne sont pas tiens ; ils sont nés et ont grandi dans nos maisons sans une intervention de tes médicaments. Leurs nombrils sont tombés par la grâce de Dieu. Pourquoi tiens-tu aujourd’hui à perturber cette harmonie qui règne avec notre Dieu ? ». Devant une telle réaction radicale, Rose, réduite dans ses petits souliers, s’est sentie impuissante ; mais aussi consciente que si ces enfants ne sont pas vaccinés ce dernier jour de la campagne, elle aura raté sa mission de médecin-chef de zone.
 
Un bourgmestre en appui à la campagne 
          Sans parler, elle a envoyé le chauffeur appeler Mushitu Ngenge, le bourgmestre de la commune de Kanzala, à son secours. Quelques minutes plus tard, ce dernier a débarqué, accompagné de quatre policiers musclés et bien armés qui ne demandaient qu’une chose : s’emparer de ceux qui ont eu la témérité de défier les instructions de l’Etat. Une telle démonstration de force n’avait pas besoin d’explication. Et les enfants ont été vaccinés et marqués dans un silence quasi religieux. Cette mission accomplie, le véhicule a raccompagné la délégation du bourgmestre avant de revenir reprendre Rose.  Ce laps de temps a suffi aux « Baba » pour l’arroser d’injures les plus innommables. Pour eux, elle n’était que la fille de satan, venue les tenter et perturber leur communion avec le ciel. Mais pour Rose, c’était la satisfaction d’un travail accompli in extremis.
SAKAZ, envoyé spécial à Tshikapa

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