Naufrages répétitifs en RDC : il faut réhabiliter l’ex-Onatra

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Le chef de l’Etat a suspendu hier sa tournée au Nord Kivu pour effectuer une visite surprise dans la localité de Kalehe au Sud-Kivu,  pour consoler les victimes du naufrage d’un bateau privé de transport. Le bilan est encore une fois très lourd : 150 corps disparus dans les eaux du Lac Kivu. Les éléments de secours n’ont pu récupérer qu’une trentaine des rescapés qui ont été transportés vers les hôpitaux et centres de santé des environs, notamment l’hôpital et le centre de recherche de Fomulac situé tout près de l’usine de traitement et de production du ciment, l’hôpital de Kavumu et l’hôpital de référence de Bukavu ainsi que la clinique voisine.

            Encore une fois, c’est la surcharge en marchandises et en hommes qui a été à l’origine de ce naufrage, selon le commissaire lacustre. Cet accident repose pour la énième fois le problème de l’état des bateaux de transport sur les cours d’eaux du pays. Car, il ne se passe pas un mois sans que l’on ne déplore des cas douloureux des naufrages de ce genre à travers les différents territoires du pays. Lequel regorge d’innombrables cours d’eaux navigables et sur lesquels doivent naviguer de nombreuses embarcations de fortune, pour transporter les marchandises et les voyageurs suite à l’état désastreux et de délabrement fort avancé de diverses voies des communications et des transports routiers et de chemin de fer.

            L’histoire de ce pays renseigne qu’au bout d’une traversée à pied et sur des «tipoyi» qui a duré trois ans, allant de l’Océan Indien jusqu’à l’embouchure du fleuve Congo, dans l’Océan Atlantique, l’explorateur anglais Henry Morton Stanley avait déclaré que le Congo ne vaut pas un penny sans chemin de fer. La réalité du terrain lui donne raison à ce jour, du fait de l’état désastreux des voies des communications par route, par chemin de fer et par voies aériennes.

Nécessité de réhabiliter l’ex-Onatra

            A l’époque coloniale et durant trois décennies du pouvoir du MPR-Parti Etat, les voies des communications fonctionnaient convenablement. C’est au lendemain des mesures honteuses et antipatriotiques de zaïrinisation ou nationalisation des structures économico-financières, industrielles, agropastorales et des transports en 1973 que des galonnés se sont roués sur les infrastructures de navigation lacustre et fluvial e la société l’ex-Onatra. Ils ont ravi par fraude, détournement ou par force d’innombrables barges des bateaux de cette société nationale. Pire, ils ont récupéré de force certains sites des fleuves et autres cours d’eaux navigables pour y ériger des petits ports de fortune sur des berges. Telle est l’image du fleuve Congo à partir de la Gombe jusqu’aux localités environnantes de Maluku et autres. Gare à ceux qui s’y aventurent, au risque de recevoir une balle dans la tête. 

Infrastructures vétustes de navigation

            Comme la société nationale l’ex-Onatra avait été dépouillée de toutes ses infrastructures et autres équipements d’exploitation, les exploitants privés mettent sur les voies de transport fluvial et lacustre des embarcations vétustes, mal équipées et ne répondant pas aux normes de navigation. 

            Face à la pauvreté et au chômage ambiant, les Congolais moyens se précipitent sur n’importe quel moyen de transport pour vivre. Les victimes se recrutent souvent au sein des milieux modestes qui n’ont pas d’autres voies de survie.

            Lors de son séjour en RDC il y a quatre ans, à l’issue d’une visite du Fleuve Congo au niveau de l’Hôtel Kempisky, au dîner de gala lui offert au Palais de la Nation à Gombe par le président Joseph Kabila, le président de la Corée du Sud avait déclaré « que c’est un jour mémorable pour moi, car je viens de toucher de mes propres mains pour la première fois les eaux du fleuve Congo ». 

            Face aux naufrages à répétition qui surviennent sur le fleuve Congo, ses affluents ainsi qu’au niveau des lacs, l’une des thérapies à appliquer en urgence devrait consister en la réhabilitation des bateaux mis à quai par l’ex-Onatra et en l’achat de nouvelles unités flottantes pour elle. Dotée d’une expertise humaine éprouvée, des équipements appropriés  d’aide à la navigation fluviale et des installations portuaires dignes de ce nom, la SCTP (Société Commerciale des Transports et Ports) est qualifiée pour offrir des voyages sécurisés aux personnes et à leurs biens à travers les voies fluviales et lacustres. Car, à l’époque où l’ex-Onatra assurait le trafic fluvial, bien qu’en situation de monopole, avec une flotte omniprésente sur le fleuve Congo et ses affluents, la RDC était épargnée du spectacle de cercueils flottants. Qui dira le contraire ?

Lieux de tourisme et de villégiature

            En effet, partout ailleurs, un cours d’eaux tel un fleuve, un lac et même une rivière constitue un lieu de villégiature et de tourisme. Pour les familles et les visiteurs étrangers. A ce jour, les berges du fleuve Congo et d’ailleurs sont devenus des domaines militaires et gare à l’imprudent qui s’y aventure sans permission, il risque de recevoir une balle sur la tête. F.M

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