Nations Unies, Reynders, Jesse Jackson… : pressions croisées sur Kinshasa !

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Bien que certains états-majors politiques proches de la Majorité Présidentielle aient du mal à l’admettre, il y a lieu de constater que l’environnement post-électoral présente, chaque jour qui passe, les symptômes de la crise politique en République Démocratique du Congo. Ce n’est certes pas par hasard que l’Informateur nommé par le Chef de l’Etat a élargi ses consultations aux partis politiques ayant des députés à l’Assemblée Nationale, alors que sa mission d’identification de la majorité parlementaire n’exigeait pas un effort particulier. Une simple lettre de demande d’information au Secrétariat Général de l’administration de l’Assemblée Nationale lui aurait permis d’entrer en possession des statistiques précises à ce sujet.

Pendant que le Chef de l’Etat cherche à ouvrir le gouvernement aux forces politiques extérieures à sa famille politique, les Nations Unies viennent de publier, coup sur coup et en l’espace de 48 heures (mardi 20 et mercredi 21 mars 2012) deux rapports accablants sur les violences des droits de l’homme en territoire congolais. Dans l’un comme dans l’autre, un carton rouge est brandi à l’endroit des éléments des Forces armées, de la Police nationale congolaise et des services de sécurité. Le bilan de 33 personnes tuées, 16 disparues, plusieurs dizaines blessées, enlevées, arrêtées, torturées et placées en détention selon des procédures extrajudiciaires fait penser à des faits pouvant revenir le caractère de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Les alertes aux violations des droits de l’homme paraissent, aux yeux de certains observateurs, comme un nouvel avertissement aux hommes au pouvoir à Kinshasa.

Les données mises à la portée de l’opinion publique tant nationale qu’internationale poussent à croire que les violateurs des droits de l’homme et leurs commanditaires sont suivi de près au niveau de la communauté internationale et, pourquoi pas, de la Cour Pénale Internationale. Ces atteintes aux droits de la personne humaine compilées jusque dans les moindres détails vont-elles rester impunies ? Nul ne le sait.

 Mais, l’on a de plus en plus l’impression qu’il est attendu des autorités de Kinshasa des actes allant dans le sens de l’ouverture des dossiers judiciaires à charge des auteurs des violences électorales et post-électorales, ainsi que des donneurs d’ordre. En plus de la lutte contre l’impunité des perturbateurs du processus électoral en cours, une plus grande libéralisation de l’espace politique et médiatique est implicitement exigée.

Reynders pour soutenir Kengo ?

Pendant que les deux rapports des Nations Unies continuent de soulever des vagues à Kinshasa, où le gouvernement met en cause l’authenticité de certains faits et l’objectivité des enquêteurs, un nouveau ballet diplomatique est en chantier. A en croire plusieurs sources, le ministre belge des Affaires Etrangères, Didier Reynders, est attendu à Kinshasa au courant de cette semaine. Même si l’intéressé a déjà précisé que sa visite s’inscrit dans l’optique de l’écoute de toutes les parties en conflit, celle-ci est interprétée diversement. Aux yeux des caciques du camp présidentiel, il s’agirait de confirmer la position du chef du gouvernement belge, qui avait en son temps adressé un message de félicitations à Joseph Kabila, au lendemain de sa prestation de serment comme président élu de la RDC. Peint comme un allié du régime de Kinshasa, Didier Reynders suscite des manifestations de colère aussi bien dans les rangs de la diaspora congolaise de Belgique que dans ceux des partis congolais de l’Opposition.

Les critiques le font par ailleurs passer pour le porteur d’un agenda caché visant à plaider, auprès de Joseph Kabila, la cause de Léon Kengo wa Dondo comme futur Formateur du gouvernement et Premier ministre. Ainsi, Bruxelles aurait déjà choisi son camp pour la législature de 2011 à 2016, celui de la « 3me Voie » actualisée, avec Kabila à la présidence et Kengo à la Primature. Ce serait, semble-t-il, l’option levée par le gouvernement belge pour désamorcer la crise post-électorale dans l’ancienne colonie.

Après son retour en Belgique, les analystes politiques seront tout yeux et tout oreilles du côté de Kingankati pour savoir si Reynders a réussi à convaincre Kabila de cohabiter avec l’Opposition.
Cela rappelle, aux nostalgiques, la formule magique Mobutu-Kengo imaginée par les Occidentaux en 1994, avec la caution morale de Mgr Monsengwo, alors président du bureau du Haut Conseil de la République, Parlement de Transition, pour résoudre la crise de légitimité dont souffrait Mobutu, après avoir limogé en janvier 1992 Etienne Tshisekedi, Premier ministre élu par la CNS (Conférence Nationale Souveraine) et tenté une cohabitation éphémère avec Birindwa, ancien cadre débauché de l’UDPS.

Jesse Jackson : quel message ?
Le pasteur noir américain Jesse Jackson se trouve, lui aussi, en route pour Kinshasa. Bien que n’exerçant aucune fonction officielle connue, d’aucuns le voient chargé d’un message spécifique pour les autorités de Kinshasa. Ce sentiment est fondé sur le fait qu’avant de mettre pieds en terre congolaise, il ait transité par Bruxelles. Ici, il a rencontré plusieurs personnalités politiques du Royaume. Et puis, en marge de la Journée internationale de l’élimination de la discrimination raciale, il a participé à un dîner de gala, à l’invitation du vice-président du Parlement bruxellois, Bertin Mampaka, avant d’animer une conférence de presse.

Au cours de celle-ci, il a beaucoup parlé des effets dévastateurs du racisme, de l’avarice, de la violence, des guerres, etc. Il a sorti des chiffres très évocateurs : 55 millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale et 6 millions de morts en RDC entre 1996 et 2003. « Quand le Congo est exploité, cela fait mal aux Congolais. Cela fait mal à la région. Cela fait mal au monde », a-t-il répété avec regret. Il a émis le vœu de voir la société mondiale changer, lutter contre tout ce qui est le mal. « Nous avons tenté la haine, cela n’a jamais réussi. Nous tenté l’amertume, cela n’a pas réussi. Nous avons tenté les tueries entre frères et sœurs, cela n’a pas réussi. Nous devons essayer autre chose : l’amour. L’amour donne l’espoir. Essayons la joie, par la guerre. Créons un nouvel ordre mondial », a-t-il martelé avec force.
Que se cache-t-elle derrière le message de ce ministre de Dieu très préoccupé par l’avenir du Congo et des Congolais ?
Que signifient ces pressions croisées sur Kinshasa? La communauté internationale, choquée par le hold up électoral de novembre chercherait-elle à en atténuer les effets?

Kimp

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