Moïse Katumbi : économiste de chambre ou propagandiste maladroit ?

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Après un séjour de 3 jours à Kisangani, sur les terres de Patrice-Emery Lumumba, dont il a voulu se oindre l’esprit, Moïse Katumbi Chapwe, chairman de «Ensemble», a regagné mercredi son QG de Kashobwe, dans le Haut-Katanga. Dans son état-major, l’heure est présentement à l’évaluation de cette sortie politique-test en perspective de 2023. D’autre part, différents analystes ne s’empêchent pas de décortiquer ses propos, en les tournant et retournant dans tous les sens, pour en relever la pertinence, mais aussi l’incohérence pour quelqu’un tenté de se mettre en ordre de bataille pour les joutes électorales à venir. Et parmi ses incohérences, il y a lieu de noter ses propos tonitruants sur les effets du Covid-19 dont le Gouvernement ne doit pas prendre prétexte pour répondre aux attentes de la population avec les cours du cuivre et du cobalt qui atteignent des sommets historiques. Le chairman de « Ensemble » a administré là la preuve qu’il est un économiste de chambre, doublé d’un fossoyeur impénitent.

         Pour accrocher les «fidèles» venus à sa messe dite le lundi 20 décembre à la Place de la Poste à Kisangani, le chairman de «Ensemble» s’est découvert les talents de populiste. Il a surfé sur la taxe RAM pour laquelle il a tracé en quelque sorte une ligne rouge, en demandant au Gouvernement de la supprimer, parce que jugée illégale par le Sénat et à l’Assemblée Nationale. S’apitoyant sur le social des Congolais, il a laissé entendre que l’exécutif ne peut justifier son incapacité à répondre aux attentes de la population en prenant prétexte de la pandémie du Covid-19, au moment où les cours du cobalt et du cuivre ont atteint des sommets historiques.

Economiste de chambre

         Les propos du chairman Moïse Katumbi Chapwe sur les effets négatifs inhérents à la pandémie du Covid-19 révèlent, si besoin en était, que c’est un économiste de chambre. Il a des idées éparses sur cette crise, au départ sanitaire, occasionnant des pertes en vies humaines, et qui s’est traduite avec le temps par une crise d’ordre économique à la suite des différentes mesures prises par les autorités politiques de par le monde pour en limiter la propagation. Elle a entraîné des chocs sur la demande (baisse de la consommation suite, notamment, aux mesures de distanciation et confinement de la population) et sur l’offre (perturbation de la chaîne de production à l’échelle internationale au départ de la Chine, cette dernière étant l’un des principaux fournisseurs mondiaux), et engendré des spéculations sur les marchés financiers. Ce qui a donné lieu à un ralentissement de l’économie mondiale. Et, selon des économistes comme Carlos Lopes, le monde a fait ainsi face à sa pire contraction depuis la «Grande Dépression».

         En raison de leur forte dépendance commerciale et financière vis-à-vis des trois grands pôles économiques mondiaux, à savoir la Chine (16 % du PIB mondial et près de 30 % de la production industrielle globale), l’Europe (22 % du PIB mondial) et les Etats-Unis (24 % du PIB mondial), les autres pays et régions du monde (Afrique, Amérique latine et Asie) s’en sont trouvés fortement affectés. Au nombre de ces pays : la RDC (République Démocratique du Congo). Avec une économie extravertie, tributaire du secteur minier, et fortement dépendante des intrants et des produits de première nécessité et des denrées de base importés, cette dernière a vu, contrairement aux prévisions  2020 (4,4 %) sa croissance se contracter (de 2,2 %, selon le FMI (Fonds monétaire International). Ce qui a amplifié les vulnérabilités que  l’économie nationale présentait début 2020 : ralentissement de la croissance, baisse des excédents de la balance de paiements, déficit budgétaire occasionné par les dépenses sécuritaires (conflits armés), sanitaires (épidémie d’Ebola à l’Est), de prises en charge des catastrophes (invasion des criquets, etc.). En dépit des aides d’urgence du FMI, le pays était entré en récession.  A l’époque Premier ministre, le Prof Sylvestre Ilunga Ilunkamba ne s’en est pas voilé la face.

         Le Covid-19 a eu des effets dévastateurs sur tous les secteurs en général, bien que de manière différenciée, et en particulier sur le fragile tissus industriel et économique national. Les mesures de riposte prises aussi bien par le Gouvernement que la Banque Centrale du Congo n’ont pas suffi. Par ailleurs, faute de financement, les deux plans de relance, mis en place par le Gouvernement sous la direction du président de la République, n’ont pas connu un taux élevé d’exécution. Et le coup de grâce est venu de l’affectation du secteur informel qui constitue près de 80 % de l’économie congolaise. En effet, les mesures de distanciation, de confinement, de couvre-feu ….. ont déstructuré l’informel, au point que l’armée qui y appointe, constituée de la majorité de la population active, s’est trouvée et se trouve encore privée des moyens de subsistance.  C’est ce qui explique les cris de détresse actuels dans les basses couches de la population.

         Selon une étude de la FEC, près de 60 % des entreprises congolaises se sont retrouvées en difficulté et certaines ont mis la clé sous le paillasson. Contrairement à ce qui s’est passé en Occident et ailleurs, où les Etats ont déclenché des mécanismes d’aides publiques au bénéfice des entreprises afin de les rendre résilientes, celles de la RDC ne savaient et ne savent à quel saint se vouer. Même si nombre d’entre elles ont rouvert les portes, il faut du temps pour qu’elles retrouvent leur niveau d’avant la crise. Ce qui n’est pas évident avec la pandémie qui n’a pas encore dit son dernier mot.

         Aussi, il sied de retenir, ainsi que l’avait prédit l’économiste Carlos Lopes, que des milliards de dollars américains ont été injectés pour revitaliser les économies centrales, ce qui n’a pas été le cas pour les périphéries, dont la RDC, confrontées à des défis à une échelle différente.

         En effet, afin de maintenir à flots l’économie américaine, l’administration Trump avait injecté en son temps 3 500 milliards USD. A peine arrivé à la Maison Blanche, Biden a sollicité et obtenu quant à ce du Congrès un crédit 1 900 milliards UDS . Il vient de solliciter encore un crédit de 3.000 milliards USD pour relancer l’économie nationale. L’Allemagne, sous Angela Merkel, a déboursé 700 milliards USD. La France a décaissé 600 milliards USD et attendait 100 milliards USD de l’Union Européenne.

         Et combien a déboursé la RDC pour faire face à cette crise due au Covid-19 ?  Afin de faire face à la crise, le Gouvernement a conçu deux plans, à savoir le Programme d’Atténuation des Effets de Covid-19 pour un montant de 450 millions de dollars, et le Programme Multisectoriel d’Urgence d’Atténuation des Impacts de Covid-19 (PMUAIC-19) pour un montant de 2,61 milliards USD. A part le volet stabilité du cadre macro-économique pris en charge dans une certaine proportion par le FMI, le volet relance de l’économie nationale, fondé sur la réduction de la dépendance aux exportations et le soutien aux secteurs productifs porteurs de croissance, bat de l’aile. A la base : le manque de financement. Et même s’il y avait des financements, ce n’est pas en une année que cela produirait des résultats positifs attendus. En Conséquence, le pays s’est trouvé dans l’incapacité de briser, par exemple, la chaine d’importations des produits alimentaires dont le riz, le maïs, le manioc, le haricot. Et l’on ne peut s’étonner de la valse des prix enregistrée depuis lors. Ce qui est dramatique en cette période festive.

         Il va donc de soi que les sommets historiques atteints par les cours du cobalt et du cuivre ne constituent pas vraiment une solution au problème de fonds qui se pose. Le chairman de «Ensemble» semble même se tromper d’époque. La RDC n’est plus à l’époque où la puissante GECAMINES d’alors produisait 500 mille tonnes de cuivre et 20 000 tonnes de cobalt par an dont les produits de vente revenaient de droit à l’Etat propriétaire. En 2019, elle a produit 20 000 tonnes de cuivre, soit 25 fois moins que fin des années 80 et début des années 90. Du reste, c’est une entreprise dépécée. Ses riches gisements ont été attribués à des tiers, à travers des contrats léonins. Les révélations à ce sujet de son ancien PCA, Albert Yuma, au journaliste franco-camerounais Alain Foka, sont non seulement troublantes et traumatisantes, mais elles reflètent aussi la mal gouvernance et la corruption érigées en système de gestion durant le règne de Joseph Kabila, dont Moïse Katumbi Chapwe était l’un des dignitaires choyés.

         Par ailleurs, combien paie-t-on à l’Etat par toutes ces entreprises privées qui se partagent sans scrupules la manne minière en RDC ?

         Selon des statistiques, l’Etat ne tire même pas 10 % de ce qui est produit. Parler donc des sommets historiques atteints par les cours du cuivre et de cobalt, sans dire aux populations ce qui est réellement payé à l’Etat pour répondre aux attentes de la population, relève du populisme et de la démagogie. C’est faire des raccordements frauduleux dans le but d’attiser le feu.

Le chairman Moïse Katumbi Chapwe prend ainsi à la légère, pour des besoins populistes une question qui est pourtant fondamentale et dont les effets vont durer dans le temps. S’il aura à l’avenir un programme politique, cette énigme devra y figurer en bonne position. 

Propagandiste

maladroit

         Un autre Congo est possible, a dit Moïse Katumbi Chapwe à Kisangani. Mais, sur quelles valeurs ? Jadis dignitaire des régimes Kabila, il a contribué à la mise à mort de la GECAMINES non seulement en s’emparant de ses meilleurs gisements, mais aussi en s’adjugeant le droit exclusif de transport des minerais par son entreprise privée, Hakuna Matata. Ce qui a fait le malheur d’une autre entreprise publique, la SNCC.

         Peut-on savoir combien les entreprises minières appartenant au chairman de «Ensemble» ont payé à l’Etat pendant toute sa période de gloire en tant que tout puissant Gouverneur du Katanga ? Dans quel état a-t-il laissé cette province qui lui a procuré des milliards pour lesquels on lui voue respect à travers le monde ? C’est à peine que le Gouverneur Jacques Kyabula tente de revêtir le Haut-Katanga d’une nouvelle robe. C’est le lieu ici de féliciter aussi Richard Muyej qui, dans un sursaut d’orgueil, avait tenté de donner un visage à la province du Lualaba.  Même Zoé Kabila s’est découvert le rôle de bâtisseur dans le Tanganyika.

         Jamais un sans deux. Malgré ses démentis, «Congo Hold-up» vient de peindre le patron du TP Mazembr sous un nouveau jour. Il y aura sans doute un trois et un quatre. Ce consortium de journalistes n’a fait que lever un coin du voile.

         Oui. Un autre Congo est possible, mais avec un repenti qui va accepter de réparer les préjudices causés. 

Moïse Musangana

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