Migrations vers l’Occident : des filières de passeurs orientent les clandestins  vers la Tunisie

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Migrer vers l’Europe par tous les moyens, et à tout prix, bâtir son avenir et mourir  : tel est le rêve que continuent de caresser chaque jour des générations de jeunes africains. Un rêve qui tourne souvent au cauchemar, lors des traversées nocturnes de la Mer Méditerranée. Cette barrière maritime est même devenue le cimetière où disparaissent des  centaines des migrants. Nombre d’entre eux avaient quitté quelques pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, et se sont aventurés à pied dans le désert du Sahara, sont morts de faim, de soif et d’épuisement.  Il y a eu des corps des migrants morts découverts dans les camions par des douaniers à certains postes-frontières.

Et malgré des chiffres alarmants de ces migrations clandestines qui ont tourné au drame,  des jeunes pour la plupart, des garçons, n’ont pas renoncé à leur projet de migrer vers l’Occident.  Des filières de passeurs  opérant en clandestinité et à travers certains réseaux proposent depuis quelques temps, la Tunisie comme nouvelle escale avant la traversée de la Mer Méditerranée.

Hervé Nguizani, 26 ans, se rappelle qu’à la fin du mois de novembre 2015, il a été mis en contact avec des membres d’une filière de « passeurs »qui s’affichaient comme spécialistes de dossiers de voyage vers l’Europe. A les en croire, ils prétendaient avoir envoyé des centaines et des centaines de jeunes dans plusieurs pays de l’Union européenne. Aujourd’hui, ont-ils soutenu, ces jeunes ont acquis des titres de séjour et trouvé des emplois. Ils gagnent bien leur vie et de temps en temps, envoyent quelques fonds aux membres de leurs familles restés en RDC.

Après avoir rempliquelques formulaires et versé la somme de 1.500 dollars versée, Hervé Nguizani attendait d’être fixé sur la sortie des titres de voyage et la date du vol pour Tunis considéré par la filière, comme ville érigée en nouvelle escale pour les migrants africains en route pour l’Europe.

            Le jeune homme qui était assiégé à longueur de journée, n’est plus fréquenté. Il a tenté de joindre les membres de la filière, personne n’est visible, ni joignable.

            Et il n’est pas seul dans son cas. Ils sont nombreux de jeunes hommes et des filles à qui des escrocs ont fait miroiter l’Eldorado en Europe, mais en passant par la Tunisie, une ville africaine située au bord de la Mer Méditerranée où la traversée est paraît-il, facile. Déçu, Hervé Nguizani envisage désormais de tenter une nouvelle expérience vers l’Angola dont on dit qu’elle offre de voies de sortie vers le Brésil.

            Marie-Louise Ngoya, 31 ans, célibataire, a toujours été fascinée par le voyage en Europe. Elle rêvait de tenter  comme tant de jeunes filles de sa génération, une aventure en Europe. Coiffeuse, Ngoya était spécialiste de tresses africaines. Avec ce métier, elle s’imaginait qu’une fois arrivée en Belgique, en France ou en Allemagne, elle ouvrirait un salon de coiffure dans un coin de son futur studio.

            L’une de ses copines la mettra en contact avec des escrocs qui prétendaient résoudre son équation de se trouver un billet d’avion, un passeport et un visa. Montant exigé par le réseau ?

            3.500 dollars. Nous sommes au mois de décembre 2015. Fille d’une femme commerçante, Marie-Louise Ngoya a fini par attraper la somme. Et vite, elle a rencontré les membres de la filière et payé. Promesse lui sera faite qu’en deux semaines, tout serait au point. Elle ne se voyait plus qu’à Londres où elle rêvait aller s’installer. Janvier 2016. Elle ne recevait plus que des communications de membres de sa famille et de ses amies. Le réseau jouait aux abonnés absents. Puisqu’ils n’avaient pas de bureaux connus, ni de domiciles fixes, Marie-Louise était déconnectée de ces «  escrocs » qui ont curieusement disparu de la ville, aussitôt qu’ils ont perçu la somme de 3.500 dollars.

            Des jeunes congolais immatures et sans expérience sont des proies faciles pour ces réseaux d’escrocs qui profitent de leur naïveté pour les dépouiller. Et même pour ruiner certaines familles dont on se rappelle non sans révolte qu’elles ont du revendre des morceaux de leurs parcelles, juste pour assurer le voyage de leurs rejetons. Certaines, jadis des propriétaires des maisons, ont été ruinées au point qu’elles sont devenues des locataires. La mésaventure de ces voyages ratés en Occident, comme on peut s’en rendre compte, devrait assagir ceux qui jurent de voir l’Europe et mourir. C’est le lieu de lancer une vaste campagne de sensibilisation dans les milieux de jeunes.

                                                                                                              J.R.T.

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