Message aux pilleurs :remboursez SVP !

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C’est vraiment le pays de l’ailleurs. Après soixante ans de désastre, les Congolais se lèvent pour dire, d’une seule voix, que la blague a trop duré. Et d’une seule voix toujours, ils dénoncent le mal qui leur prive aujourd’hui du droit d’être eux-mêmes, d’être les seuls maîtres de leurs terres.

Pour les observateurs attentifs, ce drame était prévisible. En 1994, tout le monde avait vu la France imposer, sur nos territoires de l’Est et en accord avec l’Onu, une stratégie militaire qui allait semer durablement le chaos dans le pays. L’opération Turquoise supposée rétablir la paix au Rwanda, contribua au contraire à vider ce pays de sa population hutu pour installer celle-ci en terre congolaise. « Qu’ils restent diriger des collines vides », disait-on aux Congolais naïfs. Mais lesdites collines ne sont jamais restées vides. Bien au contraire, l’espace ainsi libéré a été aussitôt accordé aux populations tutsis naguère réfugiées dans les états voisins et cela ne pouvait constituer une surprise pour les planificateurs de la Turquoise.

            Au fil des ans, les réfugiés ont fini par être considérés comme des FDLR, c’est-à-dire des forces hostiles au régime de Kigali, et ceci expliquant cela, ils sont devenus un élément de fixation, et même de justification permanente des actions de déstabilisation menées contre notre pays par des voisins indélicats. De nombreux loups sont entrés dans la bergerie et n’en sont jamais ressortis. On les voit aujourd’hui essaimer les risques de déflagration en quittant Masisi ou Rutshuru pour aller s’installer en Ituri, à une soixantaine de kilomètres de Bunia. Dans quel but ? Mystère. 

            Quand on dit que le pays va mal, on oublie souvent de préciser que celui-ci vient de très loin. Nous pouvons même dire que si ce mal avait été conjuré en 1974 lorsque Mobutu Sese Seko dénonça les dix fléaux (la liberté ou licence, la crise agricole, le chômage, l’inflation, la société de consommation, l’éducation et la jeunesse, une armée coûteuse, l’injustice sociale, les problèmes sociaux, l’individualisme et l’égoïsme) qui gangrenaient la société ex-zaïroise, le pays aurait fait du chemin et n’aurait jamais entamé ce regrettable chemin de la croix.

            Pendant 55 ans, nous avons fait du surplace. Pire, nous avons reculé dans bien de domaines, au point que seule une thérapie de choc peut nous permettre de repartir à l’abordage d’un avenir structuré. C’est à cet avenir que Félix-Antoine Tshisekedi croit et il a pour cela mis fin au régime des privilèges en matières douanière et fiscale.

Forts de ce soutien présidentiel, les organes chargés du contrôle se sont mis au travail. L’État congolais qui est connu pour son gigantesque potentiel peut maintenant attendre, via les redevances, taxes et impôts divers, des sommes d’argent énormes qui devraient lui permettre de se reconstruire, de se relancer et de s’imposer dans le concert des nations. Mais ces milliards qui nous tendent pourtant les mains vont malheureusement dans les poches des individus chaque année. Les enquêtes qui ne font que commencer ont déjà permis de cerner l’étendue des pertes pour les finances publiques et des solutions appropriées sont envisagées au cas par cas.

            Normalement, l’action que mène l’Inspection Générale des Finances et la Police judiciaire des Parquets devrait bénéficier du soutien de tous. Parce qu’il s’agit de relever le pays, de le reconstruire. Il n’est pas normal d’entendre, comme c’est le cas aujourd’hui, des voix qui réclament un injustifiable moratoire en faveur des pilleurs. Le Président avait dit qu’il ne fouinerait pas et patati patata. Oh si, le Président l’avait bien dit, mais il avait aussi précisé que si quelqu’un avait des preuves et dénonçait des indélicatesses financières, celles-ci feraient l’objet d’enquêtes. Alors, de quoi se plaint-on ? Est-il justifiable de ne rien payer au Trésor public et de bénéficier d’exonérations et/ou compensations qui obèrent le budget de l’État ? C’est inacceptable tout comme il est incivique de mener une campagne de sape contre un mécanisme normal de recouvrement des fonds dus à l’État. Dans le procès de 100 jours par exemple, tout le monde s’est rendu compte que l’argent a disparu. Une seule licence d’importation a été ouverte au niveau de la Banque Centrale du Congo et elle portait à peine sur quelques sept millions de dollars ! Où est donc passé le reste ? Quand on pose la question, on voit des gens évoquer un procès politique. Non, il faut arrêter cette blague. L’argent décaissé est une propriété du peuple congolais. Il en est de même des fonds détournés via les exonérations et ou compensations. La République en a besoin pour faire face aux priorités qu’elle s’est fixée. Il faut donc les rembourser. Absolument. Seule la haine du Congo peut pousser à faire le contraire.

Le Phare 

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