Mbandaka : Pâques avec les Enyele !

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* Le port, l’aéroport, le gouvernorat et le siège de l’Assemblée provinciale attaqués dimanche matin

* L’aéroport récupéré par les FARDC dans l’après-midi avec l’appui de la Monuc

* Deux agents de la Monuc tués

La population de Mbandaka, chef-lieu de la province de l’Equateur, s’est réveillée hier sous un concert des tirs à l’arme lourde. En lieu et place de l’effervescence de la célébration de la fête de Pâques, elle a vécu une journée dominicale cauchemardesque, barricadée à domicile. Selon des informations parvenues au Phare, des rebelles appartenant au célèbre mouvement insurrectionnel des Enyele, ont attaqué la ville dès les petites heures de la matinée, à partir du port. Ils ont pris pied dans ce point stratégique, laisse-t-on entendre, après avoir arraisonné un bateau battant pavillon MB Super Malaïka, lequel appartiendrait au Groupe Blattner.

Ils y auraient délogé quelques éléments des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) avant de progresser vers trois directions : l’aéroport, le gouvernorat et le siège de l’Assemblée Provinciale. A en croire des sources indépendantes, les envahisseurs auraient rapidement pris le contrôle de ces trois cibles.

Les troupes de l’armée régulière se seraient repliées à Mbandaka II, d’où elles auraient lancé, avec le concours de la Monuc, la contre-offensive ayant permis la récupération, de l’aéroport en fin d’après-midi. C’est au cours des combats ayant opposé les Enyele à la coalition FARDC-Monuc qu’a été enregistrée la mort d’un soldat du contingent ghanéen de la Monuc. L’infortuné a été, selon les précisions reçues dans la soirée au Phare, touché alors qu’il se trouvait perché sur un blindé au moment de l’action d’appui de la Monuc aux Fardc pour récupérer l’aéroport. Un autre agent de la Monuc, civil celui-là, a succombé à une crise cardiaque. Il se trouvait à l’aéroport au moment où celui-ci a subi l’assaut des Enyele.

Des informations difficiles à vérifier ont continué à circuler hier soir. Selon certains résidents de Mbandaka joints par Le Phare, les tirs à l’arme lourde étaient toujours entendus jusqu’à la tombée de la nuit, d’où la paralysie de toutes les activités. Le port ainsi que plusieurs sites de la ville, dit-on, étaient encore aux mains des insurgés.

Des officiels congolais s’exprimant sous le sceau de l’anonymat soutenaient, hier dans la soirée, qu’après avoir repris le contrôle de l’aéroport, les FARDC auraient réoccupé plusieurs points stratégiques du chef-lieu de l’Equateur et contrôleraient de ce fait, l’ensemble de la ville.

Des questions sans réponses

Les observateurs constatent que la confusion militaire s’est installée à Mbandaka au moment où la confusion politique, provoquée par le bras de fer entre l’AMP (Alliance de la Majorité Présidentielle) et le MLC (Mouvement de Libération du Congo) pour le contrôle du bureau de l’Assemblée provinciale, bat son plein. D’aucuns se demandent à quoi rime l’instabilité des institutions politiques de l’Equateur au sein d’une province qui a besoin de la sérénité entre ses filles et fils pour conjurer le démon de la guerre qui le hante depuis le mois d’octobre 2009.

La seconde question est celle de savoir si la situation sécuritaire décrite par les « services » et les officiels tant nationaux que provinciaux est celle-là qui règne effectivement à travers la province de l’Equateur. Si les déclarations officielles faisant état, en novembre 2009 et au début de cette année, de l’anéantissement presque total des insurgés Enyele traduisaient les réalités du « front », comment expliquer l’attaque surprise d’hier au cœur même de la province ? Est-ce possible que des résidus, qui ne représentaient plus aucune menace pour Dongo, Gemena et leurs environs, encore moins pour Mbandaka, et qui se contentaient des raids dans des villages perdus dans la forêt, aient pu surgir subitement pour semer la mort et la désolation au chef-lieu ?

Où se trouvaient donc les différents « services » de sécurité, civils comme militaires, pour ne pas donner l’alerte sur les mouvements suspects des Enyele et surtout leur attaque armée, visiblement planifiée, sur Mbandaka ?

Ces différentes interrogations en appellent d’autres, notamment celle de savoir quel type de rapport les autorités civiles et militaires ainsi que les agents des « services » entretiennent avec les autochtones. Vivent-ils en harmonie avec les différents segments du corps social de l’Equateur ? Si tel était le cas, la population civile ne pouvait pas ne pas les mettre au courant de la menace d’invasion qui planait sur le chef-lieu de la province ?

Il va sans doute falloir se ressaisir, au niveau de l’Exécutif tant national que provincial, pour gérer avec tact et responsabilité la nouvelle crise politique et militaire qui tend à s’installer dans la province de l’Equateur et dont le pays n’a vraiment pas besoin. Pour l’heure, ce qui importe le plus, c’est d’éviter la distraction et de se concentrer sur les réponses à apporter aux questions essentielles du vécu quotidien de l’ensemble de notre peuple.

Un raid à la James Kabarebe

Le raid des Enyele sur Mbandaka rappelle aux Congolais à peu près celui, aérien, réalisé par l’ancien chef d’Etat-major de l’armée congolaise du label AFDL et de l’armée rwandaise, James Kabarebe, en août 1998, entre la ville de Goma et la base militaire de Kitona, au Bas-Congo, soit sur près de 2.000 km. Mais au lieu d’un avion, les insurgés de Mbandaka se sont servis d’un bateau.

La singularité des deux attaques est que les « envahisseurs » de Kitona et de Mbandaka ont enjambé plusieurs territoires sans, en principe, se faire répérer. Mais, dans l’un et l’autre cas, l’on peut se demander si des complicités n’ont pas joué. S’agissant particulièrement des Enyele, que certaines sources évaluent à une centaine d’éléments, il y a à se demander comment ils ont pu défier l’armée nationale sur la terre ferme, dans son fief de Mbandaka, avec sa supériorité en hommes, en armes et en munitions, et l’appui d’un allié comme la Monuc, à la puissance de feu redoutable ?

Beaucoup sont portés à croire à la thèse de la trahison, comme en 1998 sur la base de Kitona. Mais à quel niveau se situeraient et opéreraient les « traîtres » ? Le commun des Congolais aimerait le savoir.                                    

                                    Jacques Kimpozo

 

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