Mbandaka compte ses morts

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Après l’attaque surprise, le dimanche 04 avril 2010, de la ville de Mbandaka par des insurgés Enyele et l’occupation, pendant plusieurs heures, de ses points stratégiques tels que le port, l’aéroport, le gouvernorat et le siège de l’Assemblée provinciale, l’heure est à présent au bilan.  Le Phare a appris hier le décès d’un troisième Casque bleu de la Monuc, pilote de son état, qui a trouvé la mort lors des combats violents ayant opposé les troupes onusiennes aux assaillants sur le site de l’aéroport. Il convient de noter que la Monuc ne dispose à Mbandaka que d’un petit contingent d’environ 40 militaires. Et ce sont ces derniers, avec leurs blindés, qui ont largement contribué à la récupération de l’aéroport de la ville.

S’agissant d’autres morts, des résidents du chef-lieu de la province de l’Equateur joints hier par Le Phare affirment avoir vu 14 cadavres  non identifiés ramassés dans les rues le jour de Pâques et déposés à la morgue de l’hôpital général de référence de Wangata. Hier lundi, il était difficile d’y acheminer d’autres corps. On laisse entendre que les 18 « chambres » réservées aux morts affichaient alors le plein.

C’était devenu un casse-tête pour les volontaires commis à l’opération de ramassage des cadavres, qui ne savaient où les entreposer. Compte tenu de la menace de putréfaction qui pèse sur des corps sans vie et de leur incidence sur la santé des vivants, l’idée de l’aménagement des fosses communes est largement partagée.

Mbandaka : brevet de « virginité » déchiré !

C’est la première fois, depuis que la RDC a renoué avec le cycle des rébellions, que la ville de Mbandaka est « tombée », même si c’était pour quelques heures. On se souvient que pendant 5 ans, soit de 1998 à 2003, les troupes du MLC qui campaient à Gemena n’avaient jamais pu mettre pied au chef-lieu de l’Equateur. La « forteresse » imprenable avait résisté jusqu’à accueillir, le 30 juin 2003, les festivités du 43me anniversaire de l’indépendance nationale sous le signe de la réunification et du régime 1+4.

D’où, la mise en morceaux de son brevet de « virginité » par une poignée d’insurgés continue de susciter des questions quant à l’organisation de son système de défense. Comme relevé dans notre édition d’hier, les Congolais veulent savoir à quel niveau se situe le ventre mou de la ville. Est-ce au niveau du commandement militaire, de l’état d’esprit de la troupe, des services de renseignements, civils et militaires, des relations entre les populations civiles et les autorités politiques, administratives, militaires, judiciaires et autres?

Réagissant aux événements de Mbandaka, Louis Koyagialo, Secrétaire Exécutif Adjoint de l’AMP, a exigé une enquête approfondie pour savoir par quelle magie une milice tribale a pu se doter d’armes de guerre et frapper au chef-lieu de la province. De son côté, le sénateur  MLC Jacques Ndjoli a accusé le pouvoir en place d’avoir trop banalisé les événements de Dongo.

Les observateurs pensent que l’avertissement des Enyele appelle un réexamen global de la situation politique et sécuritaire qui prévaut non seulement à Mbandaka mais sur l’ensemble de la province de l’Equateur. Les auteurs des discours endormeurs sur l’inexistence d’aucune menace sécuritaire des Enyele sur aucun village de cette partie de la République devraient revisiter les réalités d’un espace géographique sans routes praticables et où il n’est pas aisé, pour une armée régulière, d’anéantir une guérilla.

Baende de retour à Mbandaka

Annoncé depuis dimanche, le retour à Mbandaka de Jean-Claude Baende, gouverneur de province en séjour à Kinshasa voici une semaine, n’a pu avoir lieu qu’hier lundi 05 avril 2010. Le précité a regagné le chef-lieu de la province en début d’après-midi, en compagnie du commandant de la 3me Région Militaire. En dépit du retour au calme précaire, des tirs sporadiques ont continué à être entendus dans plusieurs quartiers de Mbandaka. De nombreuses familles qui se sont réfugiées à la Procure des missionnaires catholiques, au Cercle de la Bralima, au quartier général de la Monuc ainsi que dans la phériphérie, notamment à Iyonda, tardent à rentrer dans leurs maisons. La psychose d’une nouvelle offensive des Enyele que l’on dit ambusqués dans la forêt de Djombo, est encore présente dans les esprits, au point que les activités commerciales et autres restent en veilleuse.

                                   Jacques Kimpozo

 

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