Marcellin Chishambo devant son destin : faire mieux que ses 14 prédécesseurs

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C’est le plus dur qui attend le nouveau gouverneur du Sud Kivu. Et on ne lui fera pas des cadeaux, car on l’attend au tournant. Va-t-il subir le sort peu enviable de ses 14 prédécesseurs ? Marcellin CHISHAMBO n’a pas droit à l’erreur et devra éviter de tomber dans ce que l’on a reproché à ses deux prédécesseurs. Il est le mieux placé car il a évolué dans l’antichambre du pouvoir depuis le dialogue inter congolais de Sun City. Tout d’abord comme conseiller diplomatique avant de se voir confier les deux secteurs les plus sensibles au cabinet du chef de l’Etat, à savoir la cellule politique et diplomatique et cela, pendant plus de quatre ans, chose qui n’a jamais existé depuis l’accession de Joseph KABILA à la Magistrature Suprême. 

            Le nouveau gouverneur qui attend impatiemment son investiture par l’assemblée provinciale vient de rendu public la composition de son équipe gouvernementale. Celle-ci n’a repris qu’un seul visage de deux gouvernements précédents, Timothée Masumbuko Kyala, qui a exercé sous Célestin CHIBALONZA. En tout et pour tout dix ministres, quatre membres du secrétariat exécutif, le directeur de cabinet et son adjoint, Jean-Pierre NDUSHA considéré comme l’alter ego du gouverneur car il a toujours été à ses côtés depuis la présidence de la République.

            Peut-il gouverner autrement ?

            La province du Sud Kivu est la seule du pays à avoir vu passer quatorze gouverneurs depuis l’avènement de l’A.F.D.L. en 1997. Marcellin CHISHAMBO est le troisième depuis l’avènement de la 3ème République pour une moyenne d’un gouverneur en une année et demie, Célestin CHIBALONZA étant le plus malheureux pour n’avoir séjourné à la belle résidence de Nyofu que durant huit mois seulement, un record qui rappelle celui de feu Barthélemy MUKENGE Shabantu dont le mandat avait été écourté à cinq mois suite aux incidents tragiques survenus au Stade de la Concorde de la commune de Kadutu en présence des présidents MOBUTU et MICHOMBERO du Burundi en 1968 avec un bilan macabre de plus de 40 personnes tuées dont particulièrement des enfants écrasés à l’entrée Est de ce stade suite à une erreur des services du protocole. En fait, au lieu de faire entrer d’abord les gens pour assister à une rencontre de football entre l’équipe Muungano de Bukavu contre Himalaya de Kinshasa, le protocole du gouvernorat avait commis l’effroyable bourde de bloquer les spectateurs dehors pour permettre l’entrée de deux présidents. Comme le match était gratuit, les bousculades au niveau de l’entrée Est se soldèrent par la mort de ces 40 compatriotes. Le président MOBUTU prit la décision de révoquer le gouverneur Barthélemy MUKENGE Shabantu et le premier bourgmestre Floribert SUKADI Bulayi.

            Marcellin CHISHAMBO se trouve donc devant un véritable challenge. Celui-ci se situe au niveau de la gouvernance, de la sécurité interne, de la reconstruction des infrastructures routières, sanitaires, scolaires, aéroportuaires et portuaires, la lutte contre les érosions et surtout de la redynamisation des relations avec les pays voisins à la faveur de la nouvelle dynamique de la CEPGL. Il faudra se doter d’une nouvelle approche par rapport aux grands dossiers énumérés ci-dessus. Notamment, une forte dose d’écoute et de rapprochement des communautés tribales et ethniques encore sous le choc des traumatismes consécutifs à ces deux guerres dites de libération ou d’agression. Le gouverneur aura à convaincre ses administrés à une relecture de la véritable histoire des peuples qui habitent cette sous région depuis des millénaires où ils ont tissé des liens indéfectibles de sang et de bon voisinage.

            Sur le plan économique, à la faveur de la nouvelle vision de la CEPGL, l’animateur de l’exécutif provincial fera œuvre utile en revisitant les différentes réglementations fiscales et douanières pour les adapter à la nouvelle donne consécutive à la libre circulation des personnes et de leurs biens entre les trois pays membres de cet organisme sous régional. D’autant que l’essentiel des mouvements des biens devra s’effectuer en direction de l’Est et du Sud, notamment la SADC et l’ancien marché économique englobant l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, surtout les deux derniers par où passent toutes les exportations et importations des opérateurs économiques de la province du Sud Kivu.

            Au plan sécuritaire, Marcellin CHISHAMBO devra se présenter comme un poisson dans l’eau pour avoir été au four et au moulin de toutes les tractations diplomatiques entre son pays et les deux voisins de l’Est impliqués dans les deux guerres déclenchées en 1996. Ancien animateur des Ongs de développement et natif de la région qu’il est sensé connaître dans tous les coins et recoins, Marcellin CHISHAMBO est attendu à cette aune-là où il devra manier avec dextérité la carotte et le bâton pour ramener la paix dans cette province martyre qui a payé le prix le plus sanglant par la faute des milieux extrémistes de tout  bord. C’est la condition sine qua non pour offrir à sa famille politique des chances additionnelles de rééditer l’expérience heureuse de 2006  pour effectuer une promenade de santé aux élections générales de l’année prochaine.   Saura-t-il gagner ce pari ? Wait and see.

F.M.        

 

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