Machine à voter : quel est le « Plan B » de l’Opposition ?

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Les participants à la réunion interinstitutionnelle du vendredi 19 octobre 2018, présidée par le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, ont approuvé, sur toute la ligne, le rapport du président de la Ceni (Commission Electorale Nationale Indépendante), sur l’état d’avancement du processus électoral. Il s’agit là d’une caution morale non négligeable au plan de travail de cette institution d’appui à la démocratie, dont le socle principal se trouve être la machine à voter.

On se souvient que lors de son dernier tour de table avec les 21 candidats à la présidentielle où leurs représentants, Corneille Nangaa avait fait savoir à tous que le débat autour de ce kit électoral appartenait désormais au passé.

Au regard de ce tableau, l’Opposition se trouve face à une
alternative : participer aux élections avec la machine à voter ou les
boycotter. Selon les informations en circulation à Kinshasa, ses
candidats présidentiables devraient se réunir du 23 au 25 octobre 2018
en Afrique du Sud, avec au menu un programme commun et un candidat
commun de leur famille politique, mais aussi les questions pendantes
du processus électoral, particulièrement la machine à voter et les 10
millions d’électeurs enrôlés par la CENI (Commission Electorale
Nationale Indépendante) sans empreintes digitales.
Il est à espérer, au sujet du programme commun de gouvernement et du
candidat commun à soutenir à la présidentielle du 23 décembre 2018,
que l’intérêt commun va être placé au-dessus des ambitions
personnelles.
Quant à la machine à voter et à un fichier électoral pollué,
l’Opposition devrait réfléchir à un « Plan B », dans l’hypothèse où la
majorité au pouvoir et la CENI resteraient inflexibles face à
l’exigence du rejet de ce kit électoral et d’un nouveau toilettage du
fichier électoral. L’erreur à éviter de commettre serait d’accepter la
machine à voter sans une stratégie appropriée de surveillance des
opérations de vote et de dépouillement ou de boycotter les élections
et consacrer ainsi la victoire électorale de la famille politique du
Chef de l’Etat avant la bataille des urnes.

Projet de « Plan B »

Au regard de ce qui s’était passé en 2006, à savoir le boycott des
élections par l’UDPS sans « Plan B » et en 2011, à savoir la
participation de l’UDPS toujours sans « Plan B », l’Opposition devrait
arrêter des dispositions pratiques pour ne pas, soit déclarer forfait
et ouvrir toute grande, au FCC, la voie de la conservation du pouvoir,
ou participer aux élections sans un plan de surveillance des scrutins.
S’agissant du boycott, d’aucuns pensent qu’il n’offre, comme
hypothétique alternative de pression sur le pouvoir en place, que le
report des élections sur 2, 3 ou 5 ans, ce qui ne serait pas pour
déplaire à Président de la République en fonction, qui reste en place
jusqu’à l’investiture de son successeur.
Pour ce qui est de la participation aux élections avec la machine à
voter, les partisans de cette option au sein de l’Opposition devraient
convaincre leurs partenaires politiques de s’organiser pour la
surveillance des scrutins. Les différents partis ou regroupements
politiques pourraient se partager des aires géographiques pour y
positionner des observateurs dans les bureaux de vote et de
dépouillement, par exemple le MLC pour l’ex-Equateur et l’ex-Province
Orientale, l’UNC pour l’ex-Kivu, l’Ensemble pour l’ex-Katanga, l’UDPS
pour le Grand Kasai, CNB et Nouvel Elan pour l’ex-Bandundu et le Kongo
Central, « tous » pour Kinshasa.
Si chacun des partis et regroupements politiques de l’Opposition a
une réelle assise sociale à Kinshasa et en provinces, il est possible
de limiter les fraudes électorales dans les bureaux de voter et de
dépouillement et de contraindre la CENI à respecter la vérité des
urnes.
De l’avis de certains observateurs, la Ceni ne serait pas capable,
endéans deux mois, de se faire livrer par Miru System l’ensemble des
lots des machines à voter pour les scrutins et de les déployer, dans
le même timing, sur l’ensemble du territoire national, compte tenu de
ses moyens logistiques très limités. Par conséquent, un blocage du
processus électoral, par le boycott de la machine à voter, serait le
prétexte tout indiqué pour reporter les élections sine die, au passif
de l’Opposition.
Financièrement, pense-t-on, le gouvernement n’a pas les moyens de
prendre en charge les trois scrutins du 23 décembre 2018, en dépit de
ses assurances de respecter son plan de décaissement des fonds et de
son refus de tout appui financier extérieur. L’état des finances
publiques est si précaire qu’un couac financier est vite arrivé. La
précarité de la caisse de l’Etat congolais est attestée par la
modicité des budgets 2018 (environ 4 milliards de dollars américains)
et 2019 (environ 6 milliards de dollars américains). A en croire les
rapports de reddition des comptes, les budgets réellement exécutés ne
dépassent pas la hauteur de 3 milliards de dollars américains.
D’où,  la stratégie du pouvoir en place consiste à pousser
l’Opposition à la faute, avec notamment le rejet de la machine à voter
et le boycott des élections, ou  carrément une demande de report des
élections, comme le soutiennent déjà certains candidats à la
présidentielle, qui commencent à signer des « communiqués communs »
avec l’Opposition.
Le piège est là.
Kimp

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