Machine à voter et fichier électoral : dialogue de sourds entre la CENI et l’Opposition

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On a assisté, hier jeudi 04 octobre 2018, à un véritable dialogue de sourds entre la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) et l’Opposition, lors du premier choc frontal entre le président de la centrale électorale et les 21 candidats retenus pour la présidentielle du 23 décembre 2018 ou leurs délégués.

Au finish, aucun compromis n’a été trouvé sur les questions qui fâchent, notamment la machine à voter, le nettoyage du fichier électoral, la présence des observateurs internationaux aux scrutins, le remplacement du délégué de l’UDPS à la CENI, le financement des élections, la sécurisation du processus électoral et des candidats,
etc ….
Après 4 heures d’échange infructueux, de 12 à 16 heures entre les
deux parties, les 4 candidats de l’aile dure de l’Opposition, à savoir
Martin Fayulu, Vital Kamerhe, Freddy Matungulu et Félix Tshisekedi,
représenté par Jacquemain Shabani, ont craché leur amertume sur la
place publique.
Pour matérialiser leur désaccord avec le président de la CENI, ils
ont refusé de s’afficher avec lui, devant les caméras des télévisions
et les photographes, à l’issue de la concertation.
Dans une déclaration lue par Jacquemain Shabani, ils portent à la
connaissance de l’opinion tant nationale qu’internationale que les
réponses fournies par Corneille Nangaa, n’ont pas rencontré leurs
préoccupations.
Imperturbables sur leurs deux principaux préalables à la tenue des
scrutins, notamment la non utilisation de la machine à voter et le
nettoyage du fichier électoral, les candidats de l’Opposition ont
placé le président de la centrale électorale devant ses
responsabilités.
Selon eux, la CENI porterait seule la responsabilité en cas de la non
tenue d’élections libres, transparentes, inclusives et apaisées le 23
décembre 2018 et du vide qui s’installerait au niveau des institutions
de la République.
Il y a lieu de signaler que le dauphin de Joseph Kabila et candidat
du FCC (Front Commun pour le Congo) à la magistrature suprême,
Emmanuel Ramazani Shadari, présent à cette réunion, s’est refusé à
tout commentaire devant les chevaliers de la plume qui ont tenté de
lui arracher une petite déclaration. Son silence a été interprété, par
d’aucuns, comme son adhésion totale au schéma de la CENI d’organiser
les élections avec la machine à voter, sans un nouveau nettoyage du
fichier électoral.
Le président de la CENI a confirmé dans une brève  déclaration, la
tenue des élections le 23 décembre. Mais, il a esquivé les questions
des journalistes relatives aux sujets qui empoisonnent le processus
électoral, notamment la machine à voter et le non nettoyage du fichier
électoral.
Content de cette rencontre avec les différents candidats présidents
de la République, Corneille Nangaa s’est exprimé en ces termes : « ….
C’est une très bonne réunion. Le 23 décembre, nous devons avoir les
élections. Ainsi les acteurs, même les candidats, ont salué d’abord le
fait que le processus évolue. En plus de ça, ils ont présenté
certaines préoccupations, concernant certaines questions techniques. A
cet effet, une commission technique sera mise en place et cette
commission devra permettre d’approfondir ces questions, le tout,  dans
le but de concilier les impératifs techniques dans le but qu’il y ait
des élections le 23 décembre 2018 ».
Théodore Ngoy, candidat à la présidentielle, a pour sa part déclaré :
« Avec ces rencontres, nous espérons que nous aurons des avancées.
Parce que le but, c’est d’aller aux élections de manière apaisée, dans
les  conditions du respect de la transparence, de la liberté
démocratique et de la crédibilité des élections ».

ERIC WEMBA

DECLARATION DES CANDIDATS PRESIDENTS DE LA REPUBLIQUE DE L’OPPOSITION
Ce jeudi 04 octobre 2018, nous, candidats de l’Opposition politique,
venons de prendre part à une réunion dite d’échanges convoquée par le
Président de la CENI à l’attention de tous les 21 candidats Président
de la République.
A cette occasion, nous avons présenté nos préoccupations majeures en
rapport avec le processus électoral en cours. Il s’agit notamment de
1. la problématique de la machine à-voter qui est une modalité de vote
électronique interdite par la loi électorale lors du processus en
cours (article 237 ter) et introduite d’autorité par la CENI. Ce qui
est inacceptable.
2. le nettoyage du fichier électoral qui, selon le rapport de l’OIF,
contient plus de dix millions des cas d’irrégularités sur les quarante
millions vingt-quatre mille présentés comme enrôlés. Sur ce point, la
Décision n° 001 bis/CENI/BUR/18 du 18 février 2018 portant mesure
d’application de la loi électorale en son article 18 souligne
clairement et avec pertinence et clairement ce qui suit: « Pour les
cas des enrôlements irréguliers ainsi que ceux des personnes enrôlées
avec dissimulation des incapacités, la CENI prend les mesures
conservatoires de radiation complète de ces personnes dans le fichier
électoral ». La même Décision oblige également la CENI Ge-à publier la
liste des électeurs radiés pour cause d’enrôlement ou toutes autres
irrégularités. Cette exigence légale doit être respectée;
3. le financement du processus électoral et du plan de décaissement à
ce jour ainsi que de la transparence des élections en l’absence
d’observateurs internationaux;
4. la problématique de la logistique et de la sécurisation du
processus électoral avant, pendant et après le vote.
5. les dispositions prises pour la tenue des élections apaisées dans
les zones Insécurisées  (Nord-Kivu, Ituri, Kasaï, etc)
6. le remplacement sans délai du délégué de l’UDPS au sein du Bureau
de la CEN conformément à l’Accord de la Saint-Sylvestre.
Les réponses fournies n’ayant pas rencontré nos préoccupations, nous
avons demandé à la CENI de :
1. convoquer en toute urgence un cadre de concertations entre parties
prenantes au processus électoral en cours pour des discussions en
profondeurs de toutes ces préoccupations;
2. respecter son propre calendrier électoral pour la tenue effective
des élections à la date prévue du 23 décembre 2018 ;
3. porter seule la responsabilité en cas de non-tenue des élections
libres, transparentes, inclusives, crédibles et apaisées le 23
décembre 2018 et du vide qui se constatera au niveau des institutions
de la République.

En attendant, l’Opposition politique invite le peuple congolais à
rester vigilant, mobilisé et, le cas échéant, prêt à faire usage de
l’article 64 de la Constitution pour s’opposer à toute parodie
d’élections et sauver notre démocratie en péril.

Fait à Kinshasa,
le 04 octobre 2018

Fayulu Martin
Kamerhe Vital
Matungulu Mbuyamu Freddy
Tshisekedi Félix

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