L’impossible fauteuil présidentiel pour les 6 candidats du Kwilu

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M’entretenant avec un parterre d’intellectuels à l’Université de
Kikwit en 2017, je soutenais la thèse selon laquelle il serait presque
impossible que le Grand Bandundu puisse offrir à la nation congolaise,
à court et à moyen terme, un Président de la République élu. Je
fondais ma conviction sur deux évidences. La première, la faible
démographie électorale par rapport au bloc de l’Est du pays. La
seconde, les «fissures communautaires».
Au regard du bilan de dépôt de candidatures à la présidentielle du 23
décembre 2018, je constate que ma conviction se corse sur la chimère
du poste de Président de la République pour les personnalités
politiques originaires du Grand Bandundu et, particulièrement, du
Kwilu, considéré jadis à tort ou à raison comme le «Quartier Latin du
Congo».
Les cinq (5) territoires du Kwilu se sont offert chacun au moins un
candidat Président de la République. Les quatre (4) grandes
communautés linguistiques – à savoir, les Mbala, les Yansi, les Bunda
et les Pende – se retrouvent à travers au moins un de leurs membres.
Voici le décompte. Le territoire de Gungu, avec 357.217 électeurs
bruts, est représenté par Antoine Gizenga et Adolphe Muzito. Le
territoire d’Idiofa, avec 527.702 électeurs bruts, a vu Antoine
Gizenga postuler à la présidentielle. Le territoire de Bulungu, avec
479.443 électeurs bruts, n’est pas en reste avec son fils, Freddy
Matungulu. Le territoire de Masimanimba, avec 386.169 électeurs bruts,
constate la présence de Typhon Kinkiey sur la liste de candidats.
Enfin, le territoire de Bagata, avec 230.333 électeurs bruts, a un
fils, Martin Fayulu. À ces statistiques d’enrôlés par territoire, il
faudrait ajouter les d’enrôlés de trois principales villes où résident
nombre de ressortissants de ces territoires, je cite Kikwit (224.497
électeurs bruts), Bandundu-ville (108.207 électeurs bruts) et Kinshasa
(1.440.581 électeurs bruts, à savoir 30℅ de 4.801.937 d’enrôlés
kinois) pour un total de 1.773.285 de votants bruts.
Prenons maintenant deux hypothèses pour la conquête du fauteuil
présidentiel. Première hypothèse, Vote/Territoire. Chaque territoire
élirait son ou ses fils et se partagerait de manière égale les votants
de trois villes citées ci-dessus, à savoir 295.547 votants bruts pour
chacun de six candidats. Il y aurait: 1) Gizenga (823.249 voix); 2)
Freddy Matungulu (774.990 voix); 3) Tryphon Kinkiey (681.716 voix); 4)
Martin Fayulu (525.880); 5) Antoine Gizenga (474.155 voix) et Adolphe
Muzito (474.155 voix).
Deuxième hypothèque, Vote/Communauté linguistique. Dans l’optique du
vote tribal, les communautés Bunda (une candidate), Yansi (un candidat
plus un candidat 50℅), Mbala (un candidat plus un candidat 50℅)
pourraient être au coude-à-coude. Par contre, la communauté Pende
(avec deux candidats), du reste la moins importante démographiquement,
serait au bas de l’échelle. En définitive, il est difficile, avec le «
vote tribal», qu’un candidat du Kwilu atteigne un million de voix
auxquelles viendraient s’ajouter éventuellement celles d’autres
provinces pour pouvoir s’assurer de la victoire électorale à la
présidentielle.

La question est donc de savoir:
-primo, si cette prolifération de candidatures des Kwilois n’est pas
une stratégie d’une certaine géopolitique nationale que quelques
acteurs politiques du terroir ont malheureusement accepté de mettre en
oeuvre (coopérez à faire émietter les voix de votre province pour nous
permettre de gagner ou à affaiblir les vôtres pour notre gain
politique);
-secundo, si le manque d’engagement à lutter contre le fléau du
tribalisme et les égoïsmes dans le chef des opérateurs politiques du
Kwilu pourrait paradoxalement produire un jour un résultat heureux,
comme l’élection d’un Président de la République, normalement fruit
d’une synergie communautaire;
-tertio, si les acteurs politiques du Kwilu sont conscients du mauvais
exemple qu’ils viennent de donner à la Nation. Si les autres provinces
devaient les prendre pour modèle, il y aurait 145 candidats à la
présidentielle: chaque territoire voulant avoir son Président de la
République. La RDC serait championne du monde en cette matière.
Pour terminer mes cogitations, j’invite les Kwilois, à l’aune de
leurs capacités intellectuelles souvent vantées, à la réflexion et à
l’action pour la construction d’une nation congolaise digne et
respectée tant par les nationaux que par les autres peuples du monde.
Professeur Georges ZUKA MON’DO
UGONDA-
LEMBA.

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