Limete industriel transformé en cité résidentielle : à quand un nouveau « Kinshasa industriel » ?

0
146

Ville hétéroclite depuis l’époque coloniale, Kinshasa avait ce charme particulier d’une ville scindée en deux parties distinctes, les cités résidentielles et les cités industrielles. Ces dernières cités qui abritaient de sociétés agro-industrielles, manufacturières et autres, se situaient le long du fleuve Congo, de Ngaliema à Kingabwa, pour leur approvisionnement en matières premières locales venant de l’arrière-pays. Et elles étaient traversées par une ligne de chemin de fer assurant, l’évacuation des produits semi-finis vers Matadi pour leur exportation en Europe.

            A cette époque, le tissu économique florissant de la capitale, était constitué par des petites et moyennes entreprises agricoles et industrielles de toutes tailles. Et l’abondante main-d’œuvre locale trouvait facilement des emplois et le chômage était à son plus bas niveau. Il arrivait même que pour certains métiers spécialisés, les offres d’emploi traînent prndant trois mois ou plus avant d’intéresser des techniciens qualifiés. A cause du déficit des travailleurs dans toute la chaîne de production, les demandes d’emplois trouvaient satisfaction dans les six jours de leur introduction dans la plupart des entreprises locales.

Le matin, la plupart des bus de transport en commun quittaient Binza dans l’axe Kinshasa-Ouest pour se rendre à Ngaliema, où la société Chanic ( Chantier naval et industriel du Congo) et son usine de production d’oxygène liquide, Utexafrica et Tissakin employaient de milliers de travailleurs. Sur l’axe Kinshasa-Est, même mouvement des masses qui déferlaient vers les sociétés agro-industrielles de la Gombe, telles que Les Plantations Lever au Congo, Mboliaka, Mampeza, pour ne citer que celles-là. Aux mêmes heures, sortaient les ouvriers qui avaient fait le travail de nuit. Ces rotations ininterrompues reflétaient la prospérité d’antan.

            Sur l’axe Limete industriel, à la 1èrerue, des sociétés comme Dilandos exploitant le transport, et Mobimetal spécialisé dans la fabrication des carrosseries, charpentes et citernes métalliques, s’étalaient à perte de vues. Dans le domaine de vente et d’entretien des réfrigérateurs, climatiseurs, congélateurs et chambres froides de grandes capacités, Fanair trônait sur la 3ème rue. Des usines de confection des chaussettes, des chemises, des tenues de travail appartenant aux sociétés Linda et Hasson et Frères, approvisionnaient les entreprises industrielles et même l’armée en uniformes militaires.

Le projet de réalisation d’une zone des PMA et PMI possible à Kimpoko

            Le tintamarre de ronronnements de machines industrielles entendu du matin au soir, sortait de la société Solbena/Plastica dont la raison industrielle était la production des textiles, des matelas en mousses et des  mobiliers de jardin en plastique. OMNIZA, une société du Groupe Dokolo, assurait la distribution de vivres frais. Et les peintures et mousses étaient fabriquées dans les usines de la société Tangi et Frères. A côté de ces entreprises industrielles, Bisco-Zaïre produisait des biscuits de qualité sur la 9 ème rue, une avenue qu’elle partageait avec les Imprimeries Concordia qui deviendront plus tard Imprikin, puis Gimoza. Elles imprimaient le Journal Salongo, des calendriers, des affiches et des livres.

            Sur la 10ème rue, Allglass fournissait des vitres de toutes tailles. Le siège du grand quotidien du matin publiait, au temps de sa  gloire, des éditions spécialisées, telles que Salongo Sélection, Salongo Bas-Congo, Salongo Kikwit, Salongo Bandundu, Salongo Kasaï et Salongo Katanga. Cette diversité faisait la fierté d’une équipe rédactionnelle composée de meilleures plumes de l’époque. Et comme pour entretenir la détente dans un cadre plus convivial, le Cercle Saint Dominique mettait à la disposition de ses membres, ses piscines, restaurants et salles de jeux et divertissements. Et les Imprimeries Saint Paul ont fait leur réputation dans la publication des livres chrétiens, des plaquettes et autres brochures de l’église catholique locale.

La rentabilité de quelques entreprises industrielles a été surtout affichée par la boulangerie Quo Vadis, le Centre de formation professionnelle de l’INPP, les sociétés de génie civil comme Auxeltra-Béton, Safricas, Coleten, et Parisi, pour ne citer que celles-là. Après de vaines tentatives de redécollage, les sociétés de transport Transmac, OTCZ puis City Train, S.T.K., de peintures Penaza, implantées à Limete industriel, ont sombré en faillite comme celles de Kingabwa. Au rang desquelles on peut citer INZAL, FIAT, UZAM, ONC, COBEGA, Solidus, Good Year et RAYOVAC. TREFILKIN, AMATO Frères, BATA, General Motors et tant d’autres sont aujourd’hui de lointains souvenirs d’un passé radieux de l’économie congolaise.

            Avec la ruée des acquéreurs des anciennes parcelles industrielles qui ne rêvent que construire des immeubles résidentiels de plusieurs niveaux, Limete résidentiel a envahi Limete industriel, au point de faire disparaître les dernières usines qui résistent encore par la détermination de leurs promoteurs. Et à ce rythme, avec la disparition du tissu économique, c’est le chômage qui revient au galop et crée des remous au sein de la jeunesse. Aux yeux de nombreux observateurs, Kinshasa industriel, avec sa batterie des entreprises industrielles, doit retrouver sa place dans la périphérie, afin de lutter contre le chômage endémique qui souvent, jette les jeunes dans la rue et entretient la délinquance juvénile. Bien des Kinois pensent, qu’il est temps d’ériger une zone industrielle à Kimpoko et ses environs. Des vastes étendues de terres peuvent être mises à profit pour la construction des sociétés agro-industrielles, manufacturières et autres. Une sorte de réplique de Limete industriel, version moderne. Le prochain gouvernement central devrait y penser. Car, toutes les conditions sont réunies pour la réalisation d’un tel projet d’envergure. Il ne reste plus que la volonté politique.

                                                                                                                      J.R.T.    

  • 17
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •