Lettre ouverte aux historiens

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S’il est généralement admis que le passé doit servir à préparer l’avenir, les festivités du Cinquantenaire devraient se focaliser sur la vraie relecture des faits et gestes ayant marqué d’une manière ou d’une autre l’histoire de ce pays béni de dieux. Certes, des efforts ont été faits, des témoignages ont été recueillis. Cependant, de l’avis de nombreux observateurs, ceux qui ont l’obligation d’éclairer l’opinion tant nationale qu’internationale sur la vraie histoire de la RDC se sont claquemurés dans un silence inquiétant comme s’ils avaient des choses à cacher, donnant la nette impression de craindre d’être contredits ou dénoncés.

Face à l’amalgame, à l’intoxication, à la falsification des faits pour des raisons politiciennes entretenues durant des décennies par le régime du MPR parti Etat, celui de l’AFDL-CPPP et son successeur de l’AMP au pouvoir à ce jour, les historiens, sociologues, politologues, juristes, économistes, financiers, bref tous ceux qui détiennent des documents et une certaine compétence dans ces domaines de la vie courante ont le devoir patriotique de réécrire la vraie histoire de ce pays. Cela, pour éclairer l’opinion et établir des repères pour permettre aux dirigeants actuels et ceux de demain de réajuster le tir pour ne pas retomber dans les erreurs du passé. Des repères pour aider les partenaires extérieurs à mieux négocier des contrats en connaissance de cause pour ne pas tricher ou tromper la partie congolaise.

Bannir la complaisance et la flatterie  

C’est grâce aux documents et analyses rendus publics le 29 juin dernier par le Quotidien de l’Avenue Colonel Lukusa que de nombreux compatriotes ont découvert que certaines personnalités de grande envergure n’ont pas pris part aux travaux de la Table Ronde Politique de Beuxelles. Autrement dit, ces personnalités ne peuvent pas figurer sur la liste des pionniers de l’Indépendance. Aussi, pour des raisons de vérité historique, d’autres n’ont pris part à aucune conférence politique, que ce soit à Tananarive, à Lovanium et à Cocquilathville et même à celle de Luluabourg qui a rédigé la constitution fédéraliste. Des rencontres où le sort du pays avait été négocié pour mettre fin aux sécessions et à la rébellion muleliste.

En outre, le Commissariat Général du Cinquantenaire a commis l’incroyable bourde de proposer la remise de la médaille de l’Ordre des Héros LUMUMBA et KABILA à Justin-Marie BOMBOKO. Alors que c’est cet homme qui avait contresigné, en compagnie de feu Albert DELVAUX ou Mafuta Kizola, l’ordonnance de la révocation du Premier ministre Patrice LUMUMBA. De même, membre du fameux groupe de Binza, il ne pouvait pas ignorer que l’arrestation et le transfert de LUMUMBA à Elisabethville en janvier 1961 allaient lui être fatals. C’est encore BOMBOKO qui avait été chargé de donner des garanties aux autorités politiques du Congo-Brazzaville au sujet du retour du chef rebelle Pierre MULELE alors qu’il connaissait d’avance le sort cruel qui l’attendait à Léopoldville. Une incroyable bourde aux motivations apparemment inavouées mais qui en fait semblent conforter le prince régnant et pourquoi pas certains membres de la coalition actuellement au pouvoir.

La 1ère République : des dirigeants dotés des valeurs éthiques indéniables

En prenant le pouvoir par un coup d’Etat en 1965, MOBUTU a tout d’abord recouru au Parlement pour diriger. Ce sont les intellectuels pétris aux théories communistes qui vont amener radicaliser le régime jusqu’à lui offrir sur un plateau d’or l’occasion d’instaurer la dictature. Tout au long de son règne, feu MOBUTU Sese Seko s’acharnait à lire l’histoire politique de la 1ère République à sa manière et pour sa gloire. Il a même poussé le culot de se proclamer lumumbiste et nationaliste alors qu’il avait joué un rôle capital et déterminant dans plusieurs dossiers scabreux. Notamment, la traque et le transfert de Lumumba à Elisabethville, le massacre des officiers ex-diabos Katangais, dont le colonel TSHIMPOLA au camp Tshatshi, la pendaison des quatre anciens ministres du gouvernement Tshombe, l’enlèvement de Moïse TSHOMBE et son assassinat à Alger en 1967, les exécutions des jeunes officiers à l’issue de la parodie du procès dans l’affaire Major KALUME et consorts en 1977 et bien d’autres sales affaires qui ont endeuillé ce pays pendant 32 ans.

Il s’époumonait à se donner le beau rôle jusqu’à tenter d’effacer les qualités morales et éthiques des dirigeants de la 1ère République. Très peu des congolais se rappellent encore que feu le Président Joseph KASAVUBU reversait au Trésor Public les reliquats de ses frais de mission à l’issue de chacun de ses voyages officiels? Le plus cocasse, c’est qu’il avait sérieusement réprimandé son épouse et ses deux filles qui avaient bénéficié de la bienveillance d’un agent des services de Douane de l’aéroport international de Ndjili en les exonérant des frais sur des valises pleins d’habits neufs achetés en Europe. KASAVUBU obligea son épouse et ses deux filles de retourner à l’aéroport pour s’acquitter de ce devoir civique, faute de quoi il convoquerait le ministre des Finances pour le charger de coller à cet agent une sanction exemplaire. Le tout premier Président de la République n’a possédé de sa vie qu’une seule maison, à savoir celle située au croisement des avenues Inzia et Kasavubu dans la Commune portant son nom et dont il fut élu bourgmestre en 1958.

Durant la 1ère République, le pays n’a pas connu des contrats miniers léonins ou des détournements pharaoniques qui font rage aujourd’hui et qui ont fini par coller aux habitants de ce pays le qualificatif peu enviable d’amoureux de « Beer, Music and Wife ». Bref, un pays immensément riche alors que 95% de ses habitants crèvent dans une misère indicible.

Malgré leur niveau d’études limité au cycle secondaire moyen, les dirigeants de la 1ère République avaient le sens très élevé de l’Etat. Durant leur règne, le banditisme n’existait pas comme aujourd’hui, la salubrité et l’hygiène étaient entretenues régulièrement, les salaires de tous ceux qui émargent du budget de l’Etat étaient régulièrement payés. Les fichiers administratifs de l’Etat civil étaient tenus et protégés de sorte que toute personne qui arrivait dans l’une des villes du pays devait se présenter le lendemain en compagnie de la personne qui l’héberge devant le service compétent pour se faire enregistrer. Autant des valeurs que les historiens sont appelés à réécrire pour honorer la mémoire de ceux qui ont légué ce pays à la prospérité. Dans le bon comme dans le mal. 

F.M.  

 

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