L’Etat-PPRD de retour en provinces !

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Après la réunion de Lubumbashi qu’on avait nommée « matinée politique », avec à l’affiche la polémique provoquée par les propos tenus par le secrétaire permanent du PPRD, Emmanuel Shadari, tant au sein de la classe politique que dans la sphère scientifique, voilà le même gestionnaire du parti de l’ex-président Joseph Kabila qui vient encore une fois de jeter le pavé dans la marre.

Cette fois-ci, Emmanuel Shadari veut entretenir à dessein la confusion qui pourrait déboucher sur des conflits. Car, à travers sa démarche, il voudrait mettre les gestionnaires publics sous la coupe de son parti politique, le PPRD, oubliant expressément qu’une fois aux affaires, on n’a plus d’appartenance politique.

            Au lieu de s’amender, le Secrétaire permanent du Pprd semble avoir choisi le forcing d’installer coûte que coûte un « Etat-Pprd » à travers le pays, misant sur le contrôle de la plupart des exécutifs provinciaux par son parti.

            C’est dans cette philosophie qu’il a procédé, le mercredi 20 novembre dernier, à l’installation de Gentiny Ngobila Mbaka à la tête de l’exécutif provincial du PPRD/ville de Kinshasa, alors que celui-ci est gouverneur en fonctions !

            Ce n’est pas à Emmanuel Ramazani Shadari qui est lui-même juriste de formation qu’on doit rappeler la notion d’incompatibilité des charges. Car, il sait qu’une fois on accède à une fonction de gestion publique, on ne peut plus exercer les activités du parti politique même si on en était président. On est plutôt appelé à se mettre au-dessus de la mêlée en affichant sa neutralité. 

            En vue d’éviter des conflits d’intérêt, la loi recommande de céder la gestion quotidienne du parti à une autre personne pendant l’exercice du mandat public (Président de la République, Premier ministre ou membre du gouvernement, mandataire public, gouverneur, etc.).

La RDC n’est pas la

propriété d’un parti !

            «Papa Gentiny, camarade Mbaka, le président national Joseph Kabila t’a donné le pouvoir à Kinshasa pour gouverner le PPRD. Partout où tu seras, dis que le PPRD est le meilleur et défend toujours le camarade Joseph Kabila ». Ce sont les propos tenus par SP du Pprd en remettant les insignes de son parti au n°1 de Kinshasa.

            En analysant ces propos, on note clairement que dans l’entendement d’Emmanuel Shadari avec ses camarades du Pprd, le gouverneur Ngobila est là pour le compte du parti et non pour gérer la ville de Kinshasa et des Kinois.

            Quand il dit « Joseph Kabila t’a donné le pouvoir à Kinshasa pour le gouverner le PPRD ». n’ignore que le gouverneur n’a pas été nommé mais élu.

            On voit que le parti de Joseph Kabila, qui a régné en maître pendant près de deux décennies avec un bilan lamentablement catastrophique, éprouve du mal à comprendre qu’il ne peut plus donner une quelconque impulsion pour la gestion du pays. Malgré le changement intervenu, avec un système de gestion de la chose publique tout à fait différent, le Pprd rêve toujours de continuer à saigner les provinces comme ce fut le cas durant son long règne, au motif qu’il contrôle la majorité des exécutifs provinciaux.

            En recommandant au gouverneur qui est le représentant légal et attitré du Chef de l’Etat dans l’entité territoriale placée sous sa gestion de gouverner le Pprd, cela veut dire en d’autres termes que la charge de fonctionnement du parti repose sur les épaules du gouverneur. Donc, celui-ci n’est plus au service de la population mais plutôt de son parti.

            Voilà qui a fait que nos provinces se retrouvent aujourd’hui dans un état miséreux malgré d’innombrables potentialités dont elles regorgent. Certaines sont en pleine exploitation mais les dividendes échappent à la population. Cette manière de concevoir la gestion publique en la ramenant à la satisfaction des intérêts privés et égoïstes, justifie l’état exsangue dans lequel la gouvernance du Pprd a laissé le pays, sans aucun projet de développement pour les provinces.

            Sur le plan politique, le fait de vouloir placer les gouverneurs sous le label de leurs partis c’est les pousser à étouffer toute contradiction et remettre ainsi le pays en arrière en ce qui concerne l’évolution de la démocratie.

            Or, l’actuel leadership incarné par Félix Antoine Tshisekedi s’inscrit dans la logique d’ouverture démocratique, avec un accès libre reconnu à tous sans exclusion aux médias publics, droit à la manifestation publique, à la liberté de tenir des réunions, etc.

            Cette façon de concevoir les choses risque d’amplifier des remous aussi bien au sein de la plateforme FCC que dans la coalition avec CACH. Il est temps que les cadres du Pprd revoient à la baisse leurs ambitions porteuses des germes de conflictualité.Dom

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