Les motivations des ONG de défense des droits de l’homme sont-elles au-dessus de tout soupçon ?

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Pour éviter tout risque de malentendu, je tiens à rappeler, avant d’entrer dans le vif du sujet, ces quelques évidences : 

1. Nécessité des ONGDH 

Dans la mesure où la perfection n’est pas de ce monde et que la lutte contre la criminalité requiert des forces complémentaires à celles des services officiels de l’Etat, les ONGDH, quel que soit le pays dans lequel elles sont implantées, sont nécessaires à la protection des droits fondamentaux de la personne humaine. Cela se vérifie, à des degrés différents d’acuité, partout dans le monde, plus particulièrement en RDC, où les occasions pour les hommes en uniforme et les agents des services spécialisés de s’en rendre coupables sont tellement nombreuses, que leurs victimes potentielles que nous sommes tous, avons besoin de sentir constamment dans notre environnement la présence rassurante d’un Etat fort, faisant valoir son autorité, indépendamment du rang social de la personne concernée. 

Malheureusement, il s’agit-là d’une aspiration à un idéal de vie vers la réalisation duquel tendent les efforts sans cesse renouvelés de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues,  des chefs d’entreprises, des chefs des confessions religieuses, du corps enseignant,  de la société civile bref, de l’ensemble des forces vives de  la Nation.

Car est loin d’être satisfaisant le niveau actuel des performances de notre pays dans le domaine des réformes susceptibles de contribuer à la réduction de la pauvreté, à l’amélioration des réseaux de l’Education nationale et à la définition d’une meilleure clé de répartition de la richesse nationale. 

Aussi longtemps que les performances de l’Economie nationale n’auront pas d’impact positif conduisant vers la disponibilisation des moyens accrus pour le soulagement de la situation sociale difficile de nos hommes en uniforme, des fonctionnaires et des agents de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, le combat mené en vue de la régression de la grande criminalité ne servira qu’à soigner les effets et non à guérir le mal profond qui ronge notre pays depuis belle lurette. 

Faut-il pour autant en déduire que le comportement tant décrié de nos hommes en uniforme étant essentiellement tributaire de la qualité de leurs conditions de vie, il faudrait prendre son mal en patience et attendre sereinement que le problème d’insécurité qui en résulte se règle sous l’effet des performances économiques réalisées à la grande satisfaction des institutions financières internationales ? La réponse à cette question ne peut être que négative. 

2. Amélioration de la situation des droits humains en RDC 

Depuis l’instauration des institutions issues des élections générales de 2006, assurant la mise en place d’un Parlement jouant à merveille sa partition dans le strict respect du principe de la séparation des pouvoirs, ce serait faire preuve de mauvaise foi que de ne pas reconnaître que la situation des droits humains dans notre pays, même si elle est encore loin de répondre à nos attentes majeures, s’améliore de jour en jour. 

Mon optimisme dans ce domaine se fonde sur deux constats : d’une part, sur la fréquence des attaques virulentes dans la presse dont le Gouvernement ne cesse de faire l’objet, sans que leurs auteurs ne s’attirent aussitôt les foudres de la Justice. D’autre part, sur l’acharnement dont font preuve les parlementaires tant de la majorité au pouvoir que de l’opposition à brandir des motions de défiance à l’encontre du ministre interpellé, qu’il soit de la Défense nationale, de la Justice et Droits humains ou de l’Intérieur, chaque fois qu’un cas de violation des droits humains est signalé dans sa sphère de compétence. 

Dans ce cas, la séance d’explication en plénière à laquelle l’intéressé est convié est d’autant plus redouté par les membres du Gouvernement qu’elle se déroule devant la Nation tout entière qui assiste au débat en direct à la télévision  nationale et qui, de ce fait, dispose des moyens de se faire sa propre opinion sur la manière dont les affaires de l’Etat sont en train d’être conduites. Au cours de ce débat télévisé,  est passé au peigne fin l’arsenal juridique dont dispose l’Etat pour réprimer les infractions et les inerties qui empêchent la machine judiciaire du pays de fonctionner correctement.

L’absence de complaisance à l’égard du ministre sur la sellette est telle qu’une fois que ce dernier s’en tire à bon compte, il est obligé de redoubler d’efforts tendant à l’amélioration non seulement des stratégies de lutte contre la criminalité mais aussi de l’accès des victimes à la Justice. Autrement dit, il est amené à tirer de sa rencontre mouvementée avec les parlementaires, les propositions susceptibles d’assurer l’amélioration des situations décriées afin de réduire au maximum le risque d’être de nouveau interpellé. 

3. Nécessité d’avoir un autre son de cloche 

Evidemment lorsqu’on se réfère à la virulence des propos tenus dans leurs témoignages poignants sur feu Floribert CHEBEYA  par plusieurs responsables des ONGDH installées à Kinshasa, on mesure à quel point ils sont aux antipodes de ma perception de l’évolution progressive de la situation des droits humains dans notre pays.

En effet, dans son mot de circonstance, Christopher NGOY MUTAMBA, Président de la Synergie Congo Culture et Développement (SCCD) et membre actif du collectif de 55 ONGDH, se basant sur sa liste de 12 personnes, dont deux militants des droits de l’homme et dix journalistes, tombées, depuis l’arrivée au pouvoir en Janvier 2001 du Président Joseph KABILA KABANGE, sous les balles des hommes en armes « a fustigé la confiscation totale du pouvoir au sommet de l’Etat ». Il s’est ensuite « inquiété de constater que la situation des défenseurs des droits de l’homme s’est détériorée sous la présidence de l’actuel Chef de l’Etat par rapports aux régimes précédents ».

Ces propos,  tenus  peut-être  sous l’emprise d’une vive émotion,  ne peuvent résister à une analyse à froid. 

– D’abord parce que dans la mesure où l’on ne peut comparer que ce qui est comparable, il convient de rappeler que toutes les ONGDH ayant pignon sur rue à Kinshasa sont apparues au lendemain du discours du Maréchal MOBUTU du 24 avril 1990, libéralisant la vie politique du pays. Si, avant cette date fatidique, ces ONGDH ne pouvaient voir le jour et se déployer dans toutes les directions pour accomplir leur noble et difficile mission au service de la liberté, de la justice et de la dignité humaine, c’est tout simplement parce que le régime du Parti unique qui était en place était si intolérant envers toute forme de contestation que les rares compatriotes qui s’y étaient risqués étaient,  soit réduits à l’exil ou internés, soit l’ont payé de leurs vies. 

Il n’y a, à ma connaissance, que les 13 parlementaires qui, dans une lettre adressée au Maréchal Mobutu, le 1er novembre 1981,  pour lui demander de tolérer l’existence, à côté du MPR,  d’un deuxième Parti politique, avaient osé, au péril de leurs vies, faire entendre des voix discordantes. Le déferlement de violence qui s’était déclenché sur eux, caractérisé par les arrestations musclées, les séances de tortures et les relégations dans leurs villages respectifs, ne peut, en aucune façon, être comparé à la situation des opposants d’aujourd’hui qui rivalisent d’adresse pour inciter la population à se brouiller avec ses dirigeants politiques. 

– Ensuite parce que les angles de vision d’une réalité quelconque étant multiples, chacun est libre de retenir celui qui lui semble conforme à ses intérêts pour faire ses analyses et tirer ses propres conclusions qui, de ce fait, ne pourront jamais faire l’unanimité.

C’est l’une des raisons pour lesquelles, par souci d’écarter tout risque d’être manipulé à souhait, il est vivement déconseillé de n’écouter qu’un seul son de cloche pour juger d’une affaire quelconque. 

Cette méthode est d’autant plus judicieuse que son efficacité s’est, une fois de plus, vérifiée récemment lorsqu’une très grande figure de la classe politique congolaise, sous le coup d’une grosse colère consécutive au meurtre de son ami CHEBEYA, a fait des déclarations très médiatisées attribuant au Président Joseph KABILA KABANGE la paternité des assassinats des trois Archevêques de Bukavu, à savoir : Messeigneurs MUNZIHIWA, KATALIKO et Charles MBOGHA. Nous y avons tous cru jusqu’à ce que nous parvienne la mise au point du Gouvernement faite à travers son ministre de la Communication et des Médias, Son Excellence Lambert MENDE OMALANGA. Ainsi, avons-nous appris que la mort d’aucun de ces trois Archevêques cités, ne pouvait être imputées au Président KABILA. Ces derniers étant tous décédés bien avant qu’il n’accède au pouvoir. Ce qui nous rappelle la fable de la fontaine « le loup et l’agneau ». 

Comme on peut le constater, les déclarations de ceux qui témoignent d’un esprit partisan pouvant relever de l’intention d’induire l’opinion publique en erreur, il vaut mieux, chaque fois que l’on en a la possibilité, les confronter avec celles des analystes du camp adverse et surtout se fier, en fin de compte, au jugement fondé sur ses propres expériences. 

Cela étant dit, si je  me situe au niveau de ce que je peux voir de mes propres yeux, rien de ce qui apparaît dans mon champ de vision ne ressemble à des faits sur lesquels les détracteurs du Président KABILA peuvent objectivement se fonder pour lui faire endosser le costume de tueur en série. 

En effet, voila un homme qui, à la suite de l’assassinat de son père, arrive au pouvoir.

Au lieu d’user du pouvoir coercitif que lui confère sa position pour exercer la vengeance sur les auteurs effectifs de ce crime abominable, il a préféré laisser la Justice faire librement son travail. Dix ans après les condamnations des accusés, certains d’entre eux ont déjà recouvré leur liberté. Tandis que ceux qui avaient été condamnés à mort sont en train de purger leurs peines derrière les barreaux. C’est dire qu’aucun d’entre eux n’a été passé par les armes comme on aurait pu le craindre. 

D’autre part, se lassant de la situation de ni guerre ni paix qui prévalait lors de son accession au pouvoir et qui prolongeait inutilement les souffrances du peuple, il a accepté,  pour y mettre un terme, le partage vertical et horizontal du pouvoir étatique avec ceux qui avaient pris les armes pour renverser l’ordre établi. 

Le plus étonnant est qu’après avoir gagné, haut la main, les élections législatives et présidentielles en 2006, il a laissé en place certains ministres, gouverneurs et vice gouverneurs des provinces, le vice gouverneur de la Banque Centrale du Congo, les ambassadeurs, à l’exception de celui de Paris, les ADG et ADGA dans les entreprises publiques ainsi que les officiers supérieurs de l’Armée et de la Police Nationale issus des rangs de l’opposition armée et non armée. À tel point que certains partis politiques qui lui font des misères aujourd’hui malgré toutes ces concessions en leur faveur, à l’instar du RCD/Goma, réalisent l’exploit d’être à la fois dans l’opposition et dans les structures du pouvoir. 

Cette anomalie fut à la base d’une avalanche de critiques émanant de la mouvance présidentielle et d’intenses pressions, dont le Chef de l’Etat n’a pas tenu compte, qui s’exerçaient sur lui pour éviter la commission de deux formes d’injustices : 

– La première, redoutée par les ONGDH, consiste en leur refus de voir la prise des armes et la commission des crimes horribles être finalement considérées comme des moyens légitimes d’accéder à des fonctions officielles ; 

– La deuxième, redoutée par les membres de son propre camp, consiste en leurs craintes de voir le maintien en poste de ces opposants déclarés se faire au détriment non seulement des anciens compagnons de lutte de Mzee Laurent Desiré KABILA mais aussi de ses propres collaborateurs qui, bien que n’ayant pas démérité à ses yeux, ont été écartés de leurs postes à la suite de l’application de l’Accord de Sun City en 2003 et dont la plupart sont depuis lors au chômage. 

Qui peut croire qu’un Chef de l’Etat, dépourvu de scrupule sur le plan du respect des droits fondamentaux d’autrui,  peut faire preuve d’autant de sens d’équité en vertu duquel non seulement il s’interdit de faire exécuter les peines de mort prononcées par les Instances judiciaires compétentes du pays, mais aussi n’admet pas qu’un critère autre que la compétence professionnelle ne puisse prévaloir dans les nominations à des postes officiels ? 

De cette question découle une autre consistant à se demander comment est-ce qu’un Chef de l’Etat qui, au regard de ce qui précède,  ne peut qu’inspirer confiance dans le domaine du respect des droits fondamentaux d’autrui peut-il parallèlement, selon d’autres sources d’informations publiques, être constamment soupçonné d’être le commanditaire des crimes,  parmi les plus graves,  qui se commettent dans son pays ? 

L’un des éléments de réponse à cette question réside dans l’erreur psychologique que nous commettons presque tous, d’entrée de jeu, et qui est à la base de notre éternelle tendance à parer spontanément les ONGDH de toutes les vertus morales possibles et à nous montrer parallèlement sceptiques à l’égard du pouvoir établi. En vertu de cette inégalité de traitement, les informations venant des responsables des ONGDH sont plus susceptibles d’être pour nous parole d’évangile. Alors que celles qui émanent des services officiels de l’Etat prêtent d’emblée au doute. 

C’est cette suspicion initiale qui s’observe généralement dans les démocraties naissantes d’Afrique ou d’ailleurs qui conduit la plupart d’entre nous à prêter à tout analyste disant du bien du Gouvernement l’intention de le flatter afin d’obtenir de lui un avantage quelconque, jouant ainsi avec lui au corbeau et au renard  de la fable de la Fontaine.

Par contre celui qui, sans cause apparente, couvre de fleurs les ONGDH passe pour un homme de bien, pour un homme parfaitement désintéressé. Et ce, en dépit du fait qu’un rapide examen des motivations des initiateurs des ONG congolaises et des principes de leurs actions salvatrices devrait éveiller les soupçons de tous ceux qui s’y livrent. 

4. Les vraies motivations des initiateurs des ONG congolaises 

La première indication susceptible de nous mettre la puce à l’oreille a trait aux arrières-pensées des créateurs des ONG dont le nombre, dans la conjoncture actuelle de notre pays, ne cesse de croître. Ces initiateurs peuvent être : 

– soit des personnes de bonne foi qui, fatiguées de chercher en vain des emplois dans les différentes entreprises locales, décident finalement de s’en procurer à elles-mêmes en créant des ONG dans l’un ou l’autre secteur répondant effectivement à des besoins aussi indispensables qu’urgents qui s’expriment sur le terrain ; 

– Soit des personnalités politiques qui, pour accéder au financement international dont ont besoin leurs activités marchandes ou partisanes, camouflent leurs véritables intentions à l’aide de moyens propres à la société civile ; 

– Soit des fonctionnaires de l’Administration publique désireux de recueillir les miettes des fonds d’aide au développement qui transitent par leurs ministères respectifs ; 

– Soit encore des opportunistes de tout acabit qui tirent parti des circonstances du moment pour se remplir les poches en transigeant au besoin avec les principes d’ordre moral. 

Il en résulte que lorsque le Gouvernement, qui est le détenteur de la puissance publique, intervient, dans ce domaine juteux, pour y mettre de l’ordre à travers une législation appropriée et des mécanismes de contrôle assortis de sanctions, il s’attire le courroux des ONG en situation irrégulière qui crient aussitôt à la persécution et à la violation des droits humains. Leurs cris prennent des résonances particulières lorsque certains partis politiques de l’opposition leur servent de relais. 

5.  Principe des actions des ONGDH 

La deuxième indication pouvant nous conduire à relativiser la situation des ONG congolaises de défense des droits humains est relative à la nature même du principe qui commande leurs activités. En effet, alors qu’en théorie, les ONGDH,  en leur qualité de partenaires privilégiés du Gouvernement, sont censées œuvrer en vue de la promotion de l’intérêt général, sur le terrain, cependant, elles sont amenées à pratiquer ce que l’on appelle communément la politique des pompes funèbres qui consiste à se faire de l’argent sur les malheurs d’autrui. Plus il y’a des morts et plus elles font des bénéfices. 

Il en est de même des ONGDH qui sautent sur la moindre occasion qui se présente pour noircir à l’extrême  la réalité de leurs pays et couvrir d’opprobre ses dirigeants politiques.

A défaut de faits avérés qui leur tombent sous la main, il arrive même à certaines d’entre elles d’en inventer dans le but d’opposer leur Gouvernement à la Communauté internationale. Comme ce fut le cas en 2007 de cette ONGDH Congolaise, dont la réputation croît sans cesse au-delà des frontières nationales qui, sur base de simples rumeurs non vérifiées, s’est permise de diffuser des informations faisant état du trafic illicite de l’uranium extrait en contrebande de la mine de Shinkolobwe au Katanga auquel se serait livré le Gouvernement congolais avec l’Iran, la Corée du Nord ainsi que d’autres pays cherchant à développer le combustible pour un programme nucléaire clandestin. Dans le contexte actuel de la vie politique internationale, il s’agit-là du crime le plus impardonnable aux yeux du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Surtout quand on sait que la chute de Saddam Hussein fut la résultante de ces mêmes types d’allégations mensongères selon lesquelles il aurait acheté de l’uranium au Niger pour fabriquer ses armes de destruction massives. Sachant cela, on ne peut pas à tort formuler de telles accusations à l’encontre du Gouvernement de son pays sans faire preuve d’un manque total de civisme. 

Curieusement, lorsque des poursuites judiciaires furent engagées contre les auteurs de cette dénonciation calomnieuse, un tollé général s’est élevé contre les Autorités compétentes au Katanga, accusées de vouloir faire vivre les activistes des droits de l’homme dans un climat de terreur. Cette réaction était d’autant plus surprenante qu’elle tendait à prouver que pour les ONGHD, la nature délictuelle d’un acte contraire à la loi est fonction de la qualité de la personne qui s’en rend coupable. Ce qui est une façon détournée d’entretenir le règne de l’impunité dont les ONGDH ont toujours prétendu être  l’un de leurs chevaux de bataille. 

Cette inclination à la dramatisation de la moindre difficulté rencontrée est pour les ONGDH une question de survie. Car, sans des faits palpitants d’émotion à brandir, les chances de retenir l’attention de leurs interlocuteurs sont très minces. Or, sans l’intérêt que ces derniers pourraient y trouver, aucune chance d’obtenir de leur part le financement espéré. Le monde occidental étant friand du sensationnel, il faut lui en donner à tout prix, quite à lui mentir ou à lui faire des présentations tronquées de certains aspects de la réalité décrite. 

Conformément au principe selon lequel « qui paie commande », les puissances occidentales imposent généralement aux ONGDH qu’elles financent les ressorts géographiques et sectoriels de leurs interventions. Il leur arrive  même de faire de certaines d’entre-elles des maillons au sein de redoutable engrenage de leurs services secrets. Les rapports conçus dans ce sens sont d’autant plus attendus qu’ils peuvent, le cas échéant, servir pour déstabiliser, fragiliser à souhait, parfois même jusqu’à leurs chutes,  les Gouvernements des pays du Sud qui,  par nationalisme ou par simple esprit de justice, font le contraire de ce que l’on attend d’eux. 

Pendant ce temps-là, sont laissés tranquilles des Gouvernements qui, selon les mêmes critères d’appréciation, ne mériteraient pas du tout de l’être. Le meurtre de Floribert CHEBEYA nous a, une fois de plus, apporté la confirmation de ce que l’on savait déjà à ce sujet. En effet, aussitôt que son corps sans vie fut découvert le 2 juin dernier dans la périphérie de Kinshasa, l’opinion s’est étonnée de la rapidité avec laquelle ont réagi de nombreux Gouvernements occidentaux, soit directement, soit par le biais de leurs représentations diplomatiques accréditées à Kinshasa. 

Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à offrir à la RDC leur collaboration à la constitution d’une commission d’enquête internationale pour connaître les tenants et les aboutissants de cet assassinat de trop. Avec tout le battage médiatique fait autour de ces offres, nul n’a besoin qu’on lui démontre à quel point ce mouvement collectif d’indignation en dit long sur le profond attachement des capitales occidentales au respect des droits humains et sur leur détermination sans faille à traquer, à mettre hors d’état de nuire tous ceux qui, à travers le monde, y porteraient gravement atteinte, quel que soit leur pays de résidence. 

Face à cette expédition de chasse aux divers réseaux de l’industrie du crime organisé, je serais de ceux qui auraient applaudi des deux mains cette avancée de la morale dans les relations internationales, si, au cours de ce même mois de juin 2010, la Communauté internationale avait fait preuve du même degré d’empressement  pour démasquer les responsables de la disparition tragique de Denis SEMADWINGA BIGIRIMWAMI, Directeur de Cabinet du Général dissident Laurent NKUNDABATWARE et témoin privilégié lors de son procès qui s’ouvrira bientôt devant la Justice militaire. Ce dernier a été assassiné dans l’indifférence générale, le 21 juin 2010, dans sa demeure à Gisenyi, au Rwanda, pendant qu’il regardait paisiblement la Coupe du Monde à la Télévision. 

De la même manière, je suis surpris de constater que la même Communauté internationale ait passé sous silence, la tentative d’assassinat, le 19 juin 2010, à Johannesbourg par des inconnus, du Général KAYUMBA NYAMWASA, ancien Chef d’Etat-Major Général de l’Armée Patriotique Rwandaise, puis patron des tout-puissants services secrets avant de tomber en disgrâce et de se réfugier en Afrique du Sud. 

Et que dire de ce silence gardé sur l’assassinat de Jean-Léonard RUGAMBAGE, journaliste d’une publication indépendante interdite au Rwanda, tué fin juin de plusieurs balles devant son domicile de Kigali ? 

Le silence observé jusque-là a commencé a être timidement rompu depuis l’arrestation qui a frappé les esprits en Occident de Maître Peter ERLINDER, l’avocat américain de Madame Victoire INGABIRE, candidate à la présidentielle du 9 août prochain, accusé de contester la version officielle du génocide. 

La Communauté internationale qui a depuis lors retrouvé sa voix, l’a augmenté d’un ton à partir de l’horrible assassinat, à trois semaines des échéances électorales,  du premier vice-président du parti démocratique vert du Rwanda, André  KAGWA RWISEREKA, dont le corps a été retrouvé presque complètement séparé de la tête, le 14 juillet dernier. 

Lorsque l’on cesse de regarder à l’extérieur de notre pays et que l’on jette un coup d’œil rétrospectif sur notre histoire récente, on constate que, lors de la guerre d’agression du 2 août 1998, la Communauté internationale était restée aphone devant l’effroyable spectacle des femmes que certains groupes de rebelles enterraient vivantes, des sexes des hommes et des femmes qu’ils coupaient, des sceaux d’eau bouillante qu’ils renversaient sur des opposants capturés, enchaînés à des poteaux et du Sida utilisé comme arme de guerre à travers le viol massif des femmes. 

L’indignation de la Communauté internationale étant donc sélective, il y a lieu de se demander à quoi serait due cette politique de deux poids, deux mesures. 

6. Pourquoi cette politique de deux poids, deux mesures ? 

La politique n’étant pas le lieu de prédilection des sentiments vertueux, les relations internationales ne se construisent pas sous la férule des valeurs morales. Bien au contraire, elles se basent exclusivement sur les rapports de forces au service des intérêts économiques ou stratégiques de chacun des pays concernés. Au nom de la préservation de ces intérêts tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, les manœuvres de déstabilisation, les coups d’Etat, les guerres d’agression et les pires atrocités se commettent, partout à travers le monde, même par les Etats de longue tradition démocratique, sans tenir compte de leur impact négatif sur la situation des droits humains dans les pays se trouvant dans leur ligne de mire. 

Dans cette perspective, la RDC qui, dans le cadre de sa reconstruction sur des bases solides, a dû non seulement procéder à la révisitation des contrats miniers, parfois au détriment de certaines entreprises multinationales, mais aussi s’adjoindre, en plus des forces de ses partenaires traditionnels, celles des pays émergents dont la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, a pris inévitablement le risque de décevoir certains de ses alliés traditionnels. 

En effet, les résultats à impact visible de cette nouvelle forme de coopération internationale que presque tout le monde a salué avec admiration lors des festivités du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, comportent malheureusement l’inconvénient de déplaire à certains de nos partenaires traditionnels qui ne voient pas d’un bon œil, la tendance baissière du coefficient de dépendance de notre Economie à l’égard de la leur. 

D’où leur tendance jugée récurrente à repérer dans les hautes sphères de l’Etat les commanditaires chaque fois qu’est commis sur son territoire un crime frappant un journaliste ou un activiste des droits de l’Homme. De ce fait, ils feignent d’ignorer que, partout à travers le monde, n’importe qui peut faire les frais de sa mauvaise rencontre avec un groupe de bandits à mains armées en quête d’argent dont certains pourraient même être en tenue militaire. Dans une telle hypothèse, que des critiques puissent pleuvoir sur le Gouvernement congolais en raison de son incapacité à mieux gérer les agents sous son autorité, c’est tout à fait compréhensible. Mais de là à établir d’emblée une corrélation entre le meurtre, son auteur et le Gouvernement qui en serait l’instigateur relève de l’intention de lui nuire injustement auprès de l’opinion tant nationale qu’internationale. 

D’autant plus qu’en le faisant, ils font fi de deux principes sacrés  des ordres juridiques de leurs pays respectifs qui sont, d’une part, la présomption d’innocence dont bénéficie tout accusé jusqu’à ce que la preuve de sa culpabilité soit établie et, d’autre part, la nécessité pour les enquêteurs d’élargir sans cesse leur champ d’investigation afin de réduire sensiblement le risque d’erreur judiciaire. Les apparences étant souvent trompeuses. 

7. Diverses interprétations du rapport d’autopsie 

L’opinion qui semble s’imposer depuis la publication du rapport mi figue mi raisin de l’autopsie effectuée, par une équipe de médecins légistes hollandais et congolais, le 11 juin dernier sur le corps de Mr Floribert CHEBEYA BAHIZIRE remet en cause bien des convictions. Au lieu que ce rapport tant attendu clôt le débat, il le fait rebondir suite à son incapacité à déterminer avec certitude la cause du décès. 

Ce manque de précision sur ce point crucial donne libre court à deux interprétations contradictoires du même rapport d’autopsie. En effet, après sa lecture, certains y trouvent de quoi laver les hautes sphères de l’Etat de toute forme de responsabilité dans ce meurtre. Alors que ceux qui, dès le départ, s’étaient interdits de chercher ailleurs des coupables qu’au sommet de l’Etat, se sentent plus confortés que jamais dans ce qu’ils savaient déjà. Car pour eux, « les indications de contraintes externes limitées par chocs » trouvées sur le corps de Mr CHEBEYA, dont parle le rapport d’autopsie, constituent une preuve tangible « qu’il s’agit d’un assassinat par tortures commis par des professionnels ». 

Il revient donc à la Justice militaire, qui poursuit l’instruction sans désemparer, de les départager au moyen de preuves irréfutables et surtout de nous éclairer sur ce qu’est advenu de Fidèle BAZANA, beau-frère et chauffeur de feu CHEBEYA. 

Mais en attendant qu’elle se prononce, rien ne nous interdit de dire, à notre tour, avec précaution, la lecture que nous en faisons en nous plaçant sur le terrain du bon sens juridique. 

Le communiqué de presse conjoint diffusé par le Procureur Général de la République et l’Ambassade du Royaume des Pays – Bas à Kinshasa nous informe que :

« L’équipe d’experts ont trouvé sur le corps de Mr CHEBEYA des indications de contraintes externes limitées par choc et/ou enserrement au niveau du bras et des jambes. L’autopsie n’a pas su démontrer avec certitude la cause du décès. Toutefois, les observations sont fortement en faveur d’une cause primaire impliquant le cœur, car des anomalies préexistantes au niveau du muscle cardiaque ont été constatées. L’équipe a noté que des risques de complications augmentent en cas d’accroissement de l’activité cardiaque (effort, stress). Dans le cas de Mr CHEBEYA, les causes du décès liées à l’administration de substances toxiques ont été exclues. » 

En d’autre termes, selon mon entendement, CHEBEYA, aux prises avec les rouages de la sécurité étatique alors qu’il souffrait déjà d’une malformation congénitale du cœur, aurait succombé des suites d’un arrêt cardiaque consécutif à un mauvais traitement lui administré dans les locaux de la Police nationale congolaise. Ce qui constitue un fait très grave et sévèrement condamnable. 

Cette hypothèse étant, à mon sens, la plus plausible, c’est donc à juste titre que le Conseil Supérieur de la Défense, sous la présidence du Chef de l’Etat, a décidé de la recherche des présumés auteurs dans les rangs de la Police nationale et de la suspension, à titre conservatoire, de l’Inspecteur Divisionnaire en chef, le Général John NUMBI. Non pas parce qu’on aurait des choses à lui reprocher mais tout simplement en sa qualité de supérieur hiérarchique des présumés auteurs de cette double tragédie. 

Cependant, si la Justice militaire venait à confirmer cette hypothèse, elle serait amenée à requalifier l’infraction qui cesserait d’être un homicide volontaire pour devenir un homicide involontaire. Dans ce cas de figure, semblent, d’ores et déjà, être réunis les éléments constitutifs de l’infraction de « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner » 

Ce qui, dans l’échelle de gravité, constitue une infraction moins grave que l’homicide volontaire retenu au début de son enquête par le Procureur Général de la République et l’assassinat dont parlent tant les ONGDH qui est un homicide volontaire avec préméditation. 

Ce rapport d’autopsie semble donc aller dans le sens des aveux faits, aux premières heures de l’instruction, par le Colonel Daniel MUKALAYI, selon lesquels : « Il se serait agi d’un interrogatoire ayant mal tourné sans aucune intention de tuer ». 

Et dire qu’à cette époque, les esprits étaient tellement surchauffés qu’ils n’étaient pas du tout disposés à le croire, certains qu’ils étaient de finir, tôt ou tard, par dénicher les instigateurs de cet horrible crime dans la haute hiérarchie. Aujourd’hui, suite aux indications que nous donne le rapport d’autopsie en notre possession, je ne serais pas surpris que la thèse de la planification de ce crime au sommet de l’Etat ne soit définitivement écartée. Puisqu’il en est ainsi, la seule façon d’honorer la mémoire du défunt et d’éviter qu’il ne soit mort pour rien, c’est d’identifier rapidement les véritables auteurs de sa disparition tragique, de les déférer devant l’Autorité judiciaire compétente et de leur faire subir les rigueurs de la loi. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons lui rendre justice et permettre à ses successeurs de continuer  l’œuvre déjà amorcée dans le sens de la promotion des droits de l’homme en RD Congo.

UMBA ILUNGA, Ambassadeur

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