Les dossiers des détournements à l’épreuve du temps

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Les détournements étaient érigés par certains mandataires publics en sport national. Il a suffi des récriminations de la population kinoise au sujet des chantiers de sauts-de-moutons dans la capitale, l’on se rende bien compte que la lenteur des travaux ne tenait pas à de problèmes logistiques, mais à la gestion des fonds alloués à ces différents projets.

            Une interpellation sommaire des responsables des sociétés de construction d’abord au niveau du ministère des ITPR, et à la Primature et le pot aux roses a été dévoilé. Malgré le versement des fonds importants à ces entreprises de génie civil, les rétro-commissions ont pris, au point que l’achat des matériaux de construction, le paiement des salaires des ouvriers, la rétribution des sociétés de sous-traitance ont connu un temps d’arrêt préjudiciable au calendrier préalablement fixé. Et il a fallu l’ouverture d’une information judiciaire mettant en cause les principaux opérateurs des travaux publics et quelques banquiers pour que des noms soient cités dans ce qu’il conviendrait de qualifier de détournements monstres des fonds de la République.

Tout est parti des marchés libérés par ces projets d’infrastructures. Le responsable en charge de ces marchés, friand de la procédure de gré à gré, a immédiatement pensé que le temps était venu pour se remplir les poches. En confiant ces chantiers à ses partenaires qualifiés ou non outillés, combien a-t-il exigé comme rétro-commissions ? Sans entrer dans le secret de l’instruction judiciaire menée par des hauts magistrats et des officiers de la police judiciaire, quelques chiffres ont été avancés. Et c’est dire que l’opération retour a bel et bien eu lieu.

Mais là où le bât blesse, c’est quand des néophytes sont entrés dans la messe des sorciers. Comment comprendre que des micro-entreprises spécialisées dans la vente du matériel de quincaillerie se soient improvisées fournisseurs de ceci, de cela. Tous seraient des proches de hauts fonctionnaires de l’Etat ou auraient des liens particuliers avec eux. Pire, au lieu de proposer des prix de matériaux hors concurrence, ces apprentis sorciers ont présenté des factures surfaites rendant aléatoires les études de faisabilité de ces chantiers de sauts-de-moutons.

            Ne voulant pas susciter davantage la colère de riverains des sauts-de-moutons, le gouvernement a dû opérer de nouvelles allocations pour terminer ces projets et les offrir aux populations. A la seule condition de vérifier que les 100 % des financements ont été entièrement investis dans les travaux d’infrastructures. Les deux parquets généraux près les cours d’appel de Kinshasa ont débuté un travail de fourmis en fouinant dans ces différents marchés. Une multitude de comptes ouverts à Kinshasa et dans des provinces, d’autres logés dans les institutions bancaires hors de nos frontières. C’est dire que la dilapidation des fonds de l’Etat avait atteint de proportions inquiétantes.

            Dans toutes ces affaires, pas le moindre acharnement d’un parti envers l’autre, pas le dessein de nuire d’une plateforme à une autre, mais la volonté de découvrir les dessous de marchés qui trahissaient la détermination de négociateurs et différentes parties. Au lieu de faire amende honorable, dans de milieux politiques, la campagne de désintoxication fait rage jusqu’à désorienter plus d’un.

            Après les parquets généraux, l’on espère que les dossiers de sauts-de-moutons et ceux de projets de 100 jours de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo seront fixés prochainement devant les cours et tribunaux de Kinshasa. Ce sera l’occasion des audiences publiques retransmises en direct dans les médias pour éclairer davantage l’opinion, et démontrer que tous les fossoyeurs et autres criminels économiques devront répondre de leurs actes devant la justice. Ce sera une belle opportunité pour désillusionner ceux qui croyaient que les corrupteurs et les corrompus jouissaient du parapluie du chef de l’Etat et que ces dossiers ne connaitraient pas d’issue heureuse. Au moins l’on pourra s’attendre à ce que certains fonds importants logés dans des paradis fiscaux pourraient prendre la direction du Trésor public.

            A l’épreuve du temps et des dossiers d’infrastructures mal gérés, une justice réellement indépendante saura aider le gouvernement à séparer le bon grain de l’ivraie.J.R.T.

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