Les attentes sans réponses de la presse de la RD Congo

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Des dossards de presse distribués le 24/11/2011 au commissariat général de la PNC à Kinshasa par Journaliste en danger (JED). Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Pour une des rares fois dans l’histoire des médias congolais, la Journée Mondiale de la Liberté de Presse est célébrée dans un contexte de zéro journaliste aux arrêts et zéro journaliste en prison pour un délit lié à l’exercice de sa profession. On peut, à cet effet, saluer la décision de l’actuel Chef de l’Etat de fermer les amigos des services spéciaux, qui étaient devenus, sous l’ancien régime, les lieux privilégiés d’accueil et de séjour des professionnels des médias et des activistes des droits de l’homme.

Si la décrispation politique, la liberté d’opinions et de manifestation étaient intervenues il y a 22 ans, après la chute du régime dictatorial du Maréchal Mobutu et ses complices dignitaires du MPR/Parti-Etat, dont beaucoup ont réussi leur « blanchiment » politique au sein des institutions de la République, on n’aurait pas à déplorer les assassinats de nombre de nos confères, notamment Belmonde Magloire Missinhoun, Franck Ngyke, Louis Bapuwa Mwamba, Serge Maheshe, Didas Namujimbo et autres héros de l’ombre.

            Pour le reste, la presse congolaise continue de trainer, comme un bourrelet, ses problèmes récurrents de statu quo juridique et de lutte contre la précarité de ses supports techniques et de ses ressources humaines.

            Pour ce qui est de la révision du cadre juridique et de son adaptation aux réalités de l’environnement médiatique, politique, social et culturel, on note un blocage suspect, au niveau du Parlement, du projet de nouveau texte de loi appelé à remplacer la Loi du 22 juin 1996 portant exercice de la liberté de presse dans l’ex-Zaïre, aujourd’hui RDC, car totalement dépassée. On peut rappeler que la loi actuellement en vigueur est muette aussi bien sur les médias en ligne que les radios communautaires, qui se sont pourtant imposés comme des supports médiatiques incontournables. La même loi est jugée liberticide par les professionnels des médias au regard de la présence des dispositions du Code Pénal dans la nomenclature de celles régissant les délits de presse. Le souci des journalistes est que soient élaguées ces dispositions liberticides au profit de celles conformes aux fautes professionnelles des hommes et femmes des médias ou de leurs supports.

            Les journalistes sont également étonnés du blocage, au niveau de l’Assemblée Nationale,  de la proposition de Loi d’Accès à l’Information, pourtant déjà adoptée au Sénat. Cette nouvelle loi semble victime de son incompréhension par les décideurs politiques, qui pensent devoir désormais tout dévoiler aux médias, alors que ce texte devrait offrir à tous – journalistes, chercheurs, élus du peuple, étudiants, fonctionnaires, homme de la rue – l’opportunité d’obtenir des renseignements liés au besoin de savoir, selon des règles du jeu clairement définies pour tous. On peut signaler par exemple que des informations frappées du secret-défense et du secret d’Etat ne sauraient tomber dans le domaine public.

            De fortes attentes des journalistes se situent aussi dans le domaine de leur social ainsi que de la viabilité des supports qui les emploient. Il est bon de relever que l’aide publique à la presse, pourtant agréée constitutionnellement, n’a jamais été libérée depuis 2006, année de la promulgation de la Constitution en vigueur.

            En 2009, sous le mandat du Premier ministre Adolphe Muzito, toutes les conditions semblaient réunies pour passer à l’acte, d’autant que l’ancien Chef de l’Etat, Joseph Kabila, était d’accord et avait communiqué publiquement aux médias le chiffre de deux millions de dollars américains à titre symbolique. Budgétisé, ce fonds n’a jamais été libéré puisque le chef du gouvernement l’avait assortie d’une conditionnalité non évoquée par le Chef de l’Etat. Les professionnels des médias l’avaient soupçonné, en sa qualité de patron d’un groupe de presse, de s’être trouvé dans l’inconfortable position de juge et partie.

            Pourtant, même dans les pays industrialisés, où les maisons de presse disposent d’une relative autonomie financière, un appui financier est toujours apporté aux médias, publics comme privés. D’où, un nouvel espoir est fondé sur le nouveau pouvoir, pour la mise en œuvre de cette aide à la presse et, pourquoi, à d’autres facilités, telles que des réductions tarifaires dans en matière de fisc, de douane, de factures d’eau et d’électricité, de loyers, de transports aériens, ferroviaires et lacustres, etc. En un mot comme en cent, la presse congolaise a besoin d’un soutien public pour faire face à ses charges de fonctionnement.                                     Kimp

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