Le virus contagieux des députés : 5000 USD pour un prof associé

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Des députés de l’opposition congolaise, le 07/05/2012 au Palais du peuple à Kinshasa, lors de la présentation du programme du gouvernement à l’Assemblée nationale par le Premier ministre Matata Ponyo Mapon. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Les professeurs associés de l’Université de Kinshasa (Unikin) ont fait hier lundi 15 juin 2020 une déclaration fracassante devant le bâtiment administratif de cet établissement en exigeant, pince sans rire, une augmentation de 5.000 dollars américains de salaire pour chacun de leurs affiliés. Ils ont dénoncé, au passage, les inégalités sociales et l’aspiration des ressources financières de la République par les institutions publiques.

         Au nom de la justice distributive, ils ont réclamé la publication de la grille des rémunérations de la Présidence de la République, du Gouvernement, des deux chambres du Parlement, etc.

Ils ont pris, à cet effet, comme cadre de référence, la lettre du Premier ministre Sylvestre Ilunga adressée au ministre du Budget, afin que ce dernier examine la possibilité d’ajouter un bonus de 2000 dollars américains aux émoluments de chaque député national et de réajuster, à hauteur de 50 %, les frais de fonctionnement de l’Assemblée Nationale, conformément à la requête formulée en son temps par la présidente de cette institution, Jeanine Mabunda.

         Ainsi que chacun peut le constater, le virus de l’enrichissement facile, présent depuis longtemps chez les députés nationaux, vient de contaminer les professeurs associés, en chômage depuis trois mois à la suite de la suspension des cours et activités académiques dans le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire, pour cause de coronavirus.

         Au lieu d’adopter une attitude patriotique et accepter des sacrifices pour sauver la patrie en danger, comme le font des millions d’anonymes privés du minimum vital depuis des décennies et pratiquement laminés par les effets du coronavirus, des pensionnaires de ce qui était hier la « colline inspirée » ont choisi, comme nos élus du peuple, la voie de l’égoïsme, de la recherche du confort individuel, pendant que les recettes publiques sont réduites à la portion congrue.

Il y a lieu de se demander si avant de suivre Mabunda et consorts de leur dérive revendicative, les professeurs associés ont pensé aux fonctionnaires, militaires, policiers, infirmiers, vendeurs et vendeuses à la criée, mamans « bipupula » des ports privés de Kinshasa, marchands d’unités prépayées de télécommunications, barmans… totalement clochardisés. Ont-ils mesuré ce que représentent 5.000 dollars pour un professeur associé et l’impact d’un tel réajustement salarial par rapport aux professeurs ordinaires, aux médecins, aux hauts magistrats, aux officiers de l’armée et de la police, aux responsables des services spéciaux… bref à l’ensemble des cadres et agents de l’Etat ?

         En plaçant la barre à 5.000 dollars américains, cherchent-ils à tirer la RDC par le haut ou par le bas, en cette période où la production agricole, industrielle, énergétique, forestière, minière, touristique…et où les recettes fiscales, douanières, administratives et domaniales sont au plus bas ? Mais où le gouvernement va-t-il puiser les millions dollars américains pour ajouter 2000 dollars aux émoluments de chaque député national et 5000 dollars au salaire de chaque professeur associé?

Le constat malheureux à faire, dans ce dossier des revendications salariales en désordre, est  que « l’association momentanée » constituée des députés nationaux et des professeurs associés roule pour le suicide financier de l’Etat-Nation, sans plus. On aurait pourtant aimé voir ces intellectuels se démarquer totalement des élus du peuple qui, avec leurs émoluments plantureux, saignent à blanc le trésor public, refusant d’être à l’écoute de leurs collègues Delly Sesanga et Claudel Lubaya, qui prêchent dans le désert, l’évangile de la réduction drastique de leurs rémunérations.

         Les prétentions salariales des uns et des autres font d’autant mal que le Premier ministre, à la demande du Chef de l’Etat, aurait dû plutôt poser des actes allant dans le sens de la réduction effective du train de vie des institutions publiques, au lieu de donner l’impression de vouloir accorder de nouveaux avantages salariaux à une catégorie de politiciens déjà grassement rémunérés par le trésor public. Qui n’aimerait pas gagner 4,5 dollars américains ou plus et mettre une croix sur sa vie de clochard invétéré ? Franchement, députés nationaux et professeurs associés, ainsi que tous ceux qui, sous prétexte de servir l’Etat plus que les fonctionnaires, les huissiers, les militaires, les policiers, les maraîchères, les veilleurs de nuit, les fermiers, les éleveurs, les pêcheurs… sont tentés d’exiger des barèmes particuliers, devraient observer attentivement la misère généralisée qui frappe leurs compatriotes et développer des sentiments de solidarité nationale.

         Autre revendication formulée par les professeurs associés : la publication de la grille des salaires de tous ceux qui sont payés par le Trésor public, à savoir fonctionnaires de la Présidence de la République, ministres, députés nationaux, sénateurs, mandataires publics, gouverneurs de provinces, députés provinciaux, personnels politiques… afin de permettre au peuple de savoir qui gagne quoi et pour quels services rendus à la nation.

         Les observateurs pensent que les députés nationaux, en prenant la liberté de réclamer une hausse de leurs émoluments à hauteur de 2000 dollars américains, dans un Etat en proie aux pires difficultés de trésorerie à cause du dérèglement des circuits de production, du commerce et autres, ont ouvert la voie à la foire aux salaires.

         Le débat est plus que jamais ouvert au sujet de ces représentants du peuple qui s’estiment mal payés, alors que les émoluments d’un chacun représentent le salaire mensuel de plus de cinquante huissiers de l’administration publique, pour ne citer que cet exemple. Quelle boulimie financière de la part des compatriotes dont le barème des rémunérations, toujours discuté à huis clos, est envié par toutes les catégories sociales de la République ?

         L’alerte donnée par les professeurs associés est une interpellation pour le Premier Ministre de surseoir à son initiative qui a tout l’air d’une provocation délibérée à l’endroit des gagne-petits. Le discours que des millions de Congolaises et Congolais auraient aimé entendre du côté de la Primature, c’est celui de la réduction effective du train de vie de l’Etat, à travers notamment des coupes sombres dans les enveloppes des rémunérations des membres des institutions de la République.Kimp

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