Le superintendant Adilio Custodio confiant en l’avenir de la PNC

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Au regard du travail réalisé par la Mission Eupol RD Congo, sous sa direction, depuis plus de cinq ans, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le mandat de superintendant Adilio Custodio peut être qualifié de globalement positif. Si à la cérémonie de décoration de 18 de ses membres, intervenue le mardi 28 septembre au Grand Hôtel Kinshasa, les autorités politiques congolaises et les dirigeants de l’Union européenne sont tous unanimes pour reconnaître ses qualités exceptionnelles, ses talents de meneur d’hommes et ses mérites, le superintendant Adilio Custodio s’abstient souvent de parler de lui-même, et de dresser le bilan de sa mission, estimant qu’il appartient aux autres d’apprécier ce qu’il est et ce qu’il a pu réaliser à la tête de la Mission Eupol RD Congo.

            Un coup d’œil sur sa biographie dévoile un technicien de haut niveau de la police bardé des diplômes de niveau supérieur dont un post-graduat en direction et stratégie des services de police, auditeur étranger à l’Ecole nationale supérieure de la police française, diplômé d’études supérieures spécialisée en droit et politique de sécurité et une maîtrise en sciences policières. De son expérience internationale, on peut relever entre autres qu’il a été conseiller spécial de l’U.E. et chef de la mission européenne en RD Congo, et de la Mission Eupol RD Congo, ancien responsable de l’équipe de pré-déploiement et chef d’état-major de la police civile des Nations unies en Haïti, Police commissionner de la police civile des Nations unies au Congo et en RCA.

            Aussi pour  se faire ensuite une idée de la tâche immense qu’il a accomplie dans notre pays, nous l’avons rencontré au siège de la Mission Eupol où il a accepté de nous accorder cette interview que nous vous proposons dans les lignes qui suivent. Et c’est, comme il faudrait le signaler, à la veille de son retour au Portugal où à la lumière de son expertise et des multiples fonctions assumées à la Monuc et à la Mission Eupol RD Congo, d’autres responsabilités l’attendent. 

Le Phare : Monsieur le superintendant, quels sont vos souvenirs au moment où vous achevez votre mandat à la tête de la Mission Eupol RD Congo ?

S.I. Adilio Custodio : Après 8 ans passés au Congo et dans deux organisations internationales, notamment la Monuc et l’Union européenne, j’ai eu beaucoup des souvenirs. 

Le Phare : Quels sont donc les grands souvenirs que vous gardez de votre séjour au Congo démocratique ?

S.I. Adilio Custodio : En tant que cadre à la Monuc, j’ai pu assister en direct à la phase finale de la conflictualité entre les différents belligérants de la crise congolaise entre 2001 et 2002.

            Après, ce fut le processus de réconciliation avec l’établissement des accords de Pretoria et de Sun City.

            En 2003, ce sera les négociations entre les composantes et les entités pour la formation du gouvernement de transition. Goma faisait l’objet de particulières négociations en rapport avec la situation qui prévalait à l’Est.

Début 2005, je suis revenu dans le cadre de l’Union européenne, participer à la mission de la mise en place d’une unité intégrée de la police qui aura pour principale mission, la sécurisation du processus électoral.

            J’ai vécu en somme toute la période de transition avant les élections. Avec la Monuc et la Mission Eufor, nous avons appuyé de manière directe et constante, ce qu’on ne souligne pas assez, toutes les opérations de maintien de l’ordre. Même durant toute la période trouble qui a suivi la publication des résultats de l’élection présidentielle.

            Après juillet 2007, nous avons pris part au Groupe mixte de réflexion pour la réforme et la restructuration de la police placé sous la tutelle du ministre de l’Intérieur Théophile Mbemba.

            Cette structure a eu le mérite de produire le premier document de l’avant-projet de loi organique sur la police. Et que par la suite, nous nous sommes attelés à produire le calendrier-programme pour la finalisation de ce projet.

            Il est important de signaler que beaucoup des partenaires avaient contribué à cette réflexion.

            En juillet 2007, nous avons abouti au nouveau mandat et à une nouvelle Mission d’Eupol RD Congo avec comme mission principale la réforme de la police et l’interface avec la justice.

Nous étions imbriqué dans cette tâche dans le cadre de GMR 3 et avons apporté en septembre 2008, un appui au comité chargé de ce travail important.

            Ce travail, il est vrai, n’est pas encore achevé indépendamment de la volonté de la Mission Eupol RD Congo. Nous essayons de passer entre les mailles des critiques et déployons tous nos efforts pour apporter notre expertise à la mise en place d’une police viable, professionnelle et multiethnique, intégrée.  Une police qui puisse apporter à la population, la sécurisation et la stabilisation des institutions du pays. 

Le Phare : Que pouvez-vous nous dire alors du Comité de suivi de la réforme de la police ?

S.I. Adilio Custodio : Dans le cadre de la réforme et de la restructuration du secteur de la police au Congo, la Mission Eupol RD Congo fournit son conseil, ainsi que son assistance directement aux autorités congolaises compétentes, par le biais du Comité de suivi de la réforme de la police ( CSRP). Cette structure a été approuvée comme cadre unique de la réforme par le ministre de l’Intérieur et réunit en son sein, tous les ministères concernés par cette réforme, mais aussi les partenaires internationaux oeuvrant dans ce domaine.

Le CSRP a produit un travail appréciable : l’avant-projet de loi organique sur la police. Ce projet a été revu par les partenaires extérieurs, et attend son adoption au parlement, avant sa promulgation.

Le CSRP va produire prochainement deux autres documents importants, à savoir le cadre stratégique de la réforme de la police et le Plan d’action prioritaire triennal de cette réforme. 

Le Phare : Actuellement, qu’attendez-vous de ce projet ?

S.I. Adilio Custodio : Il s’agit de savoir comment démarrer ce projet. Nous discutons avec les partenaires congolais pour définir les termes de référence. Il faut quelque chose de léger, conforme à leurs intérêts respectifs pour suivre ce processus.

            Nous tenons compte de plusieurs aspects de la vision de cette réforme qui s’appuie sur quelques principes dont l’unicité de la police. Et là, il y a beaucoup des débats. Mais nous croyons que les instances législatives trancheront. Il faut également pour ce pays, une police de proximité. La population est le premier client de cette police. Elle doit être consultée pour cette réforme et sa mise en place.

            Par unicité de la police, il faut voir aussi le cas de la police judiciaire. La nouvelle loi a prévu la création de la direction centrale de la police judiciaire. Elle ne dépendra pas du ministère de la Justice, mais celui de l’Intérieur, comme c’est le cas partout dans le monde. Il n’y aurait plus deux ou plusieurs polices, mais une seule affectée dans plusieurs secteurs et dont on pourrait assurer un contrôle plus efficace. Il n’y aurait plus comme on le voit des interférences, ni chevauchement des attributions. Cela permettrait une meilleure coordination des actions de la police. 

Le Phare : Quels sont les grands défis qui restent ?

S.I. Adilio Custodio : La mise en place dans deux mois. On attend d’abord la collecte des données avant de mettre en place les ressources humaines, connaître les effectifs réels de la police et connaître en détails, les policiers.  Cela permettra de dresser une nouvelle cartographie de la distribution des actions de la police sur l’ensemble du territoire congolais. L’on doit mettre en place des critères préalables pour le recrutement de nouveaux policiers, organiser un programme de recyclage et réajuster le niveau de ceux qui sont en service. Cela prendra du temps, mais il faut amorcer le premier pas.

            La Mission Eupol RD Congo participe aussi à la mise en place et à l’organisation de l’Inspection générale d’audit, d’inspection et d’enquête devant garantir une meilleure redevabilité de la police. Je signale que les 67 premiers inspecteurs d’audit, d’inspection et d’enquête ont terminé leur formation dans les trois sections. Grâce au financement obtenu, on veut installer la direction et les antennes provinciales, afin d’améliorer le dispositif au fur et à mesure.

            Notre Mission a produit une série des documents pour rafraîchir la mémoire des OPJ et la standardisation des méthodes de travail. Il ne reste que la diffusion de ce matériel à l’intérieur, un travail fait en étroite collaboration avec les responsables de la Monusco que je remercie en passant. 

Le Phare : Quelles sont les actions que mène la Mission Eupol RD Congo à l’Est ?

S.I. Adilio Custodio :  Nous sommes concentrés sur plusieurs activités : la formation des formateurs, la mise en place des unités de protection de la femme et des enfants, la lutte contre les violences sexuelles et la protection du genre. Nous travaillons avec beaucoup des structures spécialisées locales, nationales et internationales dont des ONG. Nous disposons de la technicité dans le cadre de la formation contre les violences sexuelles. Une cartographie établie par la Mission des Nations Unies permet de réaliser l’ampleur du phénomène. Voilà pourquoi avec l’aide des partenaires, il va falloir étendre le réseau de la Police technique et scientifique à l’Est.

            A Kinshasa, la Mission Eupol RD Congo a mis en place la Police de recherche et d’intervention. Cette unité déjà formée, doit être utilisée dans le cadre de la lutte contre les violences urbaines ( Les Kuluna). 

Le Phare : Quel est dernier mot sur le projet de loi sur la réforme ?

S.I. Adilio Custodio : La police est un organe de la sécurité.  La loi sur la réforme est essentielle. En RD Congo, les choses doivent marcher comme partout ailleurs. Dans d’autres pays, l’on dispose de trois lois particulières. Pour l’armée, nous avons la loi de la défense nationale. Pour la police, il y a la loi de la sécurité intérieure et pour les services de renseignements, la loi de fonctionnement des services de renseignements. Ces différentes lois définissent les compétences des uns et des autres, délimitent leurs attributions.

            Il serait dommage que tout le monde puisse faire tout. Une bonne réforme, à mon avis, doit pouvoir résorber ce gap.  Pour l’application des lois, il faut de la volonté. Et il faut créer cette volonté pour faire avancer les choses. 

                                                                           J.R.T.

 

 

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