Le S.O.S. du professeur Mobambo Patrick de l’UNIKIN : la banane congolaise atteinte d’un virus

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Les bananiers plantains en Rd Congo sont bel et bien attaqués par une maladie virale. Plusieurs provinces de la Rd Congo sont touchées, notamment la Province Orientale, le Bas-Congo, le Maniema, le Bandundu, l’Equateur,  les deux Kasaï ainsi que le Nord Katanga. La confirmation de l’existence de cette maladie virale dénommée en anglais « Banana Bunchy Top Virus, BBTV », est venue d’un spécialiste des bananiers. Il s’agit du professeur Mobambo Kitume Ngongo Patrick. Il est professeur ordinaire à l’Université de Kinshasa, à la faculté d’Agronomie, professeur visiteur dans plusieurs universités du pays. Il a, à son actif, plusieurs publications. Il est actuellement chef de département de Phytotechnique la faculté des Sciences agronomiques de l’Unikin et est consultant de quelques organisations internationales. Voici ce qu’il nous a dit dans ce jeu de question et réponse.  

  

Le Phare : Professeur, selon certaines informations en notre possession, les bananiers plantains sont attaqués en RD Congo par un virus. Nous voulons savoir de quoi il s’agit.

Mobambo Patrick : Oui, vous avez ma confirmation, non seulement les bananiers plantains mais aussi les bananiers de table sont sérieusement attaqués par cette maladie virale.

Les plantes infectées par cette maladie prennent l’apparence de la rosette, avec des feuilles étroites, dressées et progressivement de plus en plus courtes, d’où l’appellation de ‘bunchy top des bananiers (Banana Bunchy Top Virus, BBTV, en anglais)’, c’est-à-dire ‘sommet touffu’. Ces plantes connaissent, par conséquent, une croissance retardée ou bloquée et une production nulle. 

L’importance de cette culture en tant que ressource vivrière dans les milieux de production justifie pleinement la mise en place d’un programme de lutte contre cette maladie redoutable en améliorant le rendement à travers des innovations technologiques durables pour soutenir la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté. En plus, ce programme permettra de préserver la diversité des cultivateurs de plantains dans la cuvette centrale congolaise connue, à travers le monde, comme étant le Centre secondaire de diversité après l’Asie. 

Ainsi, sous financement de Bioversity International (ex. INIBAP) une enquête a été réalisée en mars et avril 2007 pour identifier et déterminer l’incidence de la maladie dans cette province. 

 LP : Quelles sont les provinces touchées par le virus ?

M.P. : Cette maladie représente une contrainte majeure pour la production des bananiers et plantains en République Démocratique du Congo. En effet, observé en RDC pour la première fois à Yangambi (province orientale)  en 1958, le BBTV vient d’apparaître dans la province du Bas Congo et devient de plus en plus sévère. Elle existe aussi dans le Maniema, le Bandundu, l’Equateur,  les deux Kasaï ainsi que le Nord Katanga. Donc, en RDC, elle existe partout où on cultive surtout les bananiers plantains. 

 L.P. : A l’ œil nu, est-il possible de constater les effets de ce virus sur les bananiers plantains ?

M.P. : Oui, à partir de ses symptômes. 

Le Phare : Quelles sont les mesures prises par le Gouvernement et les chercheurs pour arrêter les avancées de ce virus ?

M.P. : Il faudrait plutôt parler des chercheurs et non du gouvernement.

Celui-ci (gouvernement) est resté insensible à toutes nos sollicitations, notamment un atelier scientifique dans lequel un ministre à la Recherche et un ministre d’Etat à l’Agriculture (Juin 2007) ont pris part. Et même, un groupe de pilotage constitué sous ma coordination avait déposé un projet là-dessus au Ministère de l’Agriculture, qui est resté sans suite depuis 2008.

Seuls les chercheurs qui essaient de trouver des solutions à cette grave maladie par la mise en place de quelques projets en partenariat avec ‘Bioversity International’, un organisme international que je représente en RDC. Présentement, je coordonne un projet financé par ‘Bioversity International’ en partenariat avec l’INERA (Centre de Mvuazi) et le TSBF/CIAT sur l’identification des cultivars indemnes de BBTV par des tests de laboratoire (test ELISA) et multiplication en masse du matériel de plantation à diffuser dans les milieux de production les plus affectés dans les districts de Cataractes, Lukaya et Bas-Fleuve. Il y a aussi un projet plus important qui concerne quatre pays de l’Afrique centrale (RDC, Congo Brazza, RCA et Angola).  

L.P. : Y a-t-il un grain d’espoir sur une issue heureuse à cette lutte ?

M.P. : Oui bien sûr, à partir de la recherche. Il faut donc pour cela que le gouvernement s’implique. Ce n’est pas un problème qui doit reposer seulement sur les épaules des partenaires étrangers avec des projets dont la durée de vie est limitée dans le temps. Il faut des actions locales à effets durables. 

L.P. :  Qu’est ce que vous conseillez comme dispositions à prendre par ceux qui possèdent des bananiers plantains ou ceux qui veulent en cultiver ?

M.P. : Il est déconseillé aux planteurs des bananiers d’utiliser n’importe quel matériel de plantation. Il faudrait que chacun se réfère à notre partenaire sur terrain qui est le Programme de Recherche sur les Fruits et Bananiers du Centre de l’INERA-Mvuazi. 

L.P. :  Ce virus représente-il une menace pour la santé de l’homme ?

M.P. : Non, car comme toute maladie virale, la transmission se fait toujours par un vecteur entre les plantes hôtes, c’est-à-dire les espèces du genre Musa et Ensete. Le BBTV est transmis par le puceron noir des bananiers (Pentalonia nigronervosa Coquerel) qui en est le vecteur. La diffusion à distance se fait par le déplacement de matériel végétal de plantation infecté (rejets, souches, vitroplants). La maladie ne demeure pas présente dans le sol et ne peut être transmise par les outils de récolte.

L.P. : Pouvez- nous donner des chiffres sur la consommation de ce produit en RD Congo et par province ?

M.P. : Il y a quinze ans  les plantains étaient encore la deuxième culture, après le manioc, en RDC avec une production de 2.400.000 tonnes. Mais, avec l’apparition de cette maladie virale dans les provinces de basse altitude (où on cultive les plantains) et de celle bactérienne (Xanthomonas campestris ou Wilt bactérien) dans des provinces d’altitude du pays (Nord et Sud Kivu), la production des bananiers a chuté drastiquement jusqu’à n’être plus que 699.015 tonnes, donc troisième culture après le maïs et le Manioc. 

L.P. : Que faire ?

M.P. : Nous devons tous comprendre que le développement agricole, tant loué par tous, ne partira que de la base, c’est-à-dire des milieux ruraux qui comptent plus de 70 % de la population totale du pays ; ces gens qui n’ont que cela comme activité, comme travail. Donc, c’est là que toute action de développement agricole devrait être dirigée et non dans les environs de Kinshasa pour des motifs purement politiciens, sans impact durable. L’agriculture comme priorité des priorités ne doit pas seulement demeurer dans les discours politiques, mais plutôt doit être traduite dans les actes, avec ce qu’on appelle « Volonté politique ». Pour ce faire, le point de départ reste le soutien à la recherche qui devra s’occuper en priorité de la production des semences (matériel de plantation) améliorées  tout en améliorant l’accès des producteurs au « Marché ».

Propos recueillis par Jean- René Bompolonga 

 

 

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