Le rôle des intellectuels congolais

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Dans les moments de dépit, il arrive que les congolais se jettent la balle: « … de notre temps… », disent les anciens, « … vous les jeunes disent certains… ». Par moment, tous et chacun se demandent: « Que font tous ces intellectuels autour de nos présidents ». L’Ecrivain Pie Tshibanda conseille de ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Parmi nos diplômés, il y en a qui sont consciencieux et constants. En témoignage, lisez cette lettre qu’il avait adressée au Président Kabila en 2006. N’avait-il pas crié dans le désert? Pourquoi?

Lettre de Pie Tshibanda au Président Kabila

            Ce soir à la télé, un animateur télé a dit aux africains: «Arrêtez de vous victimiser, vous avez été meurtris par la colonisation et l’esclavage comme les japonais l’ont été par la guerre mondiale. Le Japon est une grande puissance aujourd’hui, faites de même du Congo…». On ne compare pas des siècles d’esclavage, de colonisation et de néo colonialisme avec quelques jours de bombardement d’un pays qui a fait le choix de la guerre. Mais prenons la remarque comme un défi à relever et épinglons quelques priorités:

Monsieur le Président,

            La sécurité des hommes et de leurs biens: comment cultiver si à cause des voleurs on ne peut pas être sûr de récolter? Comment faire de l’élevage si les animaux de la  basse-cour attirent les voleurs? On ne peut compter sur les policiers et sur les militaires que s’ils ont un salaire convenable.

            Dans les rues de Kinshasa et d’ailleurs, des enfants de la rue! Parmi eux des orphelins qui jadis, dans nos sociétés traditionnelles, bénéficiaient de la solidarité familiale mais qui aujourd’hui ne peuvent plus compter sur un oncle qui attend déjà vainement son salaire de misère en ville. La solution ? Repenser toute la politique de natalité. Les enfants ne devraient pas naître dans la rue. Les ados ne devraient pas subir des grossesses. Que faire? Demander aux penseurs de notre pays de réfléchir à la question, de partager leurs réflexions lors des colloques à convoquer. Il y a urgence.

            Ces églises à tous les coins des rues! Ces pasteurs qui accusent et qui prétendent guérir le SIDA. Ils  sont pires que nos féticheurs d’antan. La foi? Oui, mais pas une pratique religieuse qui fait  de la religion l’opium du peuple. Il faut mettre de l’ordre là-dedans.

            Des écoles, des routes, des hôpitaux à construire… mais où  trouver l’argent? Ne pas se laisser exploiter par les prédateurs, signer avec eux des contrats dans lesquels le Congo trouve son compte. Vendre nos produits à un prix qui respecte les principes du commerce équitable. Utiliser à bon escient l’argent que les pays amis injecteront chez nous, à titre de dons ou de prêts. Chercher à remplir le panier mais prendre d’abord soin de boucher ses trous. C’est à cette condition que le Congo prendra le train du développement.

            L’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Se méfier des prédateurs de son camp, ceux qui pensent aux postes clefs comme à un gibier à se partager. Bien chercher l’oiseau rare, monsieur le Président, et peut- être le trouver dans le camp d’en face. Une belle manière de réconcilier  les Congolais!

            Surtout Monsieur le Président, faire en sorte que la tension salariale au Congo ne soit plus jamais celle qui existe aujourd’hui. Le progrès d’un pays se mesure aussi par la réduction de l’écart entre les salaires de ses habitants. Un ministre n’a pas le droit de toucher en un mois ce qu’un militaire ou un fonctionnaire de l’Etat touche en une vie. Viser le bien de tous pour qu’un jour Père Noël visite les petits africains.

 Pie Tshibanda (Conteur)

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