Le président de la Banque Mondiale interpelle les pays en développement

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Face aux défis économiques importants de notre époque,  le président de la Banque mondiale a circonscrit au début de cette semaine, les nouveaux enjeux de l’économie mondiale.

Dans une nouvelle cartographie géopolitique du monde tracée à l’échelle du multilatéralisme, Robert Zoellick a distribué les rôles que les pays développés et ceux en développement sont appelés à jouer pour résoudre les problèmes des inégalités et de la lutte contre la pauvreté.

Dans son analyse, le patron de la Banque mondiale part de l’état des lieux de la planète avec la disparition du « deuxième monde » en 1989. Lors de la chute du communisme, nous avons observé  en 2009, la fin du « tiers monde » et vivons maintenant dans une nouvelle économie mondiale multipolaire qui selon lui, évolue rapidement et dans laquelle le Nord et le Sud, l’Ouest et l’Est ont cessé d’être l’expression d’un destin économique pour ne plus être que des points cardinaux sur une boussole.  

Pour preuves, quelques constats. La pauvreté continue de sévir et doit être combattue. Les Etats défaillants existent toujours et doivent être pris en compte. Les défis mondiaux s’intensifient et doivent être relevés. Toutefois, a-t-il fait observer, nous devons aborder ces questions dans une optique différente. Les notions désuètes de pays développés et de tiers monde, de donateurs et de demandeurs, de leaders et de suiveurs, ne correspondent plus à la réalité.

Aujourd’hui, note Robert Zoellick, le multilatéralisme donne déjà des signes de tensions. Le cycle de Doha organisé sous l’égide de l’OMC et les négociations de Copenhague sur le changement climatique, ont montré combien il sera difficile aux pays développés et en développement de partager leurs responsabilités et avantages mutuels. Cela vaut pour un grand nombre de défis qui se profilent à l’horizon : l’eau, les maladies, les migrations, la démographie, les Etats fragiles et les pays post-conflits.

Des défis importants s’imposent à tous les pays

Face à ce paquet des défis, il pense qu’il n’est plus possible de résoudre les grands problèmes internationaux sans l’adhésion des pays en développement. Toutefois, au moment où le G-20 devient un nouveau forum, nous ne pouvons pas imposer une nouvelle hiérarchie rigide au monde. Et nous ne pouvons pas non plus traiter les mutations mondiales à travers le prisme de l’ancien G-7. Les pays développés, aussi bien intentionnés soient-ils, ne peuvent pas représenter le point de vue des pays émergents.

Pour moderniser le multilatéralisme, suggère le patron de la Banque mondiale, il ne suffit pas que les pays développés apprennent à s’adapter aux besoins de puissances émergentes. Certes, relève Robert Zoellick, le pouvoir confère des responsabilités. Les pays en développement doivent reconnaître qu’ils font aujourd’hui partie de l’architecture mondiale et ont tout à gagner d’un multilatéralisme vigoureux.

A son avis, le statu quo géopolitique n’est pas une option viable. Car, la « nouvelle géopolitique de l’économie multipolaire » doit repartir les responsabilités tout en tenant compte de la diversité des perspectives et des circonstances, afin de promouvoir davantage nos intérêts communs. Il évoque quelques exemples, tels que celui de la réforme financière et soutient qu’il est nécessaire d’améliorer la réglementation financière, avant de prévenir contre des conséquences indésirables, telles que le protectionnisme financier. En effet, a-t-il expliqué, une réglementation élaborée à Bruxelles, Londres, Paris ou Washington, peut donner de bons résultats dans le cas de grandes banques, mais risque d’étouffer les opportunités et la croissance économiques dans les pays en développement. Rappelant que Wall Street a mis en évidence les dangers de l’imprudence financière, il nous invite à tirer les enseignements et à prendre des mesures énergiques. Et conseille que l’innovation financière, lorsqu’elle est utilisée et supervisée avec prudence, peut engendrer des gains d’efficacité et protéger contre les risques, y compris en faveur du développement. Par contre, agir en fonction des préoccupations populistes dans le cadre de G-7 risquerait de priver d’opportunités des milliards d’êtres humains.

Robert Zoellick recommande la prudence

De l’exemple du changement climatique, il note que les mesures prises dans ce domaine peuvent aller de pair avec le développement et inciter les pays en développement à se rallier à un modèle sobre en carbone, mais à condition qu’elles ne leur lient pas les mains. Les pays en développement ont besoin d’aide et des moyens financiers pour investir dans une croissance plus propre. Et d’ajouter que pas moins de 1,6 milliard de personnes sont privées d’accès à l’électricité. S’il nous faut certes protéger l’environnement, nous ne pouvons condamner les enfants africains à faire leurs devoirs à la lueur de la chandelle ou priver les travailleurs africains de possibilités d’emploi dans le secteur manufacturier. Le défi à relever, a réalisé le patron de la Banque mondiale, est de faciliter l’évolution vers des sources d’énergie moins polluantes sans compromettre l’accès, la productivité et la croissance nécessaires pour arracher des centaines de millions de personnes à la pauvreté.

Analysant la réponse à la crise, dans un monde en mutation, il a fait remarquer que le danger est que les pays développés privilégient les réunions au sommet consacrées aux systèmes financiers ou se focalisent sur les problèmes de gestion de pays développés comme la Grèce. Les pays en développement ont besoin des sommets consacrés aux pauvres. Prêter l’oreille aux problèmes des pays en développement n’est plus une simple question de charité ou de solidarité. Il y va de notre propre intérêt. Ces pays sont aujourd’hui des moteurs de croissance et des importateurs des biens d’équipement et des services produits par les pays développés. Les pays en développement ne veulent débattre uniquement du niveau élevé de la dette dans les pays développés. Ils veulent que la réflexion porte sur les investissements productifs dans l’infrastructure et le développement du jeune enfant. Ils veulent avoir libre accès aux marchés pour créer des emplois, améliorer la productivité et accélérer la croissance.

Un besoin croissant d’institutions multilatérales dynamiques

Le monde nouveau a besoin d’institutions multilatérales dynamiques, responsables et capables de mobiliser les ressources nécessaires pour donner la parole à ceux qui ne peuvent faire entendre leur voix. Pour jouer ce rôle, Robert Zoellick pense que le Groupe de la Banque mondiale doit évoluer en permanence et à un rythme toujours plus rapide. C’est pourquoi il a lancé le programme de réforme le plus ambitieux de toute son histoire.

Ce programme comprend une augmentation des droits de vote des pays en développement et le renforcement de leur représentation. Pour résoudre ces problèmes, la recette Robert Zoellick consiste à chercher des ressources. Car, la Banque mondiale a davantage besoin des moyens pour soutenir la reprise de la croissance et faire du multilatéralisme moderne, une réalité dans cette nouvelle économie mondiale multipolaire. Si cette reprise s’essouffle, son institution ne peut intervenir. C’est pourquoi la Banque mondiale, pour la première fois en plus de 20 ans, cherche à augmenter son capital.

Dans la nouvelle économie mondiale multipolaire, l’exercice de l’autorité gouvernementale relève encore pour l’essentiel des Etats-nations, mais de nombreux processus de décision et sources d’influence existent en dehors de la sphère gouvernementale. Le multilatéralisme moderne apparaît à ses yeux, comme une nouvelle vision et doit faire intervenir de nouveaux acteurs, promouvoir la coopération entre «  anciens » et « nouveaux » et mobiliser les institutions mondiales et régionales pour faire face aux menaces et saisir les opportunités qui dépassent les capacités d’un seul Etat.

En conclusion, le patron de la Banque mondiale retient que le système multilatéral moderne ne sera pas un système hiérarchique. Il ressemblera davantage au maillage souple de l’internet et reliera de plus en plus de pays, d’entreprises, d’individus et d’ONG dans un réseau mondial. Des institutions multilatérales légitimes et efficaces, comme le Groupe de la Banque mondiale, peuvent former le tissu qui viendra étoffer la structure de ce système multipolaire dynamique. L’émergence de nouveaux pôles de croissance qui profitent à tous, mérite d’être soutenue.

                                                                                         J.R.T.

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