LE PEUPLE D’ABORD : LE TESTAMENT POLITIQUE D’ÉTIENNE TSHISEKEDI

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Où qu’il aille, Félix Tshisekedi s’entend interpeller par son peuple : “papa alobaki le peuple d’abord !». Fils biologique et spirituel nourri aux mamelles du «Tshisekedisme», il se trouve ainsi rappelé à son devoir, celui d’exécuter le testament de son défunt père, un leader charismatique que le peuple s’apprête à accompagner à sa dernière demeure .

Le peuple d’abord !

            De quoi s’agit-il ? D’un slogan démagogique ? D’un raccourci appelé à combler un vide idéologique ? Non, a répondu de son vivant le père de la démocratie congolaise. “Le peuple d’abord, avait-il déclaré lui-même, c’est le projet de société de l’UDPS»; un projet qui s’inscrit dans le droit fil du solidarisme dont il fut un ardent défenseur.

            Le peuple d’abord, c’est le résumé d’une vie consacrée aux Congolais, la réaffirmation d’un nationalisme vivace, et le rappel d’une foi inébranlable en tout ce qui touche à l’égalité des chances, aux libertés publiques et individuelles, à la solidarité nationale, à la démocratie et au progrès social.

Le peuple d’abord, c’est aussi une stratégie de combat qui permet de garder le cap, un rappel à l’ordre aux récalcitrants qui excellent dans les anti-valeurs, un appel  vivifiant pour la promotion des valeurs éthiques, et un projet de développement mental destiné  à débarasser le peuple de toute peur et à l’émanciper pour qu’il puisse se prendre en charge. Walter Scott écrivait avec raison, que “la cause du succès ou de l’échec relève plus d’une attitude mentale que d’une capacité mentale».

            Vaincre la peur et se prendre en charge font partie des enseignements d’Étienne Tshisekedi. Un enseignement qui est entré dans les moeurs et que nous avons le devoir de perpétuer.

Le peuple d’abord !

            Un cri du coeur et un projet. Un projet pour le Congo, et pour les Congolais. Ils sont sensés naître égaux, mais ils ne vivent pas comme tels. Une minorité compradore s’est accaparée des richesses nationales, et impose au reste des Congolais une condition de sous-hommes.  Étienne Tshisekedi ne voulait pas d’une société injuste et inégalitaire. Il était partisan d’un leadership normal, celui qui récompense les plus méritants, et qui tend, en permanence, une main charitable aux plus faibles, aux déshérités, aux pauvres, aux veuves et aux orphélins.

            Étienne Tshisekedi croyait à l’égalité des chances, celle qu’assure l’éducation. Il croyait en l’école, ce vivier, temple de l’apprentissage, mais aussi celui d’une loyale compétition. Promouvoir une société solidaire, c’est assurer l’enseignement primaire gratuit pour tous, c’est améliorer la condition enseignante, c’est bâtir des infrastructures d’apprentissage et donner au secteur enseignement les moyens de mettre sur le marché de l’emploi, une jeunesse compétitive.

            Étienne Tshisekedi rêvait d’une société solidaire, celle où chaque Congolais s’acquitte de sa dette sociale envers ses parents, ses enseignants, sa communauté et sa nation. Une société où l’accès aux soins médicaux est garanti à tous, une société où l’accès à l’eau potable, à l’électricité et au logement font partie des droits fondamentaux.

Fonder la politique sur la solidarité c’est rappeler aux riches leurs devoirs envers la nation. C’est rappeler aux puissants les exigences de la mobilité sociale qui ne doit pas relever des chromosomes, mais du mérite. C’est créer des conditions qui permettent au fils de l’agriculteur de devenir ingénieur un jour, ou de prétendre aux plus hautes charges dans l’appareil étatique, comme dans le privé.

            Parler solidarité c’est penser justice distributive. Or, on ne peut distribuer qu’après avoir créé des richesses. Notre sol et notre sous-sol ont été gâtés par la providence. Ils regorgent de richesses qui s’épuisent sans que le Congolais ait pu en profiter. Le pays regorge d’intellectuels en grand nombre,  mais qui sont eux-mêmes soit négligés, soit sous la coupe de la minorité riche et puissante, qui refuse tout partage. Le peuple d’abord, devient ainsi un appel à la volonté du politique, pour mettre l’économie au service de l’homme. Le pays a besoin d’un programme volontariste et d’une gestion rigoureuse des richesses nationales, qui doivent être mises au service du congolais.

            Ces congolais qui, nous dit-on, naissent égaux et libres. C’est vrai en droit. Ça l’est beaucoup moins dans les faits. Le peuple d’abord comme projet politique, c’est le refus d’une fausse liberté ou d’une liberté confisquée, dans une société inégalitaire. Étienne Tshisekedi se voulait ainsi plus proche d’un peuple pour lequel il avait enduré les pires sacrifices, avec la conviction que des rayons de soleil finiraient par poindre à l’horizon.

“La liberté est la respiration des hommes», affirmait un jour Michel Rocard. Mais, il n’y a pas de liberté sans sécurité, notamment en matière sociale. Raison pour laquelle Étienne Tshisekedi en appelait à une conversion des mentalités. Il rappelait en permanence à ses interlocuteurs qu’il n’était guidé que par une boussole, celle de l’intérêt général. Que les Congolais auraient tort de croire que l’addition des intérêts individuels pourrait servir l’intérêt général, alors qu’un tel scénario a laminé notre tissu social, détruit la cohésion nationale, et fait de nous un peuple de clochards.

Le peuple congolais a soif de justice

et de liberté.

            Valéry Giscard d’Estaing affirmait avec raison “qu’aucune société ne peut vivre sans idéal qui l’inspire ou  une connaissance claire des principles qui guident son action».

            Le peuple d’abord, c’est l’idéal que cultivait Étienne Tshisekedi. Il rêvait d’une société débarrassée du venin du tribalisme et des chefs guerriers, ceux qui vendent du vent, et dorment,  la conscience tranquille, après avoir versé le sang des millions de Congolais. Les Congolais doivent former une nation et vivre en paix, comme un seul peuple.

            Le peuple d’abord n’était pas un rêve pour Étienne Tshisekedi, mais un pari audacieux, celui d’un Congo uni, dirigé par des politiciens nationalistes et qui tiennent enfin la promesse des pères de l’indépendance, tel que nous le chantons dans notre hymne national, dont je vous rappelle les belles paroles:

Debout Congolais,

Unis par le sort

Unis dans l’effort pour

L’indépendance,

Dressons nos fronts,

Longtemps courbés

Et pour de bon,

Prenons le plus bel élan,

Dans la paix,

Citoyens,

Entonnez,

L’hymne sacré de votre Solidarité,

Fièrement,

Saluez,

L’emblème d’or de votre souveraineté,

Congo!

Don béni, Congo!

Des aïeux, Congo!

Ô pays, Congo!

Bien aimé, Congo!

«Nous peuplerons ton sol

Et nous assurerons

Ta grandeur

Trente juin, ô doux soleil,

Trente juin du trente juin,

Jour sacré, soit le témoin,

Jour sacré, de l’immortel,

Serment de liberté,

Que nous léguons

À notre postérité

Pour toujours….

            Vous avec bien lu, notre serment de liberté est immortel.

            Étienne Tshisekedi est mort, nous devons continuer à honorer ce serment.

Le peuple d’abord !

            Pour honorer les promesses de l’indépendance. Promesses que le père de la démocratie congolaise voulait concrétiser dans les faits. Qu’il repose en paix pour l’éternité. Qu’il reste à jamais vivant dans nos mémoires.

Dr Hubert Kabasele Muboyayi Kalonji

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