Le marché de Lufu en voie d’être fermé

0
421

Comme il y a quatre ans, le marché de Lufu risque de connaître le sort peu envieux de celui de Yema situé à 7 kms de la ville de Moanda, dans la province du Kongo Central. Yema a eu ses moments de gloire, car c’est par cette localité que transitaient des produits divers provenant du territoire angolais par l’enclave de Cabinda. Notamment certains produits pétroliers, dont le pétrole, le mazout et l’essence  destinés aux consommateurs locaux et kinois ainsi que d’autres provinces telles que le Bandundu, l’Equateur et les deux Kasaï. Cette fermeture va affecter principalement des commerçants ambulants exerçant dans le secteur de l’informel très florissant en cette période de basse conjoncture économique malgré les fausses assurances du gouvernement en place.

Selon des bruits qui circulent, c’est le gouvernement angolais qui a pris la mesure d’interdiction d’exportation de ses produits vers la RDC. Cependant, cette hypothèse ne résiste pas à la réalité sur le terrain. Notamment les besoins énormes en produits vivriers congolais vers l’Angolais du fait de la présence de près de vingt millions des mines anti-personnelles sur ce territoire qui a vécu une longue guerre civile pendant plus de vingt ans. Empêchant le développement du secteur agropastoral pour répondre aux besoins incessants de sa population locale. Condamnée, pour survivre, à recourir aux produits vivriers en provenance de la RDC avec laquelle l’Angola partage plus de deux millions des kms des frontières communes.

Il serait superflu de penser que la mesure de fermeture de ce marché florissant de Lufu aurait été inspirée par Kinshasa. Dès lors que les taxes douanières, administratives, fiscales et domaniales ont poussé le gouvernement de Kinshasa à y ériger des immeubles abritant les différents services de contrôle aux points d’entrée et de sortie du territoire. Dont entre autres, la DGRAD, la DGDA, l’OCC, l’OGEFREM et tant d’autres de par le volume très riche en recettes générées. Un commerce florissant a pris forme dans et autour de ce marché avec des répercussions insoupçonnées sur le plan des emplois directs et indirects.

On n’imagine pas le nombre d’emplois créés par ce marché tant du côté angolais que congolais. On imagine à peine le boom immobilier dans les trois cités et localités avoisinantes, notamment à Lukala, Kimpese et Songololo ! Voilà pourquoi, le gouvernement central a lancé, il y a trois mois, l’asphaltage de la route entre Songololo et le poste frontalier de Lufu, car non seulement la route de l’autre côté de la frontière angolaise l’est déjà et ensuite c’est par ce tronçon que transiteront des véhicules en provenance de l’Angola, de la Namibie et de l’Afrique du Sud. Une bouée de la relance inespérée du tourisme et du commerce transfrontalier, a indiqué un observateur attitré de cette partie de l’Afrique australe et asiatique.

L’insécurité monte en flèche

 

            L’odeur de la fermeture de ce marché de Lufu a eu comme retombée la recrudescence du banditisme. Depuis quelques temps, des hommes armés écument durant la nuit les rues de ces trois localités et cités, tuant, violant et pillant des biens des habitants. La semaine dernière, une ambulance de la société de cimenterie de Lukala conduisant un malade vers l’hôpital de Kimpese a été la cible des tirs nourris provenant d’un groupe des malfaiteurs armés et le chauffeur n’a eu la vie sauve qu’en forçant le portail d’un entrepôt d’une société chinoise située non loin de l’hôpital de cette localité. Criblée des balles, cette ambulance a été retrouvée dans un caniveau situé au bord de la route menant de Lukala vers Kimpese.

            Que des braquages et des pillages n’observe-t-on pas toutes les nuits à travers ces trois cités et localités. Les habitants rentrent tôt pour ne pas tomber dans des embuscades montées par ces bandits à main armée. Selon certaines sources proches de la Police locale, ce sont des jeunes gens provenant de Kinshasa, Matadi et des certaines localités angolaises qui seraient à l’origine de cette recrudescence du banditisme. Pour avoir perdu leurs emplois dans ce commerce, il y a peu, très florissant à Lufu. Des coupeurs des routes ont refait surface sur la Nationale N°1, particulièrement durant la nuit. Que des véhicules de transport ou de tourisme n’ont-ils pas été braqués, leurs occupants dépouillés de leurs biens, notamment de l’argent liquide, téléphones portables, bijoux et habits.

Hausse des prix des produits de 1ère nécessité 

 

            Avec la rareté des produits de première nécessité, tels la farine de froment, le sucre, le lait en poudre, les produits cosmétiques, le riz, les poissons salés, les boites de conserve, les produits en plastique fabriqués en Angola ou provenant des pays d’Amérique latine, leurs prix ont été revus à la hausse jadis moins chers que ceux fabriqués en RDC. Que des familles kinoises et d’ailleurs ne vivaient-elles pas des revenus générés par ce commerce informel du marché de Lufu ! Cela de part et d’autre de la frontière commune.

            Que peut-on alors faire ? Il saute aux yeux que le gouvernement a failli à sa mission républicaine. Celle de développer des entreprises manufacturières, agro-pastorales et autres pour freiner l’évasion des devises étrangères. De sorte à ne pas recourir à des produits de première nécessité qui pourtant peuvent être fabriqués localement. Que dire de ce projet mirobolant de Bukanga-Lonzo où l’Etat congolais a jeté plus de 150 millions des dollars pour financer l’économie sud africaine au détriment des provinces congolaises qui auraient connu un boom dans le domaine agropastoral. On aurait accordé ce montant faramineux aux Onze provinces pour relancer le secteur agro-pastoral. Les résultats auraient dépassé de très loin ce que l’on attend de ce projet de Bukanga-Lonzo qui demeure une chimère et un vœu pieux pour 99, 9 % des congolais.                F.M.  

-0-

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •