Le Grand Kasaï victime d’un découpage précipité et politisé

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Conçu comme une technique de gestion politico-administrative consistant à rapprocher les administrés des centres des décisions, le découpage territorial intervenu en 2015 en République Démocratique du Congo était fait de manière cavalière et n’avait pas pris en compte les préalables en la matière. Au fil du temps, on réalise que le démembrement intervenu en ramenant le nombre de provinces de 11 à 26, était réalisé à des fins politiques. Ses initiateurs ne visaient que la satisfaction de leurs egos politiques et pour cela, il fallait à tout prix rendre le terrain propice à la satisfaction des ambitions.

            Dans ce complot, l’espace Grand Kasaï était particulièrement visé parce que fiché à l’époque comme le principal fief de l’opposition politique en RDC. Pour s’en convaincre, il suffit de voir comment l’espace Grand Kasaï a été démembré pour donner naissance à 5 nouvelles provinces partant de deux anciennes provinces à savoir : le Kasaï Occidental et le Kasaï Oriental.

            Alors que la logique ayant primé partout pour la création de nouvelles provinces, était la simple élévation des districts au rang des provinces. Mais au niveau de l’espace Kasaï, cette logique n’était pas appliquée. Ici, les calculs avaient changé parce qu’il fallait anéantir tout ce qui pouvait porter ombrage au succès du « maître ».

            Tout a été chamboulé au niveau de l’espace kasaïen. D’abord, l’actuelle province du Kasaï qui fut l’ancien district du Kasaï dans l’ex-Kasaï Occidental avait pour chef-lieu Luebo. On n’a jamais compris le  pourquoi du déplacement de la nouvelle province à Tshikapa, alors que son chef-lieu naturel devrait être Luebo.

            C’est pire au niveau de l’ex-Kasaï Oriental où tout a été charcuté à dessein. Au lieu de respecter les limites des anciens districts (Tshilenge, Kabinda et Sankuru) en les élevant au rang des provinces comme ça s’est passé ailleurs, on avait procédé autrement. L’actuelle province du Kasaï Oriental se verra amputée de quelques territoires  dont Kamiji et Ngandanjika qui étaient culturellement et politiquement des entités à part entière du « pays luba » dans le district de Tshilenge. On crée ainsi une province taillée sur mesure qui ne répond à aucune logique procédurale comme ç’a été le cas ailleurs. 

            Dans cette stratégie politique d’émiettement mal ficelée, les initiateurs vont créer une nouvelle province complètement hétérogène au plan culturel appelée Lomami. Elle est composée d’une partie des territoires de l’ancien district de Tshilenge, des territoires de l’ancien district de Kabinda ainsi que quelques territoires de l’ancien district Grand Katanga, précisément ceux de son ancien de Haut-Lomami devenu aussi une nouvelle province.

Stratégie de la terre

brulée

            En observant comment on avait procédé dans le découpage dans l’espace Grand Kasaï, les analystes concluent que les initiateurs de cette réforme politico-administrative étaient conduits par une pensée machiavélique. Ils étaient ni plus ni moins que guidés par la stratégie du chaos en vue d’anéantir ceux et celles qui ne se pliaient pas à leur volonté, considérés comme des bêtes noires.

            C’est dans cette stratégie qu’il faut comprendre la volonté déliérée des policiers basés à Kinshasa d’empêcher le prince Jean Pierre Pandi dit « Kamuina Nsapu » de prendre le trône de ses ancêtres. La suite, personne ne l’ignore. Tout l’espace kasaï a été embrasé par des violences ayant entraîné des milliers de morts identifiées sous le vocable de phénomène Kamuina Nsapu. Conséquence : le Kasaï se trouve aujourd’hui en situation de misère parce que tout le tissu socio-économique ayant été détruit.

            Comme si cela n’avait pas suffi, voilà les mêmes acteurs politiques qui étaient à la base des violences ayant engendré le phénomène Kamuina Nsapu en train encore d’attiser le feu entre les communautés qui ont toujours vécu pendant des siècles dans la paix, pour remettre en cause les limites administratives entre la province du Kasaï Central et du Kasaï.

            Ils viennent de se trouver un nouveau terrain d’expérimentation des violences qui s’appelle : frontière entre le territoire de Demba (Kasaï Central) et Mweka (Kasaï). Des morts et des dégâts de grande ampleur ont déjà été enregistrés. Les tireurs de ficelles qui cachent derrière ceux qu’ils ont placés au pouvoir au niveau provincial sont bien connus.

            Après avoir attisé le feu et provoqué des morts inutiles, les instigateurs des violences qui souffrent sérieusement du manque de véritable base sociologique et trouvent leur survie politique dans l’instrumentalisation des conflits communautaires ont tenté d’organiser des assises dites de réconciliation à Kananga qui ont malheureusement accouché d’une souris.

            En concédant une partie de Lusonge, l’un des sept secteurs que compte le territoire de Demba, à Mweka alors que les limites géographiques sont nettes et claires. Les deux territoires ont une frontière naturelle qui s’appelle rivière Luembe comme le témoigne la station de l’Institut géographique de Kananga.

            Hormis la rivière, les limites entre Demba et Mweka sont aussi d’ordre linguistique. Du côté de Demba, on ne parle que l’unique langue Tshiluba. Tandis que du côté de Mweka, on parle plusieurs dialectes selon les communautés.

            Il y a nécessité que les autorités compétentes s’impliquent afin d’éviter que le sang continue de couler parce que certains acteurs politiques voudraient en tirer profit.Dom

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