Le génocide sanitaire se poursuit en RDC

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La famine fait rage dans 5 provinces à vocation agricole ! A savoir les deux Kasaï, le Katanga, le Maniema et l’Equateur. Qui l’eût cru?  700 enfants en bas âge meurent chaque jour, soit plus de 255.000 décès par an, tel est le bilan fait par le ministre de la Santé en personne, le Dr Makwenge, qui était loin de s’imaginer qu’il venait de révéler à la face du Monde que le génocide en RDC se poursuit. C’est pire que le génocide au Rwanda dans la mesure où il se déroule au grand jour et dans les provinces qui n’ont pas été touchées par la guerre de 1997-2003. C’est scandaleux dans un pays où il suffit de jeter des graines par terre pour les voir repousser demain sous forme des fruits et autres produits vivriers nécessaires à l’alimentation des hommes et des animaux.

La famine frappe les couches les plus vulnérables de la population, à savoir les enfants en bas âge devant leurs parents qui n’ont plus que les yeux tournés vers le Ciel dans l’espoir d’une intervention du Saint Esprit.

 

Pourquoi cela arrive-t-il ? Un simple coup d’œil sur la carte routière de la République renseigne que le secteur de desserte agricole a foutu le camp depuis des décennies. Bien malin qui pourrait retrouver même les traces des routes en terre battue mais régulièrement entretenues par les cantonniers de l’époque coloniale et les cinq premières années après l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Ce réseau très riche et varié avait été délaissé à la suite de la rébellion muleliste. Le  régime du MPR-parti Etat s’était beaucoup plus intéressé au secteur aéronautique sans pour autant se rendre compte de son poids financier exorbitant en termes du coût pour les infrastructures et  l’entretien.

Aussi curieux que cela puisse paraître, les autorités administratives et politiques semblent négliger les risques évidents de la déperdition de la jeunesse de sorte qu’à une échéance de près de quinze ans le pays va se retrouver avec une population vieille, incapable de répondre aux défis de la modernisation caractérisée par une concurrence sauvage et sans pitié entre les Etats voisins auprès desquels l’on sera obligé de recourir pour chercher la main d’œuvre.  Alors que jusque là c’est la RDC qui leur fournit l’essentiel de leur main d’œuvre.

Réhabilitation des routes de desserte agricole

Il est aussi étonnant que le programme des  5 chantiers ne se focalise que sur les travaux de construction des grands axes routiers censés relier les grandes agglomérations. Oubliant que ce sont les routes de desserte agricole qui relient les villages entre eux d’une part et d’autre part  entre eux et les centres urbains. En 1960, le Congo était le premier producteur mondial de l’huile de palme, de coton, de thé, de café, d’hévéa, de sisal et de bien d’autres produits agricoles et industriels. Les habitants de Léopoldville, Cocquilhatville, et Luluabourg, consommaient facilement et régulièrement la viande et le lait du Katanga, du Kivu et de la province Orientale. Le gibier provenant du Kwilu, du Maniema, du Sankuru et de la province Orientale était consommé dans toutes les autres provinces car transporté par voie de routes de desserte agricole. Le poisson des lacs Tanganyika, Albert et Edouard ainsi que ceux provenant d’autres grands cours d’eau arrivait régulièrement dans les différents centres de consommation du pays.

Le kwashiorkor ou le Bwaki au Sud Kivu

Ainsi donc, si la famine frappe aujourd’hui des provinces à vocation agricole, c’est parce que les routes de desserte agricole n’existent plus. Et c’est pour cela que les paysans se sont découragés alors que jadis ils produisaient énormément des vivres pour les écouler dans les centres de consommation que sont les villes. Les efforts du gouvernement devraient donc se tourner vers la réhabilitation des routes de desserte agricole pour permettre l’évacuation des produits vivriers vers les grands centres de consommation. En retour les commerçants pourraient alimenter les villages en médicaments et autres produits manufacturés dont ils ont besoin pour leur confort et bien-être. Voilà ce qui pourrait éradiquer la famine et par la même occasion faciliter la lutte contre les maladies endémiques, tels le choléra, la dysenterie, l’amibiase, le « konzo » (maladie du manioc), le kwashiorkor, etc… pourtant éradiquées ailleurs mais qui ont réapparu curieusement en RDC.  La réhabilitation des routes de desserte agricole pourra aussi permettre aux nutritionnistes et médecins en santé rurale d’effectuer régulièrement des tournées de sensibilisation dans les différents villages pour aider les paysans à modifier leurs habitudes culinaires. On rappelle qu’entre 1965  et 1966, le territoire de Kabare au Sud Kivu avait été frappé par le phénomène de kwashiorkor ou Bwaki, une maladie qui a décimé essentiellement des enfants en bas âge. A l’issue des leurs études à l’INERA ( Institut National d’études et de recherche agricole) de Mulungu, situé non loin de l’aéroport de Kavumu, des chercheurs venus du monde entier arrivèrent à la conclusion que la dite maladie était consécutive à une alimentation pauvre composée uniquement des haricots sans huile et sans sel. Une campagne fut menée pour sensibiliser les paysans à améliorer leur alimentation et cette maladie disparut en quelques mois. Cette campagne de sensibilisation fut une réussite fantastique grâce à l’existence des routes de desserte agricole.

Fidèle Musangu

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