Le départ de la Monuc : ni calendrier, ni chiffres artificiels

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La visite du Conseil de Sécurité de l’Onu à Kinshasa et Inga a-t-elle permis d’évacuer la suspicion qui semblait entourer les rapports entre la Monuc et les autorités congolaises ? Il est permis de l’espérer au regard des enjeux toujours importants sur le terrain et qui ont pour noms la stabilisation des territoires, la sécurisation des populations et la reconstruction de l’Etat. Ces enjeux ne peuvent être réalisés qu’à la faveur d’une collaboration dénuée de toute arrière-pensée entre la mission onusienne et les autorités congolaises. Cette collaboration paraissait mise à mal par le tohu-bohu qui accompagnait la demande congolaise de voir la Monuc plier bagages avec une première date butoir : le 30 juin 2010. Même si elle était formulée dans le contexte de la réaffirmation de la souveraineté nationale, la demande a ressemblé, à certains égards, à une gifle administrée à un partenaire à qui tout le monde reconnaît pourtant la contribution déterminante à la stabilisation du pays et des institutions.

Le vrai problème, c’est que le point de vue développé par les gouvernants ne semblait pas partagé par des segments importants de la société congolaise qui s’interrogeaient, quant à elles, sur les véritables motivations de leurs dirigeants. Est-il normal en effet de renvoyer la Monuc quand on n’a pas encore mené à bien la reconstruction d’une véritable armée et que des territoires grands comme certains pays européens continuent d’être soumis à la loi de la terreur par des bandes armées étrangères qui tuent, pillent et violent impunément ? Ces questions sont sur toutes les lèvres et l’opinion générale est que rien ne se fasse dans la précipitation, au risque de s’en mordre les doigts.
La visite du Conseil de Sécurité semble avoir permis un dialogue apaisé avec les autorités de Kinshasa qui n’ont pas demandé le retrait de la Monuc, mais la reconfiguration de son mandat. Ce qu’on peut retenir d’essentiel de cette visite est que la Monuc va bien partir mais dans l’ordre et dans des meilleures conditions.  C’est en tout cas ce qu’a réaffirmé le représentant de la France, l’ambassadeur Gérard Araud, qui a dirigé la délégation. Pour ce chef de mission, New York et Kinshasa poursuivent un même objectif : le départ de la Monuc  dans des conditions qui tiennent compte de la situation sur le terrain. .«La situation a changé sur le terrain. Il faut, donc, que les missions de la Monuc, la configuration de la Monuc, correspondent à cette nouvelle situation sur le terrain», a expliqué le représentant de Paris au Conseil de Sécurité.

On a noté, au cours du point de presse fait avant le retour à New York de la délégation, que le fétichisme des chiffres n’aura pas droit de cité dans l’ordonnancement du départ de la Monuc.  Il n’ y aura donc ni calendrier artificiel de retrait de la Monuc, ni chiffres artificiels des troupes à mettre sur le quai de départ. C’est dire que pour l’Onu, la préoccupation majeure reste que le Congo ne replonge pas dans le cycle d’insécurité et que le départ de la Monuc ne s’accompagne d’un net recul dans les domaines où des progrès sont enregistrés ou sont attendus. M.Araud a été clair et net à ce sujet : « il s’agit de savoir si dans tel endroit, la Monuc peut se retirer, parce que, derrière, les autorités congolaises vont assurer la sécurité de la population ». C’est tout dire.

Contentieux Lomami-Ngandajika : 85 000 pétitionnaires refusent l’oubli
Nous avons fait état, dans notre édition du vendredi 14 mai 2010, d’une pétition déposée au Sénat et à l’Assemblée Nationale par des députés originaires du territoire de Ngandajika et dans laquelle il est fait état du refus de la population de cette entité d’être rattachée à la future province du Lomami. Mais, une faute d’inattention nous a fait dire que ce document était déposé le 13 mai 2010 alors qu’en réalité, cette formalité avait été accomplie le 13 mai 2009, c’est-à-dire il y a une année.
 En ce qui concerne le fond, la revendication des autochtones de Ngandajika, telle que rappelée par le député Mbaya Kakasu lors de la plénière du vendredi 13 mai 2010 à l’Assemblée Nationale, en accord avec ses collègues Kazadi Nyembwe et Mwamba Mulunda, originaires comme lui du même patelin, n’a pas changé. Revenant à la charge au cours d’une visite en nos bureaux, le député national précipité a enfoncé le clou en relevant le long silence des bureaux des deux chambres du Parlement face aux préoccupations des ressortissants de Ngandajika.
 Il a tenu à insister sur le fait que l’on ne devrait pas compter sur l’oubli des 85.000 fils et filles de ce territoire pour ne pas donner suite à leur volonté de continuer de faire partie intégrante de l’actuelle comme de la future province du Kasaï Oriental. S’appuyant sur la disposition constitutionnelle faisant obligation à l’autorité légale de réagir dans les trois mois à ce genre de pétition, Mbaya Kakasu estime qu’au regard du mutisme officiel observé depuis une année, rien ne peut plus remettre en cause l’option levée par les pétitionnaires, à savoir voir le territoire de Ngandajika conserver son statut actuel d’entité administrative du Kasaï Oriental.
S’agissant de la configuration géographique de la province du Lomami amputée de Ngandajika, il a martelé que la commission ad hoc, qui sera chargée de la délimitation des frontières des 15 nouvelles provinces, devrait tenir compte des réalités politiques et socio-culturelles de chaque district et territoire, afin d’éviter la création de nouvelles zones de conflit au pays. Car, en dehors du cas de Ngandajika, d’autres secteurs, territoires et districts de la République exigent un découpage administratif qui n’aliène pas les droits fonciers, économiques et politiques de leurs populations.

Concerne : requête en faveur du rattachement du Territoire de Ngandajika à la nouvelle Province du Kasaï Oriental
 Nous, intellectuels, cadres et populations ressortissants des 8 territoires cités ci-dessus, résidents ou ressortissants de ces territoires et/ou y possédant des intérêts matériels et moraux, dûment identifiés sur les listes à la présente requête et totalisant plus de 69 900 mille signatures.
– Vu le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, spécialement en son article 1 point 1 et 3, et en son article 4 qui disposent en substance : « Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel… »
– Revu le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, spécialement en son article 2 point 1 et 2, et son article 3 selon lesquels : « Les Etats parties s’engagent à assurer le droit égal des hommes et des femmes de jouir de tous les droits civils et politiques sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de tout autre situation ».
– Vu la Constitution de la République Démocratique du Congo, spécialement en son article 2 qui dispose que la RDC est composée de la ville de Kinshasa et de 25 provinces dotées de la personnalité juridique : et qu’à la suite de l’érection des districts en provinces, le territoire de Ngandajika fait partie de la province de Lomami ;
– Vu l’ensemble des droits fondamentaux garantis par la Constitution de la RDC qui dispose, notamment, que « tout congolais a le droit d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à l’autorité publique qui y répond dans les trois mois » (article 27), et que nul ne peut faire l’objet d’incrimination, sous quelque forme que ce soit, pour avoir pris pareille initiative ;
– Vu l’article 226 alinéa 1 de la Constitution qui stipule que les dispositions de l’alinéa 1er de son article 2 relatives à l’application du découpage administratif, entreront en vigueur endéans les trente-six mois qui suivront l’installation effective des institutions prévues par la Constitution :
– Craignant que la loi organique fixant les limites des nouvelles provinces ne vienne contrarier la légitime aspiration de la population du Territoire de Ngandajika à vivre dans I’aire culturelle et économique de son choix, au risque de voir son développement économique et social bloqué ;
– Considérant que, du point de vue de I’histoire, la province actuelle du Kasaï Oriental, originellement Province du Sud-Kasaï, a été érigée en une entité provinciale distincte au nom de la paix civile, et à la suite des discriminations, persécutions et massacres ayant endeuillé la province du Kasaï au cours des années 1959-1961 ;
– Tenant compte de la contribution déterminante des populations du Territoire de Ngandajika dans I’obtention et l’édification de la Province du Sud-Kasaï, notamment par des martyrs et des actes de bravoure bien connus (assassinat du ministre provincial M. David Odia en août 1960, conflit armé et massacres dans la localité de Mwanza-Ngoma, appel angoissé de Mgr Joseph Nkongolo en faveur d’un cessez-le-feu en direction du Président Joseph Kasa-Vubu, …)
– Reconnaissant qu’en vertu de ce passé douloureux commun, récent et lointain, la nouvelle Province du Kasaï Oriental, à ériger sur le seul district de Tshilenge, est en réalité un patrimoine culturel et un héritage historique communs englobant le Territoire de Ngandajika ;
– Convaincus que I’idéal déclaré de rapprocher I’administration des administrés comme leitmotiv du découpage administratif, ne saurait être invoqué pour détacher le Territoire de Ngandajika du chef-lieu Mbujimayi à 80 km et le rattacher au chef-lieu Kabinda à 136 km ;
– Rappelant que, pour les mêmes raisons de distance et de paix civile parmi bien d’autres, le parlement et le gouvernement de la république, entre 1960 et 1963, n’avaient pas trouvé justifié de rattacher Ngandajika à I’ancienne province de Lomami et qu’ils I’avaient, plutôt, rattaché à la province du Sud-Kasaï avec Bakwanga comme chef-lieu ;
– Rappelant, en outre, que l’amendement constitutionnel du 6 octobre 1996  relatif au projet des 25 provinces avait bel et bien maintenu le Territoire de Ngandajika dans la province du Kasaï Oriental ;
– Prévenant les divers risques qui pèsent sur la cohésion sociale et la paix civile en vertu, notamment, de prévisibles tiraillements, querelles et frustrations entre les communautés qui viendraient à être rassemblées dans une même province, sans un projet partagé de vivre ensemble ;
– Conscients que la paix et le progrès visés par le découpage administratif en cours seront un leurre, partout où les liens de solidarité entre diverses communautés seront lâches, et où sera insuffisante la volonté des diverses communautés d’affronter les mêmes défis, de vivre dans I’harmonie et de bâtir ensemble un destin commun ;
– Considérant que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), à travers son bureau chargé de la Coordination des Affaires Humanitaires, fait déjà état des conséquences humanitaires dommageables consécutives aux mouvements de populations et aux conflits liés à I’attachement du Territoire de Ngandajika à la future province de Lomami (Voir PNUD : Plan d’Action Humanitaire ; Kinshasa 2009, p.86) ;

– Convaincus, par ailleurs, que le rattachement du Territoire de Ngandajika à la Province de Lomami placera, à coup sûr, les populations agricoles de ce territoire face aux diverses taxes et barrières bloquant I’accès à leurs marchés de débouché traditionnels dans la nouvelle Province du Kasaï Oriental ; et que cette situation sera génératrice de misère, de frustration et d’insécurité ;
 Revendiquons de rattacher politiquement et administrativement le Territoire de Ngandajika à la nouvelle Province du Kasaï Oriental ;
En appelons à la compréhension, au sens de I’histoire, à l’idéal de paix et à I’esprit de responsabilité de I’Assemblée Nationale et du Sénat dans l’examen de cette pétition.
 Renouvelons notre profond attachement à I’unité du pays dans sa diversité, aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la paix civile, aux idéaux de sécurité, de dignité et de progrès pour tous, ainsi qu’à la Constitution et aux institutions de la RDC.

Fait à Kinshasa, Ngandajika, Mbujimayi, Kamiji, Miabi, Mwene-Ditu, Katanda, Lupatapata, Kabeya-Kamuanga et Tshilengi, le 11 novembre 2008.

Pour le Collectif des Ressortissants des Territoires du Kasaï Oriental sur la Question de Ngandajika,

Les Délégués de I’Assemblée Générale tenue à Kinshasa-Lemba (14 février 2009) :

Pr. F. Mukoka Nsenda
Pr. L. Kabeya Tshikuku
Nsambayi Mutenda
Hon. Mbaya Kakasu
Ilunga Kabuyi

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