L’avenir du processus de paix en RD Congo incertain

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emmanuelle-kabengeleLe 24 février 2013, les Etats membres de la Conférence internationale pour la stabilité et la paix dans la région de Grands lacs, signaient à Addis Abeba, en présence des représentants  spéciaux du Secrétaire général de l’Onu,  de l’Union européenne et de l’Union africaine, ainsi que des membres de la Communauté internationale, l’Accord-cadre qui devait baliser la mise en œuvre du processus de paix en RDC, après des guerres épisodiques et des conflits armés récurrents à l’Est de notre pays.

Deux ans se sont écoulés et hier, 24 février 2015, à l’heure de son évaluation, ce processus tant souhaité par toute la population congolaise, souffre encore de beaucoup de lenteur et d’insuffisances dans sa mise en œuvre, car bon nombre d’engagements souscrits par les Etats signataires, n’ont pas toujours été réalisés. Et les risques de revivre d’autres tragédies plus meurtrières et plus dévastatrices, sont majeurs.

Devant ce constat malheureux réconforté par la crise qui prévaut aujourd’hui entre le gouvernement congolais et la Monusco, aggravé par les dernières tueries des ADF-Nalu à Beni, et par les exactions répétitives sur les populations civiles perpétrées récemment par les FDLR dans la province orientale, des Organisations membres du groupe de travail pour le suivi de la mise en œuvre de l’Accord-cadre et la résolution 2098 du Conseil de sécurité, agissant comme une frange importante de la société civile «  force de proposition »  et s’abstenant de multiplier des rapports d’évaluation, dont on ignore le sort leur réservé au niveau des instances dirigeantes de notre pays, ont opté hier pour une interpellation de toutes les parties prenantes dans le processus de paix en RDC.

La réunion intervenue hier dans l’après-midi, dans la salle de conférences de la paroisse Notre Dame de Fatima à Gombe, s’est articulée autour de la présentation de la plateforme numérique, un site dans lequel la population sur toute l’étendue de la RDC, peut désormais suivre en temps réel, l’état d’avancement et de mise en œuvre de l’Accord-cadre d’Addis Abeba, découvrir les failles par rapport aux échéanciers, interagir avec les acteurs institutionnels dans le processus de paix, interpeller les gouvernants et formuler ses recommandations(www.accordmetre.info). Ce portail a été présenté par le webmaster Joram MONGOLO.

Suscitant une série de questionnements, Me Sylvain Lumu, secrétaire exécutif de la Ligue des électeurs et membre de la FIDH, s’est interrogé si l’Accord-cadre ne portait-il pas atteinte dans sa mise en œuvre, à la souveraineté de la RDC.
Le secrétaire exécutif de la Ligue des électeurs ne s’explique pas  les pesanteurs qui plombent la mise en œuvre du processus de paix, alors que les autorités s’étaient engagées pour la promotion des objectifs de tolérance, de réconciliation et de paix. Aujourd’hui, avec le processus électoral, le calendrier global électoral est pour son organisation, constitutionnel et nocif. Constitutionnel, parce qu’il est, selon aux prescrits de la Constitution. Et il est nocif, compte tenu des délais trop courts et des problèmes de moyens financiers qui pourraient entraîner de glissement.

Il faut privilégier l’option conciliante pour épargner les vies des populations

A ce sujet, il a prôné le dialogue entre la Majorité présidentielle et l’opposition, pour évacuer des inquiétudes exprimées par cette dernière et certains observateurs. Et là, il a rebondi sur les problèmes créés par les élections de 2011, notamment la fracture sociale, la déliquescence de l’autorité de l’Etat, la persistance de l’insécurité à l’Est, l’activisme des groupes armés, et la crise politique née  des incises dangereuses dans le texte de la loi électorale qui a endeuillé dernièrement le peuple congolais. Pour lesquels un aveu de la nécessité de dialogue entre les partis politiques et la société civile a été formulé par les gouvernants.

Un dialogue a eu lieu. L’opposition a refusé d’y prendre part, attendant le dialogue qui sera convoqué sous l’égide du représentant spécial du S.G. de l’Onu. Car, nombre d’engagements ne sont pas toujours tenus sur la décentralisation, la réforme de l’armée et des services de sécurité, la rétrocession  de 40 % aux provinces, et le problème majeur de l’enrôlement des jeunes électeurs et des déplacés.

L’enjeu majeur de prochains scrutins tient au fait qu’en 2016, on devra assister à la passation des pouvoirs entre le président arrivé fin mandat et le nouveau président, dans le cadre de l’alternance et dans une ambiance de démocratie et de paix.

Nixon Kambale, directeur du Centre pour la gouvernance, a tiré la sonnette d’alarme concernant la traque des FDLR, en dévoilant les risques encourus par la RDC, avec la crise intervenue entre l’exécutif et la Monusco. Le gouvernement et les Fardc seuls, ne peuvent pas dans le contexte actuel, réussir l’éradication de ce mouvement rebelle et des ADF-Nalu. Le fait que la RDC a servi de bastion aux groupes armés, oblige les dirigeants à privilégier l’option militaire et l’option conciliante dont il a analysé les limites et les avantages.

Le modérateur Emmanuel Kabengela, coordonnateur national du Réseau pour la réforme de services de sécurité et justice, a lu le communiqué de presse faisant état des inquiétudes des membres du Groupe de travail pour le suivi de la mise en œuvre de l’Accord-cadre d’Addis Abeba sur l’avenir du processus de paix en RDC. Et il a épinglé dans la foulée, l’application sélective de la loi d’amnistie, la non application du transfert de compétences et la rétrocession, pomme de discorde entre le pouvoir central et les provinces.

Le gouvernement ferait œuvre utile en adoptant un processus électoral réaliste et consensuel, et en procédant à la libération des prisonniers  d’opinion et la démocratisation, la lutte contre l’impunité par la mise à l’écart des commandants impliqués dans de violations des droits de l’homme et la neutralisation des groupes armés.

Un débat houleux s’en est suivi et certaines questions seront approfondies lors des réunions futures.
J.R.T.

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