L’autre face du covid-19

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A chaque époque, ses épidémies. A chaque période, ses nouveaux riches. Et à chaque saison, ses mœurs. En synthèse, cela donnerait bien : «  A chaque époque, ses épidémies, ses nouveaux riches et ses traditions et coutumes». Un tableau comparatif de cette évolution, vu à travers les différentes époques de Mobutu à Fatshi,  nous dévoilerait des mœurs de nos contemporains, des similitudes et des singularités dignes d’aiguiser notre curiosité et de nous procurer quelques leçons utiles pour l’avenir.

            Dénominateur commun à tous les riches, le luxe insolent, chacun à sa manière. Et l’éternel sourire. On rit sans cesse même s’il n’y a pas matière à rire. A vrai dire, les riches de chaque époque rient aux éclats, gorge déployée, parce qu’ils ont bien mangé et bien bu. Mais surtout pour avoir gagné des marchés de gré à gré, sans compétir avec des concurrents outillés, sans disposer des références techniques solides, sans assises bancaires, sans compte-épargne. Le rire, c’est pour des millions de dollars déversés dans une multitude des comptes bancaires ayant pour principaux bénéficiaires, un cheptel de mammifères de belle race, des membres de la belle-famille et une armée des courtisans acquis à leur cause.

            A l’époque de Mobutu, prédominaient le paludisme, la tuberculose et les MST. Et plus tard, le Sida. Les nouveaux riches de cette époque avaient pour modèle, le puissant dictateur habillé par Arzoni, le célèbre couturier belge. Célébrés en mouvanciers, vénérés comme des demi-dieux polygames, ils ne regardaient pas à la dépense pour défendre leur classe. Ils avaient du goût, roulaient carrosse dans de belles limousines et des cabriolets décapotables coupé sport avec moteur turbo full injection. Dans leurs salons somptueux, les tapis aux poils longs où disparaissaient des chaussures rappelaient nos savanes boisées.

            Les week-end en bonne compagnie se passaient sur les plages méditerranéennes. A Kinshasa, ils étaient fatigués de  fréquenter les mêmes restaurants aux enseignes éteintes, et le dancing-clubs. Les officiers supérieurs et généraux, nouveaux acquéreurs, avaient fait fortune sur le dos des morts, et de fictifs. Ils avaient accumulé des chambres froides, des bateaux et des barges. Certains alignaient quelques avions cargos achetés dans des pays de l’ex-URSS.

            A l’époque de «Mzee» Laurent-Désiré Kabila, les maladies vénériennes et le kwashiorkor  faisaient rage. Les nouveaux riches ont trôné impunément sur des biens saisis, des villas arrachées aux Mobutistes en cavale. Radins depuis leur maquis, ils ne savaient pas partager. Vite, ils ont sombré quand ils ont été publiquement étiquetés en conglomérat d’aventuriers opportunistes par leur «autorité morale».

            Est venue l’époque de Joseph Kabila. Les «Kabilistes» sont friands des cortèges même après la fin de leurs fonctions publiques. Généralement, à chaque panne de pneumatique, ils n’attendent pas debout les réparations. Pressés, ils sautent dans la jeep d’escorte et disparaissent. Quitte au chauffeur de tout faire, même en laissant en gage sa montre-bracelet ou son téléphone portable auprès des «  quados »pour obtenir satisfaction. Egocentriques, ils forment des castes vivant cloîtrés dans une opulence hors normes.

            A l’ère du covid-19, d’autres mœurs voient le jour. C’est l’époque des comptes bancaires sans nombre au pays et hors de nos frontières et des détournements monstres. On en veut pour preuve, ce jeune nouveau riche qui s’est vanté de rouler dans une limousine comme celle du Président de la République. Au plus fort de sa « folie de grandeur », il avait déversé des billets de 100 dollars devant son fils âgé de quatre ans. Motif : Gombe confiné, magasins des jouets fermés. Il fallait offrir des cartes à jouer à son bambin. Ce denier, en devin improvisé, tirait des « cartes » de 100 dollars et dans une sorte de chiromancie, prédisait l’avenir de sa famille. Recto : son père continuera à s’enrichir impunément. Verso : il finira mal ses jours dans une planque.

            Makala devient de nos jours, un haut-lieu touristique de prédilection, de méditation et de recueillement  pour les mandataires publics indélicats et les hommes et femmes d’affaires impénitents. Ne suivons pas leurs mauvais exemples !

                                                                                                                    J.R.T. 

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