«Lamuka» : marche interdite et étouffée

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La marche de la plate-forme politique de fait dénommée « Lamuka », annoncée pour le mercredi 15 septembre 2021 mais interdite par le gouverneur de la ville de Kinshasa et ensuite autorisée mais repoussée au vendredi 17 septembre, a été étouffée dans l’œuf. Des éléments de la police, positionnés depuis les premières heures de la matinée à son point de départ, à savoir le quartier 3, dans la commune de Masina, n’ont pas transigé sur le respect des consignes reçues de leur hiérarchie. Les deux principaux leaders de « Lamuka », Martin Fayulu, président du parti politique Ecide (Engagement Citoyen pour Développement), candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, et Adolphe Muzito, président de Nouvel Elan, Premier ministre honoraire, n’ont pas pu aller au-delà d’un demi kilomètre, sur le boulevard Lumumba.

            En dépit de plusieurs tentatives de marcher, ils ont été empêchés de descendre de leurs véhicules. Une escorte de la police les a contraints de faire demi-tour, pour ensuite les convoyer jusque dans la commune de la Gombe.

            Des poignées de leurs militants, qui ont également tenté de se déployer sur le boulevard Lumumba, au quartier 3 comme à Pascal, ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes. Une petite colonne partie de la place Sainte Thérèse, à N’Djili, dans l’espoir de joindre le boulevard Lumumba en suivant le célèbre couloir Kimbuta, a connu le même sort.

            Dès lors que la tête de pont de la marche était décapitée à partie du quartier 3, dans la commune de Masina, des groupuscules qui guettaient le passage de Fayulu et Muzito pour grossir les rangs des manifestants, se sont abstenus de s’engager sur les voies publiques. Au niveau de la célèbre place Pascal, considérée comme le haut lieu de la contestation populaire contre les régimes au pouvoir, aux bons vieux temps du mobutisme comme du kabilisme, a été un grave déficit de mobilisation de la part des leaders de « Lamuka ». Fayulu et Muzito ont laissé l’impression d’être des généraux encore sans troupes, comptant plus sur des délinquants opportunistes, que sur une « bas » naturelle des militants fidèles prêts à mourir pour leur cause, à l’image de ceux de l’UDPS ou du Palu par exemple.

            D’aucuns pensent que les menaces du gouverneur de la ville et du commandant de la police provinciale d’arrêter quiconque se hasarderait à battre le pavé pour une marche interdite et de l’expédier à Kanyama Kasese, a refroidi l’ardeur des casseurs professionnels de Tshangu.

            Le PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement), qui souffre du même déficit de militants difficilement mobilisables sans motivation financière, ne pouvait être d’aucun secours pour la marche d’hier. Pourtant, des leaders kabilistes avaient promis, le dernier week-end, de participer à la marche. Mais avec quelles troupes ?

Condamnations en chaîne des bavures policières

            Finalement, l’événement du jour était à chercher du côté des bavures policières, avec en ligne de mire des correspondants congolais des médias étrangers. A ce sujet, la victime la plus citée était le journaliste Patient Ligodi, interpellé et brutalisé de manière scandaleuse. Le traitement inhumain et dégradant qu’il a subi a suscité un tollé de protestations. Du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, au gouverneur de la ville de Kinshasa, Gentiny Ngobila, en passant par les organisations professionnelles des médias, le ton était non seulement à la condamnation de l’acte mais surtout à l’exigence des sanctions contre les coupables.

            Interpellé, le général Sylvano Kasongo, s’est empressé de condamner aussi les dérives de ses hommes, pour annoncer dans la foulée l’arrestation de l’un des policiers reconnu coupable de sévices corporelles sur le correspondant de RFI et sa mise à la disposition de la justice.

            On rappelle que Fayulu et Muzito comptaient jeter leurs militants dans les rues pour protester contre ce qu’ils considèrent comme la politisation de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) et les velléités du pouvoir en place de rouler pour le glissement du processus électoral.

                                    Kimp

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