L’Ambassadeur de Belgique : «Libérer le dynamisme naturel des Congolais les amènera à construire un Congo plus beau qu’avant»

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Des personnalités politiques, diplomatiques, économiques, médiatiques,
culturelles et autres étaient présentes au Lycée Prince de Liège, le
vendredi 21 juillet 2017, pour participer à la célébration de la fête
nationale de Belgique à Kinshasa. Alors que d’aucuns s’attendaient à
un discours enflammé, compte tenu de la tension qui règne entre
Bruxelles et Kinshasa depuis plusieurs mois, à cause notamment de la
non tenue des élections en décembre 2016 et de l’incertitude de leur
organisation en 2017, l’ambassadeur Bertrand de Crombugghe a préféré
jouer à l’apaisement. Pédagogue à ses heures perdues, il a recommandé
aux décideurs politiques congolais de ne pas évoluer en marge des
règles universelles de gestion des Etats – à savoir des élections
démocratiques à échéances régulières, la libre expression, la libre
entreprise, la bonne gouvernance, s’ils tiennent à bâtir un Congo plus
beau qu’avant.
DISCOURS DE L’AMBASSADEUR DE BELGIQUE
Monseigneur,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences, Chers Collègues,
Beste Belgische Vrienden, Chers amis Belges,
Chers amis congolais,
Bonsoir,
Avec Isabelle, mon épouse, je suis ravi de vous accueillir en ces
lieux imprégnés du thème de la scolarité. Nous ne savons jamais rien
définitivement, nous avons toujours à apprendre. Je vous emmène donc,
de retour sur la « route de l’école ». Quoi de plus enchantant, quoi
de plus efficace pour se redonner un vernis de jeunesse !
Notez, nous avons une excellente raison de nous retrouver ici. Cette
année, l’Ecole belge célèbre le cinquantième anniversaire de son
existence. Cela fait cinquante ans que le Lycée Prince de Liège et son
homologue néerlandophone Prins van Luik School forment, éduquent,
enseignent et animent une jeunesse qui est à 20 % belge et à 80 %
congolaise. Il n’y a pas de plus beau symbole de l’engagement durable
de la Belgique en République Démocratique du Congo. Il n’y a pas de
plus bel indicateur de la proximité qui s’est affirmée avec le temps
entre Belges et Congolais.
Parmi nous ce soir, il doit y avoir des anciens élèves, des gamins et
des gamines devenus méconnaissables depuis qu’ils ont frotté les pans
de leurs vêtements sur les bancs de cette école. Vont-ils ce soir
reprendre les jeux d’antan : saute-mouton ou saut à la corde ? Qu’ils
se lâchent ! Qu’ils nous content les espiègleries dont ils
gratifiaient leurs professeurs. Qu’ils avouent les 400 coups qu’ils
ont commis …, sans crainte. Aujourd’hui, promis, il est trop tard pour
punir.

Chers amis,
Le 21 juillet nous commémorons la prestation de serment du premier
Roi des Belges, Léopold Ier. C’était en 1831. Comme chacun de ses
successeurs, il jura « d’observer la Constitution et les lois du
peuple belge, de maintenir l’indépendance nationale et l’intégrité du
territoire. », un serment qui ne fit jamais démenti. Nos Rois ont
montré un respect infaillible pour la Constitution qui précise que
tous les pouvoirs émanent de la nation, non pas du souverain. Et cette
nation s’exprime au moyen d’élections régulières qui assurent à
intervalles réguliers que gouvernants et gouvernés demeurent en accord
sur les lois et règlements qui les régissent. Ce principe nous a
parfaitement servi. Gouverné dans l’intérêt de sa population, le
Royaume de Belgique a prospéré et, ce qui a joué un rôle extrêmement
important, a fait le choix d’être ouvert sur l’extérieur.

Qu’est-ce que cela signifie en termes contemporains ?
Fort de son cheminement démocratique et du soutien de sa population,
mon pays est devenu un acteur international engagé. Il a négocié la
Charte mettant sur pied l’Organisation des Nations Unies, l’acte
fondateur des relations internationales. Il participe activement aux
travaux des agences onusiennes auxquelles il prête un concours en
ressources humaines et en ressources financières. Il adhère au
multilatéralisme efficace et aux relations entre Etats fondées sur le
droit et le respect mutuel. Il consacre la moitié de son aide au
développement aux pays les plus démunis et les plus vulnérables.
Ainsi, la
Belgique se voit comme un membre qui reçoit et aussi qui donne à la
communauté internationale. Son engagement se traduit par une
candidature pour un siège non-permanent au Conseil de Sécurité de
l’ONU pour la période 2019-2020. Notre appel ?  « Bâtir le consensus,
Agir pour la Paix ».
Sur son propre continent, la Belgique s’est faite un acteur de
l’intégration régionale. Elle forme aujourd’hui l’Union européenne
avec 27 autres Etats membres, une Union au niveau de laquelle s’exerce
désormais une bonne partie de la gouvernance la concernant. Grâce à
l’Union européenne, les occasions d’épanouissement pour les Belges ont
été décuplées et les opportunités économiques pour les entreprises se
sont multipliées. Notre engagement avec nos partenaires a concrétisé
durablement l’exercice de nos libertés. Nous nous sentons aussi bien
mieux outillés qu’auparavant pour faire face aux défis de notre époque
: affronter la concurrence au sein d’une économie mondiale de plus en
plus compétitive, assurer un développement durable plus respectueux du
climat, honorer la nécessaire solidarité face à une pauvreté encore
trop souvent endémique.
Ces défis seront au centre de la conversation lors du prochain sommet
entre l’Union européenne et l’Afrique en novembre prochain à Abidjan.
J’espère que nos deux continents, qui se regardent par-delà la Mer
Méditerranée, y progresseront dans la définition des contours de leur
partenariat. Car en effet, c’est un travail inachevé, comme en
témoignent les milliers de migrants qui littéralement contre vents et
marées vont chercher un bonheur ailleurs, au péril de leur vie,
au-delà de cette mer qui nous sépare. Il y a là un profond
dysfonctionnement. Ces hommes, ces femmes et ces enfants sont arrivés
à la conclusion qu’ils ne peuvent pas se construire une vie chez eux,
n’identifient pas dans leur propre pays un avenir pour eux-mêmes.
Clairement, cela appelle un travail en commun, une réponse que nous
devons trouver ensemble.

Chers amis,
Les relations entre la Belgique et la République Démocratique du
Congo doivent épouser celles qui s’élaborent entre l’Europe et
l’Afrique. Elles doivent contribuer à des paradigmes justes qui
permettent de réaliser le bien supérieur pour tous.
Il est vrai, nos relations sont chargées d’histoire. Et sur nombre de
sujets, un devoir de mémoire est à l’ordre du jour, mais prenons acte.
La Belgique et la République Démocratique du Congo de 2017 n’ont plus
rien à voir avec la rencontre violente et impitoyable du XIXème siècle
entre une société traditionnelle et une modernité si mal nommée. Et
plus rien non plus à voir avec les affrontements des années ’60.
Il nous revient d’agir aujourd’hui avec un esprit nouveau, en
cohérence avec l’air du temps, avec les opportunités de notre époque.
Voyons les choses en face. Ce monde globalisé où nous sommes est un
village. Il progresse à vive allure. La croissance économique est de
retour, en Afrique comme ailleurs. Il importe de rejoindre le
mouvement, d’en être partie prenante. L’heure n’est pas à la
tergiversation ou au repli sur soi. Ce serait stérile, improductif et
facteur d’exclusion plutôt que dynamique d’épanouissement. L’heure, au
contraire, est à l’engagement résolu dans la coopération
internationale et à l’acceptation de sa contrepartie. Car en effet,
recueillir sa part de la prospérité mondiale, jouir des avantages de
la citoyenneté internationale, cela suppose que l’on adopte les
principes de gouvernance, les normes et les valeurs universelles qui
les sous-tendent.
Ainsi aussi pour la République Démocratique du Congo. La communauté
internationale l’attend à sa place naturelle où, n’en doutez pas, elle
est plus que la bienvenue. Loin de représenter une entorse au droit
d’auto-détermination de ce pays, s’adapter pour mieux s’intégrer est
une manière justement de valoriser sa souveraineté. A ce propos, nous
est avis que bon usage peut être fait de toute coopération et de tout
partenariat qui lui est proposé.
La Belgique est de ceux qui offrent ce partenariat. Non pas quelque
chose de contraint ou d’imposé, mais un véritable partenariat digne de
ce nom, librement consenti et fondé sur la perception qu’il est
porteur d’avancement pour les deux parties. Et pour qu’il soit porteur
de fruits, il faut absolument que les partenaires se parlent,
s’écoutent, se comprennent, en d’autres mots, qu’ils se l’approprient
pleinement.
La vision en est simple, et commune sans doute à d’autres
partenaires. Nous souhaitons être complices dans un projet qui place
la personne humaine, libre d’agir mais aussi responsable de ses
actions, au centre des préoccupations. Les Belges orientent leurs vies
et exercent leurs options sur base de libertés qui leur sont garanties
par un gouvernement démocratiquement élu. Les Congolais et les
Congolaises aussi devraient pouvoir s’épanouir, exercer leurs talents
et saisir des opportunités sous l’œil bienveillant d’un système de
gouvernement qui leur laisse cette possibilité et respecte leur
dignité.
En clair, il s’agit de rien de moins que de libérer le dynamisme
naturel que les Congolais ont en eux et qui, mis dans les bonnes
conditions, les amènera à construire « leur » Congo, ce
« Congo plus beau qu’avant », comme l’appelle de ses vœux le superbe
hymne national que nous venons d’entendre.
Avec d’autres nous faisons le constat que le potentiel est immense.
Les Congolais regorgent de talent, d’énergie et de courage. Ils font
face avec imagination et créativité, sinon avec patience, à
l’adversité qui les confronte au quotidien. Ils créent des choses si
étonnantes et si belles avec si peu de moyens. Et, si je puis me
permettre, ils savent faire de la musique et ils excellent quand ils
font la fête !
Nous pouvons avoir partie liée, car ils sont nombreux ces Belges qui
se sont installés durablement en République Démocratique du Congo, qui
lui ont consacré leurs énergies, leurs talents et leurs vies, comme
entrepreneur, comme missionnaire, comme académicien ou comme
professionnel. De même, ils sont nombreux ces Congolais qui font leur
chemin en Belgique et qui contribuent à son dynamisme, à sa diversité,
à son ouverture sur le monde. Il y a un capital inouï d’humanité,
d’empathie et de solidarité entre nous. La formule n’est pas
politiquement correcte, mais les Congolais me disent qu’ils se sentent
chez eux en Belgique et, inversement, j’ai envie de leur dire que nous
nous sentons chez nous ici au Congo.
Nos relations ont donc énormément d’étoffe, à la manière de ces
relations familiales qui évoluent mais aussi résistent à l’épreuve du
temps. Occasionnellement, ce n’est un secret pour personne, le ton
peut monter. Entre proches, la franchise est de mise, et parfois nous
nous disons ce que peut-être nous ne souhaitons pas entendre. Qu’à
cela ne tienne, du moment que nous nous efforçons à maîtriser ces
moments, à leur conserver leurs justes proportions et à ne pas laisser
l’humeur voiler le contenu des messages que nous devons échanger par
nécessité. Comme le formulait le grand Mahatma Ghandi : la vérité peut
être dure comme le diamant mais aussi fragile comme la fleur d’un
pêcher. Il faut en prendre soin.
Car fondamentalement, Belges et Congolais ont encore beaucoup à se
dire, à réaliser ensemble, voire même, comme Sa Majesté le Roi
Philippe le formule dans son discours de circonstance hier, à
apprendre l’un de l’autre. Cela tombe bien, ne sommes-nous pas dans
une école après tout ?
Ce jour, est le jour de la Fête Nationale de la Belgique. Que ce jour
soit l’occasion de célébrer ici nos liens. Que les Congolais sachent
que la Belgique veut rester un partenaire fort et durable tout comme
nous apprécions leur contribution à notre diversité et à notre
rayonnement. La construction de la nouvelle Chancellerie, bien en vue
sur le Boulevard du 30 juin, se veut une preuve tangible de
l’attachement de la Belgique à nos relations.

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