La Tshuapa sous haute tension

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Le découpage territorial opéré par le gouvernement dans la précipitation paraît de plus en plus comme un cadeau empoisonné pour des compatriotes de certaines contrées de la République. Au lieu de rapprocher les gouvernants et les gouvernés ou de jeter les bases du redécollage socio-économique de nouvelles provinces issues du démembrement, il attise au contraire la haine et les frustrations entre communautés ethniques et tribales.

C’est le cas dans la nouvelle province de la Tshuapa, ancien district de la défunte province de l’Equateur, où le torchon brûle déjà en sourdine entre les originaires de ce qu’on a pris coutume d’appeler la « Haute Tshuapa », avec les territoires d’Ikela, Bokungu et Djolu, et ceux de la « Basse Tshuapa », qui regroupe les territoires de Boende, Monkoto et Befale.

On laisse entendre qu’une grande effervescence s’est emparée des ressortissants de Bokungu, depuis qu’une folle rumeur fait état de la nomination prochaine d’un certain Lomboto Sipi comme Commissaire Spécial de la Tshuapa.

Du côté de Boende par contre, c’est la grogne. On crie déjà à l’injustice planifiée dans les centres de décision installés à Kinshasa. A en croire certaines indiscrétions, on n’hésiterait pas à organiser des marches et manifestations de colère dans l’hypothèse où Lomboto Sipi serait effectivement désigné Commissaire Spécial et appelé à s’installer à Boende, retenu comme chef-lieu de la nouvelle province.

On explique le mécontentement des populations de la « Basse Tshuapa » par le fait que c’est la « Haute Tshuapa » qui se taille toujours la part du lion dans les nominations aux postes de commandement dans la territoriale, le gouvernement provincial, l’Assemblée provinciale, le gouvernement national, les entreprises publiques, etc. On cite à ce sujet, Dr Mpetshi (ministre provincial, l’actuel président de l’Assemblée provinciale de la Tshuapa, Boongo, l’ancien président de l’Assemblée provinciale de l’Equateur, Ifandji.

Les filles et fils de la « Basse Tshuapa » soutiennent ne pas être en déficit de technocrates de valeur : cas de Willy Bakonga, ancien ministre des Sports, qui jouissait pourtant du soutien du Caucus de la Tshuapa, et Sébastien Impeto, actuel gouverneur intérimaire de l’Equateur, qui vend correctement l’image du Chef de l’Etat dans cette partie du pays, à travers des actions d’éclat qui lui avaient même valu les remontrances de la direction de son parti, pour avoir refusé de suivre la position du G7.

La tension est donc en train de monter d’un cran à travers la « Basse Tshuapa », où des observateurs redoutent qu’un choix controversé du futur gestionnaire de la nouvelle province n’écorne l’image du Chef de l’Etat et ne remette en cause l’unité et la concorde qui commençaient à prendre corps au sein des communautés locales, à la suite des espoirs suscités par le découpage territorial, qui devait leur permettre de s’auto-prendre en charge.

Perside Diawaku

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