La RDC : dépotoir des médicaments

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Où en est-on avec la décision du ministre de la Santé ordonnant aux pharmacies et autres dépôts pharmaceutiques à ne vendre les médicaments seulement qu’aux personnes exhibant une ordonnance médicale en règle et signée par un  médecin compétent ? Après les effets d’annonce, il semble que cette mesure pourtant salutaire est allée grossir le cimetière d’autres décisions jetées aux orties. Et pour cause ? Tout d’abord, il apparait clairement qu’il faut repartir en amont pour pouvoir soigner le mal à sa racine. Une racine qui tire ses origines de la volonté politique de revoir le taux du budget alloué à la Santé qui, avant l’indépendance, avoisinait les 20 % du budget national du pays. A ce jour, le parlement a alloué au secteur de la Santé un budget faible qui n’atteint même pas les 3 % alors que la défense a été dotée d’un budget de l’ordre de 31 % au moment où il n’y a pas longtemps l’on nous rabattait les oreilles avec les opérations militaires conjointes de l’armée rwandaise et les FARDC pour déloger les éléments des FDLR dans les territoires de l’Est de la République.

Ensuite, le lien entre l’ordonnance médicale et le médecin s’est rompu depuis des lustres dans la mesure où le faible pouvoir d’achat en RDC, ne permet pas au commun des mortels de bénéficier des services d’un médecin. Les frais de consultations avoisinent l’équivalent en Francs congolais des 10 dollars Us pour le Congolais moyen qui touche à peine le salaire de 30 dollars Us par mois. Plutôt que de payer une consultation, le Congolais préfère s’adresser au vendeur de médicaments du coin pour une cure de 500 FC ou 1.000 FC. Par ailleurs, comme disait un activiste des droits de l’homme : « 85 % des Congolais en âge de travailler se débrouillent dans l’informel » avant d’ajouter que : « sur 10 finalistes des universités et instituts supérieurs en RDC, 8 d’entre eux se retrouvent comme vendeurs des cartes des téléphones cellulaires ou cambistes aux coins des rues de la capitale, des villes, villages du pays et autres milieux de la République».

Améliorer les conditions sociales du personnel médical

Avant l’indépendance, les centres médicaux étaient dirigés par des médecins assistés des infirmiers formés et d’autres membres du personnel médical tout aussi formés et triés au volet car le colonisateur accordait une importance capitale aux soins des populations autochtones. Il en était de même dans les villages et autres localités les plus reculés des centres urbains. En plus, ces centres médicaux étaient bien équipés en matériels médicaux et surtout en médicaments de tout genre. Les médecins de l’Etat se relayaient et en cas d’une maladie qui nécessite un spécialiste, le malade était transféré vers un centre perfectionné aux frais de l’Etat et souvent accompagné d’un membre de sa famille biologique.

C’est vers la fin des années 80 que la situation sanitaire en RDC a commencé à se dégrader à telle enseigne que les cartes d’ayant droit ont disparu petit-à-petit de la circulation. Que s’est-il passé ? Tout d’abord, pour assouvir sa rapacité en besoin des fonds pour financer ses opérations politiciennes du Parti-Etat, feu le maréchal Mobutu a opéré des ponctions monstrueuses dans le budget alloué à la Santé le réduisant à peu des choses. Les frais de fonctionnement des hôpitaux et centres médicaux ont disparu, les personnels médicaux ne percevaient plus leurs salaires et quand ils étaient payés, c’était avec un grand retard assorti des retraits énormes injustifiés.

Voilà la cause principale de la mort programmée des hôpitaux et centres médicaux du pays. Car, impayés ou mal payés, les médecins et autres agents sanitaires ont commencé à déserter les lieux de travail pour aller vers d’autres lieux plus cléments en vue de nourrir leurs familles. Plus de médecins dans les hôpitaux publics et par voie de conséquence, les cabinets médicaux privés ont jailli de toutes parts et pour y bénéficier des soins de santé, le patient devrait mettre la main à sa bourse. La mortalité a pris l’ascenseur faisant de la RDC le pays où le taux de mortalité est parmi les plus élevés de la Planète Terre.

Dépôt Central Médico-Pharmaceutique enterré !               
Qui se rappelle encore du Dépôt Central Médico-pharmaceutique qui était basé au quartier Ndolo et qui avait comme mission d’analyser les échantillons des médicaments, produits pharmaceutiques et matériels médicaux provenant de l’étranger et des usines pharmaceutiques du pays. Doté d’un personnel qualifié et compétent, ce dépôt servait de laboratoire de contrôle de qualité à l’instar de l’Office de Contrôle Congolais pour les vivres et autres produits importés pour la consommation. Comme personnel, l’on y dénombrait des pharmaciens, des chimistes, des physiciens, des laborantins, des radiologues, des informaticiens, des géologues, des biologistes, des traducteurs-interprètes, bref tous ceux qui peuvent intervenir dans les analyses des produits pharmaceutiques. Faute des frais de fonctionnement, salaires et des primes, le personnel a déserté pour des cieux plus accueillants et ce dépôt a mis la clef sous le boisseau. Le grand bâtiment abrite désormais des bureaux pour d’autres entreprises commerciales privées  et même des cabinets d’avocats, courtiers d’assurances, agence en douane, etc. On ne sera pas étonné d’apprendre qu’une église de Réveil y a élu domicile moyennant un taux de loyer défiant toute concurrence.

La RDC : le dépotoir des médicaments sous dosés et toxiques   

Comme conséquence immédiate de la mort programmée de ce dépôt médico-pharmaceutique, la RDC est devenue un dépotoir des produits médicaux, pharmaceutiques et matériels médicaux sous dosés et toxiques. Tous les aventuriers de la Planète se ruent en RDC pour y déverser leurs déchets. Voilà la cause principale de la recrudescence des maladies éradiquées ailleurs, notamment la fièvre jaune, le choléra, la lèpre, la bilharziose,  la lèpre, la rage canine, etc. Ou bien celles curables, mais dangereuses telles l’hépatite virale, le cancer de la peau, la maladie du rein. On ne compte plus les produits médicaux importés des pays asiatiques et même ceux qui ne sont pas reconnus par l’Organisation Mondiale de la Santé. Les médicaments sont vendus partout, notamment par terre, dans les marchés publics, dans des locaux immondes, insalubres et inappropriés etc. Partout ailleurs, les pharmacies doivent être dirigées par des pharmaciens universitaires, en RDC, mêmes des vendeurs des cacahuètes, des bonbons, des beignets, des légumes se retrouvent vendeurs des médicaments à la criée sur les rues et avenues de la capitale, des villes et autres localités du pays. Comme il n’y a plus de médecins permanents dans les hôpitaux de l’Etat et que les ordonnances médicales coûtent chères, les gens recourent à l’automédication pour se soigner et voilà la cause des dégâts énormes sur la santé des populations congolaises. 

F.M. 

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