La maffia dans le recrutement : une pierre dans le jardin de Nzanga Mobutu

0
67

Comme les autres secteurs de la vie nationale, le secteur du   travail et de l’emploi en Rd Congo connaît depuis  quelques années  l’émergence d’un nouveau phénomène, celui relatif aux  sociétés de placement ou « agences ». Profitant de la situation de sous-emploi et du taux de chômage chronique, on ne compte plus ce type d’intermédiaires que l’on n’hésite pas à présenter comme de  véritables bouées de sauvetage pour tout demandeur d’emploi.
 
            Devenues  de  véritables banques des données grâce aux offres dont la plupart sont mises sur internet et un recrutement de bouche à oreille, ces entreprises sont capables de proposer en un temps record  à leur client de n’importe quel secteur le profil requis pour un poste.
            Cependant, loin de faire l’unanimité autour de cette activité de placement qui prend de l’ampleur et soulève une certaine controverse,  certains anciens bénéficiaires qui sont passés par cette filière de recrutement n’hésitent plus à accuser  ces boîtes de servir d’utiliser de méthodes pas claires. Et pour toute rémunération, c’est un forfait qui vous est versé.   
La procédure du recrutement
            Selon les  témoignages, une fois sa candidature retenue, le «recruteur» vous convoque pour une interview en présence du demandeur. Par la suite, l’entrevue jugée concluante, le candidat est mis à la disposition de celui auprès de qui il devra prester. Malheureusement, ou comme l’exige le code du travail en Rd Congo, le candidat n’est lié par aucun contrat avec son employeur, parce que considéré comme un sous-traitant.
            Conséquence : floué, ayant plutôt signé une sorte de contrat avec la maison de placement,  le salaire ne correspond pas à la hauteur de prestations, car son employeur verse directement le salaire à l’entreprise intermédiaire qui se chargera à son tour de la paie de ce dernier.
            En l’absence de tout contrôle des normes requises et à la suite de l’abandon du secteur par les pouvoirs publics, ces entreprises opèrent en véritables prédatrices.
            D’autre part, ces anciens candidats dénoncent ce qui s’apparente à un délit d’initié. Non déclarés et ne relevant pas directement de leur responsabilité, ces  travailleurs au noir ne sont pas connus  du fisc.
            Pour certains, cette pratique est facilitée  par le fait que lesdites entreprises fuiraient les charges sociales que génère l’engagement d’un travailleur. Ayant réellement de places vacantes, certaines entreprises,  au lieu de lancer un avis de vacance de poste, préfèrent s’adresser directement aux intermédiaires pour leur trouver une main d’oeuvre bon marché.
             Dans cette anarchie, alors que la Constitution reconnaît le droit au travail à tous les Congolais,  certains intermédiaires poussent  très loin le sadisme  jusqu’à exiger au candidat  40% de sa rémunération et cela pendant trois à six mois. Cette retenue, ont-ils confié au Phare permet la ristourne entre la direction du personnel et la maison de placement.
 
Ces maisons sont-elles légales ?
 
            Selon Maitre Kapita, au terme de la législation du travail, l’Etat autorise certaines structures à ouvrir  des maisons de placement de la main-d’œuvre.  Ces maisons, ajoute cet homme de la loi, ont pour mission de constituer de véritables banques de données sur les demandeurs d’emplois et leurs différents  profils.
            La vente de  ces  services consiste à faire payer à l’utilisateur des services chaque fois que celui-ci souhaite consulter sa banque de données. S’agissant des abus éventuels, entre autres l’absence d’un contrat qui lie l’employeur à l’employé, la rémunération et la ponction par la maison de placement de 40%, Maitre Kapita est clair :
«en matière de travail, il ne peut y  avoir aucun intermédiaire  dans le contrat. Le contrat de travail  est un acte juridique dont la particularité est de  lier  deux parties contractantes et libres. «Que serait alors l’apport de la troisième personne ? La loi en cette matière est claire.
            Et  si telle est la pratique, s’est-il étonné, c’est du vol et illégal. Car, affirme-t-il  ces entreprises  par cette pratique volent à la fois  l’Etat et le travailleur. Et en matière de paie, conclut-il,  la loi exige que chaque travailleur ait un bulletin de paie sur lequel sont reprises toutes les rubriques imposables et sociales.  
 
Avis de l’Inspection du travail
 
            A l’Inspection générale du travail, sans nier l’existence légale de maisons de placement, les deux inspecteurs rencontrés à la cellule technique ont sans détours crié au scandale. Selon ces experts,  le Code du travail est clair». En matière de contrat,  c’est celui qui vous utilise qui vous offre un contrat et non une maison de placement qui n’en aucun droit légal et dont le service dans ce cas est gratuit. «S’agissant de la légalité, à part  l’Office national de l’emploi ( Onem) qui est une structure technique du ministère, toute maison de placement avant d’opérer doit être agréée par le ministère du Travail, seul habilité à l’autoriser de fonctionner
            Cependant,  ont-ils ajouté, exception est faite des sociétés de prestataires de services ou de sous-traitances telles que les sociétés de gardiennage qui ont l’obligation de faire signer un contrat à leurs agents bien que ceux-ci prestent leur services en dehors de ces entreprises.
            Scandalisés et abasourdis, les deux inspecteurs,  ont qualifié cette pratique de ponctionner  la rémunération d’un tiers  de vol. Parce que, le Code du travail ne  prévoit pas de puiser sur le salaire de quelqu’un ou que cette personne verse 40 à 50% de son salaire pendant autant de mois. On ne peut pas monnayer le placement, celui-ci fonctionne comme les secrétariats sociaux.
Malheureusement, aux yeux de ces inspecteurs, tout se fait en catimini et en violation de la loi.
            A la question de savoir pourquoi alors l’Etat n’agit-il pas. Pour ces inspecteurs, ces structures illégales, véritables pieuvres, fonctionnent sous la loi du silence. Cela, ont-ils reconnu, à cause de la pauvreté et du silence coupable des victimes de cette filière qui ne dénoncent pas au grand jour les abus dont ils sont victimes. Par ailleurs, au sujet des entreprises qui naissent tous les jours en Rd Congo, les inspecteurs sont étonnés  que ces entreprises recrutent généralement sous le manteau, sans publier les avis. Les  avis de vacance de poste  aux dires des inspecteurs  sont des indicateurs qui permettent normalement au ministère du Travail d’établir des statistiques fiables et une cartographie claire sur la situation de l’emploi en Rd Congo.
            Contactée pour donner leur son de cloche, aucune  maison de placement n’a souhaité se prononcer sur l’épineuse question.
            Vu l’urgence, c’est la « tolérance zéro » qu’il faut appliquer afin de démasquer  cette filière à la « Tipo-Tipo ».  Voici un des dossiers auquel le nouveau patron du travail, Nzanga Mobutu devra se consacrer et  faire du plein emploi l’un de volet des cinq chantiers de la République, son cheval de bataille.
 A.Vungbo

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

*