La leçon morale de Simaro : «Towuta na mabele, tokozonga na mabele»

0
162

Même si on a tout oublié du répertoire de Lutumba Simaro, on ne peut se permettre d’oublier « Mabele ». Cette œuvre musicale renferme une expression particulièrement interpellatrice pour nous, pauvres humains : « towuta na mabele, tokozonga na mabele » (NDLR : « Nous sommes tirés de la terre, et nous retournerons sous terre ». Cette leçon morale mérite une sérieuse relecture en marge de la mort de l’artiste. Elle devrait faire l’objet d’une profonde méditation de la part de la classe politique congolaise, où la course à l’argent et aux biens matériels est devenue un sport national.

Comme dit dans la Bible, « tu es terre et tu retourneras dans la terre » ou encore « Vanité des vanités, tout est vanité ». Les paroles de Lutumba devraient interpeller les compatriotes qui abusent de leurs parcelles de pouvoir au sein des institutions de la République, des entreprises publiques, de l’armée, de la police, des services de renseignements, de la diplomatie, afin qu’ils fassent le constat que quelle puisse être la longueur du temps, la mort finira par les emporter, par tout arrêter. Criminels politiques et économiques ou non, donneurs d’ordres illégaux ou non, clochards, affamés… tout le monde est véritablement égal devant la mort. Face à la mort, il n’y a ni corruption, ni trafic d’influence, alliance, ni décision d’autorité.

Quand  ce « juge » impartial et impitoyable frappe… adieu villas cossues, gratte-ciels, limousines, comptes en banques, garde-robes, pouvoir politique et économique, banquets, fêtes d’anniversaires, voyages, vacances dorées, etc.

  Puisque Lutumba a si bien dit que chacun retournera sous terre, c’est le lieu de se demander le pourquoi de la course folle aux richesses, aux biens matériels, aux mandats à vie. Pourquoi la manie de certains de chercher à être heureux tous seuls pendant que la multitude croupit dans la misère noire ?

Si nous avons bien compris la pensée du poète… si nous avons réellement conscience de nos limites temporelles… s’il est établi que tout ce que nous aurons amassé comme avoirs financiers et matériels ne pourrait ni nous préserver de la mort, ni nous accompagner sous terre… la sagesse devrait nous commander de cultiver l’amour, la paix, la solidarité, la fraternité, le bien.

            Nous ne cessons de clamer, dans l’hymne national, que « nous bâtirons un pays plus beau qu’avant, dans la paix ». Qu’est devenu ce bel engagement pris par les pères de l’indépendance devant les colonisateurs belges ? Pouvaient-ils imaginer, dans l’euphorie de la fête du 30 juin 1960, qu’un jour, le Congolais serait le fossoyeur de l’avenir de son propre compatriote, que le pays serait conduit vers la ruine par ses propres filles et fils ?

            Lutumba s’en est allé. Tous, politiciens comme simples citoyens, sommes en train de rendre hommage au poète, au moraliste, au sage de la cité. Hypocrisie et larmes de crocodiles ? Il est espérer que sa leçon morale va servir à quelque chose, dans le processus très souhaité de changement de mentalités mais aussi d’agir, surtout chez ceux qui sont enivrés par le pouvoir.                                  Kimp

  • 2
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •